L’année dernière, à la surprise générale, Alain Ducasse a nommé directeur général de son groupe un ingénieur en aéronautique et en automobile de 34 ans. Un choix qui déjoue les pronostics, déroute mais s’avère pour le moment payant.

Dans l’enseignement supérieur, il existe des dizaines de masters qui promettent à leurs étudiants d’obtenir des postes de direction dans le secteur de la gastronomie, de l’hôtellerie ou de l’hospitality. Tom Lerouge n’a pas respecté le cursus honorum classique. Cela ne l’a pas empêché d’être nommé l’an dernier directeur général du Groupe Ducasse à 34 ans. La société compte plus de 2 000 collaborateurs pour un chiffre d’affaires annuel de 80 millions d’euros en 2024.

Hors du sérail

Pourtant, Tom Lerouge n’était pas programmé pour ce type de carrière. "Je suis ingénieur en aéronautique et en automobile, j’ai commencé ma carrière chez Zodiac Aerospace où j’ai passé un peu plus de cinq ans". Ayant le sentiment de "tourner un peu en rond", il rejoint Edeis qui se définit comme un "acteur de premier plan du secteur de l’ingénierie et du management d’infrastructures". C’est à cette occasion qu’il croise pour la première fois les équipes du Groupe Ducasse lors d’un contrat de délégation de service public. "Le courant est bien passé, quelques années plus tard j’ai recroisé Véronique Lartigue, présidente du groupe, elle m’a dit : “J’aimerais bien te faire rencontrer Alain Ducasse”".

Alain Ducasse, la rencontre d’une vie

À l’origine, il s’agissait d’une simple discussion informelle. Mais elle a changé la vie du trentenaire qui évoque "un coup de foudre mutuel". "Je pensais rencontrer un chef de talent, j’ai découvert également un entrepreneur visionnaire, un homme qui a le goût du risque et de la transmission", se rappelle Tom Lerouge. Pendant des heures, les deux hommes parlent à bâtons rompus "de croissance, de mondialisation, de diversification, de préservation de l’ADN du groupe". À la grande surprise de l’ingénieur, Véronique Lartigue et le "Chef" lui propose le poste de directeur général, proposition que l’intéressé accepte.

Son rendez-vous avec Alain Ducasse ? "Un coup de foudre mutuel"

Premiers pas

Bombardé à un poste sur lequel beaucoup de profils se positionnaient, Tom Lerouge a très vite dû faire ses preuves. Première étape : connaître tous les métiers du groupe, tous les pans de l’activité qu’il s’agisse des restaurants, des manufactures de chocolat ou encore du siège à Issy-les-Moulineaux.

Les premiers résultats n’ont pas tardé à se matérialiser. Le groupe est parvenu à faire entrer un nouvel actionnaire qui a mis 20 millions d’euros sur la table. "La somme va nous permettre d’ouvrir 15 nouvelles boutiques en propre sans compter les franchises d’ici à 2027", se réjouit le patron qui réfléchit en permanence à de nouveaux leviers de développement.

Monter et démonter

Une activité insolite lui permet de trouver de l’inspiration mais aussi de se détendre : "Je monte et démonte des moteurs ou des châssis", avoue le dirigeant qui aime "acheter des voitures en pièces détachées, puis tout assembler". Son amour pour la mécanique est tel qu’il "adore tomber en panne pour voir ce qui cloche". Pour le moment, le Groupe Ducasse continue à aller de l’avant, mais en cas de panne de croissance, il est toujours bon de compter sur un homme habitué et faire redémarrer de belles machines grippées…

Lucas Jakubowicz