Paris compte des clubs historiques où il est généralement nécessaire de se faire parrainer pour pouvoir prétendre y entrer. Si on peut y croiser des hommes d’affaires et des politiques, la plupart ne se revendiquent pas comme des lieux de pouvoir. Voici quelques-uns des cercles les plus prestigieux de la capitale.

L'Automobile Club de France

Situé place de la Concorde, dans le VIIIe arrondissement de Paris, l’Automobile Club, dit l’Auto, est le plus ancien club automobile au monde. Réservé aux hommes, il faut compter deux parrains et sept sous-parrains pour espérer y entrer. Son restaurant bénéficie d’une vue sublime, sa salle d’armes est l’une des plus anciennes d’Europe et sa piscine est signée Gustave Eiffel. Ces lieux de prestige voient défiler des personnalités qui se doivent de respecter les codes vestimentaires, mais aussi d’afficher des qualités morales. Feraient partie des 2 000 adhérents : l’entrepreneur Philippe Oddo, associé gérant de Oddo BHF SCA, l’industriel Robert Peugeot, l’homme d’affaires Charles Beigbeder ou encore le producteur de cinéma Nicolas Seydoux.

Le Jockey Club

Le Jockey Club ou plutôt Le Jockey pour les initiés, fondé en 1834, était la "Mecque" des clubs parisiens au XIXe siècle. Louis-Henri de La Rochefoucauld, qui y a consacré une partie de son chapitre dans l’ouvrage Les Lieux de pouvoir, rapporte que cette association française a été fondée par un passionné de chevaux de course, de boxe, d’escrime et de grammaire française, Lord Henry Seymour qui "aimait prendre des paris sur les subtilités de notre langue". Il comptait dans ses rangs le prince de la Moskowa (fils du maréchal Ney) ou encore le régent de la Banque de France et le chevalier da Gama Machado, un Portugais qui vivait avec deux cents perroquets. Ce club, qui était, selon Marcel Proust, "le cercle le plus fermé du monde", est désormais basé au 2 rue Rabelais dans le VIIIe arrondissement de Paris. Il compterait environ 1 200 gentlemen (les femmes ne pouvant être membres), tous parrainés deux fois, qui débourseraient autour de 1 200 euros en droits d’admission. Depuis 1925, on y déjeune ou dîne en étant servi en gants blancs. Les soirées de rallyes sont organisées au sous-sol. "Si l’on peut y croiser des gens aussi importants qu’Henri de Castries (ancien patron d’AXA, actuel président du groupe Bilderberg et de l’Institut Montaigne), les enjeux de pouvoirs n’y ont plus lieu depuis des lustres", écrit Louis-Henri de La Rochefoucauld.

Le Travellers Club

En remontant l’avenue des Champs-Élysées, impossible de passer à côté de la beauté de l’hôtel de la Païva et de sa terrasse, qui accueille depuis 1903 Le Travellers Club surnommé Travellers. Là encore réservé à des membres masculins, ce lieu, qui a servi de décor pour quelques scènes du dernier film adaptant Le Comte de Monte-Cristo, est un vrai club à l’anglaise, l’un des plus célèbres de Paris. On y croiserait le banquier David de Rothschild ou encore Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro.

Le Siècle

Fondé en 1944 par le journaliste et résistant Georges Bérard-Quélin, Le Siècle se donnait pour mission de "favoriser la rencontre de celles et ceux attentifs à la vie publique" en un "lieu d’excellence démocratique". Les candidats ne postulent pas, ils sont proposés par deux membres du Siècle, dont un membre du conseil d’administration. Le dernier mercredi du mois, environ 300 convives, répartis en tables de huit, se retrouvent dans un autre cercle, l’Interallié. En 2011, 50 % des membres du Siècle étaient diplômés de l’IEP et 40 % de l’ENA. En 2020, 20 % des membres étaient des femmes. La première présidente du Club fut Nicole Notat. On retrouve au sein de ce cercle des financiers, des politiques, des hauts fonctionnaires, des industriels ou encore des professions libérales. Martine Aubry disait du Siècle : "Je me retrouvais à des tables avec des gens extrêmement différents […]. L’initiative peut être perçue comme totalement élitiste, mais cela reste un vrai lieu de rencontre. J’y ai beaucoup appris. Car, pour moi, la vraie intelligence, c’est d’essayer de comprendre des gens qui ont une logique différente."

Silencio

Depuis quelques années, la capitale parisienne voit émerger quelques nouveaux clubs davantage dans l’air du temps. C’est le cas du Silencio. Présent à Paris, Ibiza, New York ou encore sous forme de "pop-up" dans des villes comme Miami, Cannes ou Venise, "ses lieux confidentiels, dédiés aux arts et à la fête, font de lui un rendez-vous incontournable qui réunit artistes, créatifs et entrepreneurs du monde entier. Pour ses membres, c’est un espace de liberté et d’inspiration unique en son genre", est-il écrit sur son site. Son créateur, l’entrepreneur Arnaud Frisch, s’est associé à David Lynch pour décorer sa première adresse au 142 rue Montmartre. Tarif pour l’année : 1 200 euros ou 600 euros pour les moins de 30 ans.

Sans oublier l’Interallié dont vous pouvez découvrir l’interview du président Denis de Kergorlay en cliquant ici.

Olivia Vignaud