Fondé en 1847, le groupe familial spécialisé dans l’aménagement extérieur, les garde-corps et la construction bois, est dirigé par la sixième génération, représentée par Lou et Paul Burger. Leur père, Bertrand Burger, est resté président du conseil de surveillance de l’ETI alsacienne. Entretien avec Lou Burger, directrice générale de Burger & Cie et présidente de Booa.
Lou Burger (Burger & Cie) : "Les entreprises familiales favorisent le long terme"
Décideurs. Qu’est-ce qui a permis à Burger & Cie de perdurer depuis 1847 ?
Lou Burger. Le groupe Burger & Cie n’a pas eu peur de s’adapter et de se réinventer. À sa création, c’était une société artisanale. Très vite, elle s’est tournée vers le travail du bois. Comme le Val d’Argent disposait d’une forte industrie textile, nous avons fait des composants pour les métiers à tisser en bois. En 1995, mon père, qui est un véritable entrepreneur, a officiellement pris la direction du groupe qu’il avait intégré en 1979, à une époque où le bricolage était en plein boom. Il développe la conception de garde-corps puis d’escaliers. En 2005, alors que la mondialisation pousse les distributeurs à s’approvisionner en Europe de l’Est et en Chine, Burger & Cie se fait déréférencer de chez Leroy Merlin, ce qui provoque une crise.
Comment votre père a-t-il réagi ?
Mon père n’envisageait pas de délocaliser une partie de sa production, puisque le but d’une entreprise familiale n’est pas seulement de perdurer, mais aussi de conserver le plus grand nombre d’emplois. Il se réinvente par un jeu de croissance externe, en acquérant Jardipolys pour se faire une place dans l’aménagement extérieur. En 2011, il crée Booa, constructeur de maisons à ossatures bois, et rachète en 2016 Grad, un spécialiste des systèmes de fixation. Aujourd’hui, Booa et Grad sont les deux marques principales du groupe.
"Dans les entreprises familiales, l’affect entre plus en ligne de compte que dans une société normale"
Étiez-vous destinée à le rejoindre ?
Il n’a jamais été prévu que je rejoigne l’entreprise. J’ai fait des études de médecine, puis de droit. J’ai intégré le cabinet Latham & Watkins, en droit des sociétés et private equity. En travaillant sur des dossiers de transmission d’entreprises à des fonds – qui prenaient des décisions difficiles, pas toujours très humaines, pour favoriser le rendement dans des délais très courts –, je me suis dit que je ne voulais pas ça pour Burger & Cie. Les entreprises familiales ont cet avantage de privilégier le long terme. Je trouve cela très beau, car la durée de leur existence dépasse celle de nos propres carrières. J’ai intégré le groupe par la porte des services administratif et juridique avant de m’occuper de la partie construction bois, qui recouvre une dimension juridique forte, à un moment où nous cherchions à développer un réseau de franchisés.
Et pour votre frère, Paul ?
Il a fait un BTS productique bois et un master 2 en économie et gestion de l’entreprise. À la fin de ses études, il a rejoint mon père pour un an. Il a commencé sur la partie BtoB pour laquelle il devait étudier les possibles axes d’amélioration dans le secteur du bricolage. Le fait qu’il rejoigne Burger & Cie m’a décidée à faire de même. C’est une force d’être deux, car nous nous complétons.
Arrivez-vous à cloisonner les moments professionnels et les moments familiaux ?
Nous essayons, mon frère et moi, mais nous finissons toujours par parler de l’entreprise, car elle fait partie de notre vie. Avec mon père, c’est encore plus poreux, au grand dam de ma mère ! Toutefois, il est important, lorsque nous ne partageons pas le même point de vue sur un sujet, de faire la part des choses. Dans les entreprises familiales, l’affect entre plus en ligne de compte que dans une société normale. Il ne faut pas que cela brise des liens. En cas de désaccord, mon père, ainsi que nos instances de gouvernance, peuvent nous aider à trancher.
Quelles sont les forces des entreprises familiales ?
Elles ont une vision à long terme qui s’appuie sur une stabilité de l’actionnariat. Leur modèle permet de prendre des décisions qui ne sont pas forcément rentables à court terme, mais qui paieront avec le temps. Elles portent aussi des valeurs, souvent celles que la famille a instaurées et fait évoluer au fil de l’eau. La gestion de l’humain y est très prégnante, ce qui facilite l’implication des collaborateurs. Nous employons des personnes et même des familles qui ont fait toute leur carrière chez nous. C’est ce qui fait notre force.