Bien des cadres supérieurs effectuent leur recherche d’un nouveau poste dans le dos de leur employeur. Si cela peut se comprendre, ce n’est pas toujours judicieux.

Ça y est. Après mûre réflexion, votre choix est fait, vous allez voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Les grandes manœuvres sont lancées : CV actualisé, réseau activé, chasseurs de têtes contactés, veille sur les offres d’emploi enclenchée. Reste une question en suspens : faut-il rester discret ou assumer ?

Omerta

"Beaucoup de cadres dirigeants cherchent en silence, ils ont un sentiment de honte, une peur d’être déloyal, c’est une erreur", observe Mohamed Achahbar, consultant à l’École du recrutement et spécialisé dans l’accompagnement de chasseurs de tête ainsi que dans le sourcing de compétences rares.

Selon lui, beaucoup de salariés sont habitués à un haut standard de performance et ne veulent pas être accusés d’être démotivés ou de ralentir. Son conseil est de ne pas se cacher et de prévenir son employeur afin "d’être d’accord sur le fait de ne pas être d’accord, tout en garantissant une implication totale jusqu’à la fin du contrat".

"Beaucoup de cadres dirigeants cherchent en silence, ils ont un sentiment de honte, une peur d’être déloyal. C’est une erreur"

Certaines personnes sur le départ déploient du jour au lendemain une politique de développement personnel sur les réseaux sociaux, ce qui peut mettre la puce à l’oreille. La meilleure solution ? Tout simplement être en permanence actif pour améliorer son employabilité en postant, commentant, actualisant son CV ou en se formant.

Win-win

Pour le consultant, le salarié a tout intérêt à faire part de ses envies à son employeur. "Celui-ci peut découvrir pourquoi un talent souhaite le quitter : est-ce par besoin de défi ? Est-ce pour des raisons financières ?" Être au courant lui permet, tant qu’il est encore temps, de proposer de nouvelles perspectives à un profil qu’il souhaite conserver ou d’améliorer son management.

" Jouer la carte de la transparence permet aussi à l’entreprise d’anticiper le recrutement, de ne pas être prise à la gorge, d’assurer que la passation se passe le mieux possible", glisse l’expert. Contrairement aux idées reçues, personne ne prend par-dessus la jambe une démission en jugeant que nul n’est irremplaçable. Un recrutement coûte cher, est incertain. Prévenir en amont de ses envies d’ailleurs sera forcément bien vu. "De quoi partir en bons termes, ce qui n’est pas anodin", insiste Mohamed Achahbar.

Jouer le temps long

Quelle que soit votre fonction, il est fort probable que vous évoluiez dans un « petit milieu » où lequel tout se sait. Il est préférable de laisser une bonne image partout où l’on passe. D’autant plus que bien des démissions ne sont pas des voyages sans retour. "Lorsque la conjoncture est maussade, comme cela commence à être le cas, les employeurs ne peuvent pas toujours promettre des augmentations ou de nouvelles missions aux bons éléments", note Mohamed Achahbar. "Mais lorsque les feux sont au vert, ils n’hésitent pas à revenir chercher un ex", souligne-t-il.

Là encore, il s’agit d’un mouvement gagnant-gagnant. Mais, pour maximiser ses chances de revenir par la grande porte, un cadre ne doit pas partir par la petite. Ce qui suppose de respecter certaines règles, dont le fait de ne pas prendre la poudre d’escampette en catimini.

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