L’entreprise spécialisée dans les lieux destinés aux séminaires et événements d’entreprise a été plus que malmenée durant le Covid. Passé par le pire, son CEO et cofondateur Victor Carreau regarde aujourd’hui plus que jamais vers l’avenir, même si le monde évolue dans une situation de crise devenue permanente.

Comet a été créé il y a neuf ans. À ses débuts, la start-up propose aux entreprises des lieux pour s’évader lors d’événements ou de séminaires sans quitter Paris ou à proximité de la capitale. Le tout moins cher que les offres de services haut de gamme. Victor Carreau, cofondateur de Comet, et ses deux associés vivent alors ce qu’il appelle la phase de "lune de miel". "Tout fonctionne parfaitement alors même que nos processus ne sont pas encore performants, que l’on connaît mal notre marché et nos clients. C’est l’entrepreneuriat facile. Il n’y a pas de nuages à l’horizon." Ils passent d’un million de chiffre d’affaires la première année d’exploitation, à 5, puis 12. Alors qu’ils ont signé en décembre 2019 leur quatrième lieu et sont sur le point de lever 20 millions d’euros, le couperet tombe en mars 2020 : la France se confine, les lieux de rencontre sont fermés.

"L’enjeu c’est de rester en mouvement, même si le brouillard, très épais, pousse naturellement à s’arrêter"

"C’est le scénario du pire. Notre CA risque de dévisser de 100 % alors que nos coûts restent fixes et le fonds qui s’était engagé auprès de nous se retire, se souvient Victor Carreau. Aucun de nous trois ne s’attendait à une claque aussi magistrale." Après "l’insouciance" s’ouvre une phase de "résilience". Le premier confinement entraîne la fermeture des lieux mais n’empêche pas Comet de lever 30 millions d’euros en septembre 2020. "Je suis optimiste, analyse Victor Carreau. Je ne vis absolument pas dans le passé et très peu dans le présent. Je passe mon temps à penser à ce que Comet sera dans le futur." Le CEO anticipe les besoins de demain de ses clients et imagine les produits à façonner pour y répondre.

Rester en mouvement

"L’enjeu, c’est de rester en mouvement, même si le brouillard, très épais, pousse naturellement à s’arrêter." Comet s’internationalise en ouvrant à Bruxelles en 2021, puis à Madrid en 2022. Ce qui lui permet de compter 14 actifs aujourd’hui. La start-up développe également deux nouvelles activités. Constatant que les dépenses pour les bureaux, occupés en moyenne à 45 %, représentent la deuxième ligne de coût des entreprises après les salaires, Victor Carreau estime que les sociétés sont appelées à réduire leurs espaces tout en ayant besoin de place supplémentaire pour leurs réunions, jours de pic de présence et autres événements. D’où le développement d’espaces de coworking flexibles. Comet monte aussi une activité d’hospitality afin de proposer des services du niveau de l’hôtellerie dans les locaux des sociétés. "Les collaborateurs veulent être mieux qu’à la maison, sinon ils télétravaillent."

Rationaliser

Justement, le rapport au télétravail évolue. De quoi impacter l’activité de Comet et encore créer de l’incertitude ? Le dirigeant s’appuie sur la courbe de Gartner, qui décrit l’évolution de l’intérêt pour une nouvelle technologie, afin d’alimenter sa vision sur le travail à distance. "L’adoption de nouveautés ne se fait pas de façon linéaire. D’abord il y a des illusions, le moment où l’on pense que tout va changer, puis un brutal retour en arrière." Il cite les géants de la tech qui ont acté le télétravail permanent pendant le Covid et reviennent en arrière de façon tout aussi drastique. "À la fin de la courbe, on voit que les nouveautés restent dans les mœurs au fur et à mesure que les bons usages sont identifiés."

Même si Comet ne s’attend pas à revivre une crise comme le Covid, Victor Carreau constate que "depuis cinq ans, on est en permacrise. Si elles ne sont pas sociales, les crises sont politiques, géopolitiques, économiques…" S’il serait plus simple de naviguer et surtout d’investir dans un contexte moins incertain, le CEO cite le neurologue Boris Cyrulnik pour qui du traumatisme peut naître la résilience. "Plus les métaux sont touchés, plus ils deviennent résistants." Les trois cofondateurs, toujours associés, ont su s’adapter dans la plus grande des tempêtes. La suite ne leur fait pas peur.

Olivia Vignaud