Depuis sa création en 2022, Gaya a écoulé plus de 7 000 vélos électriques. Malgré ce beau succès, la cofondatrice et CEO de la marque est confrontée quotidiennement aux challenges du secteur industriel.
Amélie Guicheney (Gaya) : "L’entrepreneuriat reste ce que j’ai connu de plus complexe"
Décideurs. Quel était votre parcours avant Gaya ?
Amélie Guicheney. Depuis le lycée, où j’ai mené quelques projets d’organisation d’événements, j’ai toujours voulu monter mon entreprise. Mais avant il fallait que j’apprenne à travailler. Après l’EM Lyon, je me suis spécialisée en entreprise dans la R&D en marketing et développement, avant d’intégrer un cabinet de conseil en stratégie et marketing qui accompagnait Carrefour, Club Med ou encore Biocoop. J’ai appris à vendre des choses en étant centré sur l’utilisateur plutôt que sur les produits, ce qui était assez propre aux services à l’époque. Je ne me voyais pas quitter pour me lancer dans l’entrepreneuriat. Je me suis rapprochée de ce monde en rejoignant Evaneos, une market-place spécialisée dans le voyage. J’y ai monté en compétences dans le digital en tant que chief data officier. D’une phase d’hyper croissance, la scale-up a dû faire face à la crise du Covid. En parallèle, j’ai eu mon premier enfant, ce qui est allé de pair avec de nombreux questionnements autour de la construction du monde de demain.
Pourquoi avoir fondé votre entreprise ?
Il y avait un plan social chez Evaneos. La naissance de mon enfant ouvrait un nouveau chapitre. Les planètes étaient alignées. Après une introspection et une réflexion sur le secteur dans lequel je voulais me lancer, la mobilité est apparue comme cochant toutes les cases : innovation, impact, simplification du quotidien des gens avec des produits accessibles. J’ai rencontré Jacques Bonneville, ingénieur mobilité depuis plus de quarante ans. Nous nous sommes lancés.
À quels besoins répondez-vous ?
En tant que jeune maman à Paris, on se rend compte qu’à l’arrivée d’un bébé on perd en accessibilité. Le vélo électrique permet de retrouver sa liberté. Chez Gaya, nous avons travaillé sur le confort et la modularité de nos deux-roues puisqu’il s’agit des premiers points cités par les femmes interrogées sur le sujet. Nous avons conçu des vélos sécurisés, avec des centres de gravité bas et donc stables, des clignotants, des feux stop arrière, un klaxon de scooter… Côté connectivité, nos produits sont équipés de systèmes de géolocalisation et d’alarme reliés aux smartphones, etc. Enfin, nos vélos remettent de la joie dans la ville : ils arborent des couleurs pop, des roues blanches, un cadre en col de cygne.
"Je réfrène mes ardeurs mais j’ai envie d’aller à l’international"
Presque trois ans après la création de Gaya, quelle est votre vision de l’entrepreneuriat ?
Nous sommes nombreux à nous dire que, si nous avions su, nous n’y serions pas allés. J’ai beaucoup travaillé dans ma vie, souvent à des postes relevant du challenge, et j’ai vécu une crise humainement difficile chez Evaneos. Pourtant l’entrepreneuriat reste ce que j’ai connu de plus complexe. Avec Gaya, nous avons pris deux sujets par la face nord. D’abord ne vendre qu’en direct aux consommateurs, ensuite lancer un projet industriel. Il n’y a jamais de bonnes nouvelles sur le volet industriel. On a dû gérer l’impact sur nos approvisionnements du blocage du canal de Suez, des grèves des dockers, du confinement en Chine… Autre défi auquel nous avons été confrontés : se financer quand on est une start-up industrielle. Il y a un trou dans la raquette en France sur ce sujet. Tant que l’on n’est pas rentable, les banques ne prêtent pas et les fonds ne sont pas encore assez professionnalisés sur ce segment.
Quels sont vos projets pour Gaya ?
Je suis convaincue que notre marque a du potentiel. Malgré des moyens limités, Gaya a convaincu plus de 7 000 clients. Le secteur du cycle sort de l’éclatement de la bulle Covid, qui l’a ralenti après une croissance importante, mais il est voué à croître sur le long terme. C’est le sens de l’histoire. Une nouvelle gamme premium, qui prend en compte l’ensemble des retours clients depuis la création en 2022, vient d'être lancée. Nous allons aussi gérer notre propre système de reconditionnement avec des vélos revendus 10 % à 30 % moins chers. Nous ouvrons la commercialisation à une trentaine de détaillants en France. Enfin, Gaya se lance en Belgique. Il y a un million de choses que je voudrais mettre en place. Je réfrène mes ardeurs, mais j’ai envie d’aller à l’international. Dans l’entrepreneuriat, dès qu’on a stabilisé les choses, on cherche à les optimiser et on se remet en déséquilibre.
Quelle est votre conception du management ?
L’un des gros atouts de l’entrepreneuriat, c’est de pouvoir définir ses valeurs et s’assurer qu’on travaille avec des personnes alignées avec soi. Un ingénieur et un responsable communication n’ont pas forcément la même vision des sujets mais, s’ils disposent de la même culture d’entreprise, cela génère de la cohésion. À la création de Gaya, j’ai établi notre raison d’être et nous sommes société à mission. Les sociétés qui résistent le mieux aux crises sont celles où l’intelligence collective est valorisée. J’ai investi beaucoup de temps sur ces sujets et je suis persuadée que c’est en responsabilisant chacun, en laissant de l’autonomie, en faisant confiance, que les entreprises fonctionnent bien.
Vous êtes membre du collectif Sista. Pourquoi ?
L’investissement au féminin est un vrai sujet. Sista compte les femmes et montre que les femmes comptent. Seuls 2 % des projets entrepreneuriaux financés en France sont portés par des femmes et 12 % par des équipes de fondateurs mixtes. L’industrie est aussi un sujet encore très masculin. Je suis à la croisée de ces problématiques. Cela fait partie de mes challenges que de trouver ma voie dans ces deux mondes.
Propos recueillis par Olivia Vignaud