Non, les réseaux d’alumni ne sont pas seulement utiles aux jeunes diplômés. Les profils plus seniors peuvent également s’appuyer sur eux pour développer leurs compétences ou accéder au fameux gisement des offres confidentielles.
Réseaux d’alumni, la clé pour développer sa carrière ?
"On devient un alumni dès son premier jour à l’école, et on le reste à vie", affirme Marguerite Gallant, directrice exécutive d’HEC Alumni. Bien plus qu’un carnet d’adresses, le réseau alumni, club privilégié réservé aux élèves et diplômés d’une même école, est un vivier d’opportunités tout au long de la vie professionnelle.
La nature même de ces réseaux crée un fort sentiment d’appartenance ainsi que des relations de confiance à même de favoriser la transmission d’informations précieuses pour développer ses connexions professionnelles. Baptiste Massot, directeur du développement d’AlumnForce, solution web et mobile spécialisée dans la création et la gestion de réseaux privés pour les écoles et les entreprises, partage ce constat : "En comparaison avec des réseaux sociaux comme LinkedIn, nous avons environ 25 % de données supplémentaires, telles que le numéro de téléphone, transmises au sein de nos plateformes." AlumnForce accompagne actuellement 350 communautés issues d’écoles, comme l’Edhec, HEC, Dauphine, Polytechnique, Les Mines, et Centrale-Supélec.
Utile pour toutes les étapes de sa carrière
L’un des avantages du réseau d’alumni ? Sa capacité à répondre aux besoins rencontrés dans toutes les étapes de sa vie professionnelle. "Le réseau connaît une certaine croissance entre 18 et 25 ans" ainsi qu’un "véritable pic entre 25 et 32 ans", car c’est le moment où beaucoup changent d’emploi, explique Baptiste Massot. Après une stabilisation, voire une légère baisse de l’utilisation entre 35 et 40 ans, du fait d’une carrière stable et d’années souvent consacrées à la construction de sa vie de famille, le réseau d’alumni connaît un fort regain d’intérêt vers 40 ans, ajoute-t-il. "C’est le moment où vous nourrissez des réflexions quant à votre prochain projet professionnel."
L’ENS Alumni, association des anciens élèves d’ENS Cachan et Rennes, compte 1 500 personnes actives dans son fil de discussion WhatsApp. Son secrétaire général, Nicolas Trosino, observe quant à lui que le réseau est majoritairement sollicité par des cadres supérieurs "dotés de sept à dix ans d’expérience, et qui sont à la recherche de leur prochain défi professionnel".
"Ceux qui ont le plus recours aux réseaux d’alumni ? Des cadres âgés de 40-45 ans "
Affiner ses expertises métiers
Au-delà du carnet d’adresses, les réseaux alumni proposent régulièrement des contenus très qualifiés qui permettent d’affiner des expertises métiers, de maîtriser les nouvelles technologies et de garder une longueur d’avance. L’équipe de l’ENS Alumni travaille ainsi sur des événements thématisés et "invite des personnalités référentes, afin de discuter des sujets clés pour les années à venir : souveraineté, compétitivité, IA, finance et climat, entre autres", souligne Nicolas Trosino.
L’équipe du réseau alumni de l’ENS compte parmi ses faits d’armes un événement sur le nucléaire organisé il y a deux ans en présence de Bernard Fontana, alors PDG de Framatome et de l’amiral Stanislas Gourlez de La Motte afin de discuter des usages de l’atome dans le civil et le militaire, ainsi qu’une conférence au BCG sur les smart cities, et des formats consacrés à la blockchain et à l’IA.
Alors que la posture d’expert est particulièrement recherchée chez les cadres supérieurs, ces temps d’échanges avec des pointures dans leurs secteurs d’activités respectifs sont des atouts indéniables. Assaël Adary, président de l’association Celsa Alumni, qui compte entre 3 600 et 4 000 adhérents actifs, insiste sur l’importance de la formation tout au long de la vie, notamment dans le secteur de la communication qui, à l’ère de l’IA et des réseaux sociaux, se transforme en permanence. "En parallèle de nos diverses conférences, le groupe Transitions permet aux professionnels de la communication qui le souhaitent de se retrouver pour échanger autour des grands enjeux de leurs métiers ainsi que de leurs impacts écologiques et sociaux", souligne-t-il.
