Cinquième fournisseur d’électricité en France et premier fournisseur alternatif, Octopus Energy se développe dans l’Hexagone. Son objectif : toucher le plus de clients possible afin d’accélérer la transition énergétique. Une croissance verte qui n’a rien d’utopique selon sa directrice générale France.

Décideurs. Octopus Energy a comme ambition de devenir le leader dans la fourniture d’énergie verte. Quelle est la stratégie pour y parvenir ?

Céline Stein. Notre ambition est même plus générale, à savoir que nous voulons combattre le réchauffement climatique et accélérer la transition énergétique. À cette fin, non seulement nous fournissons et produisons de l’énergie verte, mais nous proposons également depuis peu des pompes à chaleurs, l’installation de panneaux solaires chez des particuliers, du leasing pour les voitures électriques… En France, nous souhaitons croître rapidement, notamment sur le segment des particuliers, car nous pensons que, pour avoir un impact sur la transition énergétique, il faut que le plus de monde possible y participe. Par exemple, en Angleterre, où Octopus Energy est le fournisseur d’énergie verte leader, l’envoi d’un texto à nos clients pour leur dire que le réseau d’électricité est saturé permet de baisser la consommation à hauteur de ce qu’est capable de produire une centrale nucléaire. Nous voulons prouver que notre modèle est rentable, souhaitable et réplicable.

En France, vous affirmez que vos offres ne sont jamais plus chères que celles d’EDF. Comment arrivez-vous à faire mieux que certains de vos concurrents ?

Lors de la crise énergétique, nous étions le seul fournisseur avec EDF à respecter le tarif réglementé. Nous ne le dépassons jamais. L’énergie s’achète à l’avance sur les marchés et les tarifs réglementés sont calculés à partir des deux dernières années. En anticipant et prévoyant la consommation et la croissance de notre clientèle, il devient possible d’acheter l’énergie à l’avance et de lisser les prix pour que ceux-ci soient toujours justes. Parfois, les fournisseurs alternatifs sont vus comme des spéculateurs, car certains attirent les clients quand les prix sont bas, mais cherchent à s’en défaire pour revendre l’énergie quand elle est au prix fort. Pendant la crise, nous avons arrêté d’accepter de nouveaux abonnés afin de conserver un prix juste.

Comment devraient évoluer les prix de l’énergie ?

Personne n’est en mesure de réaliser des prévisions. Même avec un bon modèle, les facteurs d’évolution des prix sont nombreux. Bien malin celui qui pourrait prévoir une guerre ou un problème sur un pipeline. Pour l’instant, les prix sont stables. Ils ne devraient pas redescendre aux niveaux d’avant crise, car celle-ci a souligné le fait que l’énergie a un coût et on peut facilement se retrouver avec des offres trop basses.

"Nous voulons prouver que notre modèle est rentable, souhaitable et réplicable"

Vous développez la production d’électricité en France. Quels sont vos objectifs ?

Nous mettons de l’argent dans la production, mais gérons également quatre fonds d’investissement dans le monde, tous spécialisés dans la transition énergétique. Ils prennent des parts dans des entreprises, des parcs éoliens ou des centrales solaires. En 2023, nous avions annoncé un milliard d’euros d’investissements sur deux ans. 500 millions ont déjà été versés et 500 millions sont signés ou en cours de signature.

Octopus Energy revendique une politique sociale inclusive et agile. Comment cela se traduit-il ?

Nous sommes une entreprise sociale et solidaire qui souhaite avoir un impact social tant en interne qu’en externe à travers une multitude de petites actions. Par exemple, si nous baissons la puissance des compteurs de nos clients précaires qui ne paient pas, nous ne les déconnectons pas. En interne, nous donnons des responsabilités à nos employés en allégeant les process et les contrôles. Nos collaborateurs sont formés à la communication non violente. Ils sont recrutés parmi des personnes bienveillantes et peu carriéristes.

Comment concilier croissance, rentabilité et actions RSE ?

Les fondateurs du groupe ont convaincu Octopus Capital et d’autres grands actionnaires de les suivre et de réinvestir au fur et à mesure des levées de fonds. Ils ont laissé le temps au groupe d’arriver à la rentabilité, ce qui est le cas depuis deux ans. En France, pour l’instant, nous ne recherchons pas tant une croissance qui soit rentable, mais une croissance qui soit rapide et saine. Non seulement tous les bénéfices sont réinvestis, mais nous ajoutons des fonds pour atteindre une masse critique qui mènera au modèle que nous revendiquons.

Propos recueillis par Olivia Vignaud