Sponsors et partenaires du Tour de France ont le droit d’intégrer des voitures dans la caravane du Tour. Durant quelques semaines, elles sont un lieu de pouvoir et d’influence méconnu.

Festina, Banesto, Rabobank, Cofidis, LCL, Skoda... Si le grand public connaît ces entreprises de nom, leur présence sur le Tour de France y est pour beaucoup, qu’elles sponsorisent une écurie cycliste où qu’elles soient partenaires d’un événement international dont la 112e édition partira de Lille le 5 juillet 2025. Certes, leur présence apporte beaucoup en visibilité. Mais, la chose est moins connue, c’est également un bon moyen de montrer son pouvoir et de gagner de l’influence.

Outil d’influence

"Être sponsor ou partenaire donne droit à plusieurs voitures dans la caravane", explique Florent Barraco, journaliste à Paris Match et auteur d’un chapitre sur la caravane du Tour de France dans l’ouvrage Les lieux secrets du pouvoir qui paraîtra à la rentrée aux éditions Perrin. Cet atout est loin d’être négligeable : "Le véhicule est souvent piloté par un ancien champion qui commente l’étape en direct à des heureux élus." Qui sont-ils ? Il peut s’agir de gros clients, de managers, mais aussi de prospects. Les places étant rares, elles sont précieuses et il est de bon ton de montrer que l’on peut en offrir ou que l’on y a accès.

Parler contrat : c’est malvenu

Attention toutefois, lors de l’étape, il est mal vu d’évoquer ouvertement des questions liées au business, contrairement à Roland Garros où les tractations d’affaires sont courantes. Au point d’avoir les gradins des loges vides au moment de la reprise des matchs, les visiteurs préférant négocier des deals ou étoffer leurs réseaux.

"Globalement, dans la voiture, le commentateur parle de performance, de dépassement", pointe Florent Barraco. Les pauses repas, quant à elles, s’effectuent à la bonne franquette sur la route et sous forme de pique-nique.

Lors de l’étape, il est mal vu d’évoquer ouvertement des questions liées au business, contrairement à Roland Garros où les tractations d’affaires sont courantes

Voiture 1 : le Graal

Parmi toutes les voitures de la caravane, l’une peut constituer le Graal : la numéro 1, celle de Christian Prudhomme, emblématique patron du Tour depuis 2007. Cette Skoda Splendid rouge au toit ouvrant, pourvue d’un frigo et de tablettes sur les accoudoirs, est the place to be. Depuis 2007, tous les présidents de la République ont posé leur auguste postérieur dans la "1". C’est Nicolas Sarkozy, véritable amoureux de la petite reine, qui a lancé la mode.

Tous les ans et à chaque étape, les choses se ressemblent : élus locaux, ministres, entrepreneurs font des pieds et des mains pour y prendre place au moins quelques heures afin de montrer l’étendue de leur entregent.

L’aubaine des villes étapes

Mais le Tour, ce n’est pas que la caravane. Les moments passés dans la ville étape sont également propices au réseautage et aux bonnes affaires. Espaces VIP près du podium, lobbys d’hôtels, dîners sont autant d’occasions pour les élus locaux d’attirer des investisseurs, pour les entrepreneurs d’envisager des investissements et des partenariats. Outre le tourisme, les retombées économiques sont loin d’être négligeables pour les municipalités attirant la caravane sur leur territoire.

Il est donc logique que les maires fassent du lobbying des années à l’avance. En 2020, le néo-maire écologiste de Lyon Grégory Doucet avait jugé la compétition « machiste » et « peu écoresponsable ». Il a depuis ravalé ces propos suite au tollé provoqué dans l’opinion… mais surtout chez les acteurs économiques de la capitale des Gaules.

Lucas Jakubowicz