HEC Alumni compte 80 000 élèves et anciens élèves
Fort de 80 000 élèves et anciens élèves, HEC Alumni n’échappe pas à cette règle. Le réseau organise, à travers son offre HEC Life Project, une centaine d’événements par an ainsi qu’une "cinquantaine de clubs orientés métiers : un club luxe, un club blockchain, un club marketing, un hub finance avec plusieurs clubs en son sein (finance d’entreprise, finance de marché, etc.), un hub entrepreneuriat, etc.", évoque Marguerite Gallant, directrice exécutive d’HEC Alumni. Les profils désireux de se tourner vers l’entrepreneuriat ne sont pas oubliés : "Nous avons un club pour ceux qui souhaitent reprendre une entreprise. Cela permet de s’informer sur la façon de s’y prendre, les tenants et aboutissants juridiques", complète-t-elle.
Ces structures peuvent compter sur les alumni les plus expérimentés, note Baptiste Massot : "On observe un nouveau regain pour les réseaux d’alumni vers 57-60 ans, avec une volonté pour certains d’entre eux de partager leurs connaissances via l’animation de clubs thématiques." Ces profils particulièrement expérimentés font fréquemment office de mentors. Un aspect clé pour "ceux qui ont le plus recours aux réseaux d’alumni ? Des cadres âgés de 40-45 ans, qui s’interrogent sur leur prochaine étape professionnelle et ont envie de changement ", résume Baptise Massot.
Développer sa marque personnelle…
Assaël Adary perçoit un double avantage à ces espaces de réflexion et ces événements : "Nos alumnis Celsa ont du talent et nous créons des formats et contenus qui leur permettent de s’inspirer, mais aussi de briller." Baptiste Massot insiste lui aussi sur l’importance « d’être actif au sein de son réseau, pour mettre en valeur des savoirs et des compétences".
… et affiner son leadership
Nombreux sont les réseaux d’alumni à proposer des ateliers consacrés au développement des compétences comportementales. C’est le cas de Celsa Alumni qui organise régulièrement des sessions "autour de l’animation de son réseau professionnel, de la capacité à négocier et faire preuve d’assertivité, d’assumer son leadership", explique Assaël Adary.
C’est également une approche centrale d’ENS Alumni. Si 32,6 % des diplômés délaissent le secteur de la recherche pour s’orienter vers le privé selon la récente étude "Trajectoires normaliennes" menée par l’école, "ils sont peu nombreux à savoir prendre la parole en public et se mettre en avant, des compétences importantes pour évoluer en entreprise", pointe Nicolas Trosino. Les événements internes, qui regroupent une centaine de personnes, sont autant d’occasions de favoriser les échanges à bâtons rompus et de se mettre en avant.
Ces événements sont également l’occasion pour les alumni d’échanger avec des personnes aux parcours inspirants. Celsa Alumni fait régulièrement appel à des figures de la communication et des médias et compte parmi ses intervenantes régulières Anne-Gabrielle Dauba-Pantanacce, directrice de la communication du groupe TF1, Anne-Laure Meynial-Coumaros, directrice de la communication d’EDF Renouvelables, ou encore Bertille Toledano, présidente de BETC. Autant de parcours inspirants.
"Une grande part des offres qui sont postées sur nos plateformes de réseaux d’alumni ne sont affichées nulle part ailleurs"
Un accès à des offres d’emploi "confidentielles"
La force des réseaux d’alumni réside par ailleurs dans l’accès à un marché du recrutement "caché" avec des offres d’emploi ciblées, à l’opposé des offres anonymisées publiées sur LinkedIn ou les sites d’emploi. Baptiste Massot l’observe au quotidien : "Une grande part des offres qui sont postées sur nos plateformes de réseaux d’alumni ne sont affichées nulle part ailleurs." Ce à quoi il ajoute qu’un "alumni qui cherche à recruter ira naturellement vers quelqu’un qui a fait la même école que lui". Même son de cloche du côté d’Assaël Adary : le groupe Servier, qui fait partie des partenaires de Celsa Alumni, a récemment recruté au sein du réseau pour un poste senior de communication responsable et RSE au niveau groupe.
Ce canal exclusif est également valable à l’international : HEC Alumni compte 16 000 diplômés, de 130 nationalités, à l’international. Autant de communautés réparties partout dans le monde qui permettent, en cas de mobilité géographique, de se connecter rapidement à des professionnels basés dans le pays de destination.
Caroline de Senneville
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