Après une bataille judiciaire avec leur père Dominique Desseigne, Alexandre Barrière et Joy Desseigne-Barrière ont repris en 2023 le groupe spécialisé dans l’hôtellerie, la restauration et les casinos. Les petits-enfants de Lucien Barrière entendent monter en gamme et se développer à l’étranger.
Alexandre Barrière et Joy Desseigne-Barrière (Groupe Barrière) : le frère et la sœur entrent dans le jeu
En juillet 2023, Alexandre Barrière et Joy Desseigne-Barrière reprenaient l’empire de leur mère. Depuis quelques mois, le frère et la soeur ont fait appel à un archiviste pour "valoriser" leur histoire familiale. "Il a retrouvé des documents exceptionnels qui nous apprennent de nouvelles choses sur l’histoire du groupe et sur ce qui nous a permis d’être là aujourd’hui." Le développement de l’entreprise s’est fait grâce au sens des affaires des dirigeants mais il est aussi le fruit de coups de coeur, comme celui qu’a eu la femme de François André pour la plage de la Baule. Ce qui a poussé son mari à s’y implanter dans les années 1920 alors qu’il n’y avait rien à l’époque. Lucien Barrière, son neveu, a, quant à lui, cocréé le Festival du film américain de Deauville qui a contribué au prestige du groupe.
Se resituer est d’autant plus important pour Alexandre Barrière que son grand-père Lucien Barrière et sa fille adoptive Diane Barrière sont décédés prématurément. Lui à la suite d’un banal test d’effort, elle après le crash de son avion qui l’a rendue tétraplégique à 38 ans entraînant de graves problèmes de santé jusqu’à son décès en 2001.
100 % familial
Le premier grand mouvement des enfants ? Racheter il y a dix-huit mois les 40 % du capital du groupe possédés par Marc Ladreit de La Charrière (Fimalac) afin de détenir la totalité des parts. "Les retours sont positifs. Cela a rassuré beaucoup de monde. Une entreprise 100 % familiale n’est pas gérée de la même manière qu’une société cotée ou qu’une entreprise détenue par un fonds à la visée généralement plus court-termiste."
Alexandre Barrière déplore que "depuis deux décennies le chiffre d’affaires du groupe n’ait pas bougé alors même que de nouveaux concurrents sont arrivés sur nos secteurs historiques et s’y sont développés avec succès". Une pique à peine voilée contre son père, Dominique Desseigne, qui a repris les rênes des établissements au décès de sa femme et qui n’entendait pas passer la main à son fils, lequel, soutenu par sa soeur, a engagé une bataille judiciaire en 2022 pour récupérer la gouvernance des actions du groupe.
"Nous avons les atouts pour réussir"
Renouer avec la croissance
Objectifs pour les années à venir ? Rattraper le retard en montant en gamme et en ouvrant de nouveaux lieux, en particulier à l’international. "Nous avons la chance d’avoir une longue histoire, des emplacements exceptionnels et des collègues qui ont un attachement fort au groupe et à ce qu’il représente. Nous avons les atouts pour réussir."
Si le cap est fixé, Alexandre Barrière regrette une inégalité de moyens voire parfois de traitement fiscal ou réglementaire par rapport à ses concurrents, qu’il s’agisse des fonds souverains, des Gafam ou de la FDJ. "Nous faisons face à la concurrence des Gafam, dont les moyens sont considérables et les taux de prélèvement très faibles. Aujourd’hui, un vendredi soir, vous pouvez choisir entre aller au casino ou regarder Netflix. Cette concurrence est réelle."
Destinée
Alexandre Barrière et Joy Desseigne-Barrière ont fait appel à Grégory Rabuel, ex-PDG de SFR et Altice France, pour prendre la direction générale du groupe afin de les aider à consolider l’empire. Le groupe aux 32 casinos, 1 club de jeux, 20 hôtels de luxe et plus de 150 restaurants et bars affiche plus de 1,3 milliard de chiffre d’affaires. Il participe au dynamisme de l’emploi territorial. "Nous avons des collaborateurs qui ont connu mon grand-père. Je suis très touché quand je parle avec des personnes qui ont consacré plus de quarante ans de leur vie au groupe. C’est aussi comme ça que j’apprends à redécouvrir notre histoire."
Alexandre Barrière a intégré le joyau familial en 2014. Il y a été rejoint en 2020 par sa soeur, dont il se dit très complémentaire. "Ma mère a repris le groupe, car elle pensait que c’était son devoir. Cela a d’autant plus de sens pour moi de faire la même chose. Je ne me suis jamais dit qu’il pourrait en être autrement." La relève est assurée.
Olivia Vignaud
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