Le passage de témoin entre la première et la seconde génération est toujours une étape délicate, surtout lorsque plusieurs prétendants sont intéressés. C’est le cas de Sofinord qui peut se targuer d’avoir organisé la transition sans encombre ni dispute. Retour sur un cas d’école.
Sofinord, histoire d’une transmission réussie
Pour le grand public, le nom de Sofinord est inconnu. Pourtant, les 35 000 collaborateurs de la société sont partout : ils assurent la sécurité des sites aéroportuaires, l’accueil des visiteurs dans les plus célèbres musées du monde ou à l’occasion de grands événements sportifs comme les Jeux olympiques. La société est également présente dans la conciergerie mais aussi le secteur du luxe.
Enfants à bord !
Derrière Sofinord se cache Patrick Thélot, un patron discret et passionné parti de rien. À la maison, ce père de cinq enfants évoquait son aventure entrepreneuriale avec des étoiles plein les yeux. "D’une certaine façon, j’ai grandi avec le groupe", se remémore Jean-Baptiste, l’un de ses fils. "Pour autant, mon père n’a jamais demandé aux enfants de travailler avec lui. Pour les volontaires, entrer chez Sofinord n’était pas un dû". Tous ont suivi de brillantes études et quatre sont entrés dans le groupe.
C’est le cas de Jean-Baptiste qui, après des études à l’Essec et dix années d’expérience dans le conseil en stratégie et management, a pris la direction d’ICTS France. Partie intégrante de Sofinord, ICTS est le leader européen des solutions de sécurité et sûreté aéroportuaires. Les autres enfants ont tous des postes de direction dans le groupe devenu familial. Marcouf est secrétaire général de Sofinord et patron de KS, leader de l’intérim et de la prestation de services dans les métiers de la beauté, de la mode et du retail, Nicolas dirige la partie accueil en entreprise d’Armonia, société active dans l’hospitality et le facility management, et Agathe, une filiale de LMB Modelor. Seule la sœur aînée a pris son indépendance.
Conclave
L’âge de la retraite arrivant à grands pas, Patrick Thélot songe à la transmission. "Nous savions qu’il voulait assurer la pérennité du groupe et transmettre la direction à l’un des enfants sans parvenir à choisir lequel", explique Jean-Baptiste Thélot.
Les enfants se sont réunis pour proposer un nom à leur père
La fratrie aurait pu se disputer l’héritage et le diviser à la manière des royaumes francs. Ils ont opté pour un autre choix. "Nous nous sommes réunis pour proposer un nom à notre père. C’est moi qui ai été désigné de façon collective", témoigne Jean-Baptiste Thélot, qui prendra donc officiellement la direction en septembre 2025. Patrick Thélot sera président du conseil de surveillance.
Le nouveau dirigeant sera confronté à un exercice d’équilibriste : rester fidèle à l’ADN familial, tout en imposant sa patte : "Je veux m’inscrire dans la continuité avec une vision renouvelée en prenant, notamment, le train de l’IA, en travaillant davantage sur l’engagement social et sociétal ou en créant une université des métiers", détaille-t-il.
Société familiale en devenir ?
Comme tout dirigeant, Jean-Baptiste Thélot ne peut s’empêcher de parler de son travail à la table familiale. Sans mettre de pression sur ses trois filles, il observe avec joie un "attachement et un intérêt", notamment de la part de son aînée de 16 ans. De quoi poursuivre l’héritage ?
Lucas Jakubowicz