Alors que la croyance en l’égalité des chances s’effondre en France, France Travail et Diversidays unissent leurs forces à travers le festival UNIQUES, qui aura lieu le 17 mai au Parc Floral de Paris. À l’approche de l’événement, dont Décideurs Magazine et B SMART 4Change sont partenaires, Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, et Anthony Babkine, cofondateur de Diversidays, militent pour un changement de paradigme. Ils appellent à rendre visibles les solutions concrètes contre les discriminations à l’embauche et à mobiliser les entreprises.
Thibaut Guilluy (France Travail) et Anthony Babkine (Diversidays) : “Lorsqu’une entreprise prend conscience que l’inclusion est une réponse à ses besoins économiques, elle commence à bouger”
Décideurs Magazine. Selon une étude menée par Occurrence pour France Travail et Diversidays, seuls 10 % des Français estiment vivre dans un pays où chacun a réellement sa chance. Comment analysez-vous cette inégalité persistante ?
Anthony Babkine : Ce chiffre confirme malheureusement ce que nous pressentions. Il s’inscrit dans la continuité des résultats d’une étude CAPA de 2021 commandée par le ministère des Solidarités, selon laquelle 75 % des Français considèrent vivre dans un pays injuste. Aujourd’hui encore, l’âge, l’origine ethnique et le handicap constituent les principaux facteurs de discrimination, notamment dans l’accès à l’emploi. C’est ce que nous cherchons à combattre avec le festival UNIQUES, en apportant des solutions concrètes d’insertion, d’inclusion et d’accès égal aux perspectives professionnelles.
Thibaut Guilluy : L’égalité des chances n’est pas qu’un sujet moral, c’est aussi un enjeu économique. Dans un contexte de tensions sur le marché du travail, les entreprises n’ont plus les moyens de se priver de talents. Il est donc urgent qu’elles élargissent leur spectre de recrutement. Cette prise de conscience doit s’accompagner d’un changement de culture RH, que France Travail accompagne activement, notamment par des services de recrutement plus inclusifs comme la méthode de recrutement par simulation, les immersions professionnelles, les formations préalables au recrutement, Handimatch, etc..
Comment redonner confiance aux Français, alors que 57 % d’entre eux ne croient plus à la méritocratie ?
A.B. : La méritocratie ne tient plus face à l’expérience vécue. Longtemps, les politiques Diversité et Inclusion ont été segmentées – genre, handicap, âge – plutôt que pensées globalement. Ce que nous défendons aujourd’hui, c’est un idéal d’inclusion qui dépasse les catégories, dans lequel chacun peut trouver sa place indépendamment de ses singularités. Cela implique de revoir les méthodes de recrutement, de sortir du réflexe diplôme/CV pour aller vers des approches par compétences, comme la méthode de recrutement par simulation, née dans les années 2000 avec France Travail.
“78 % des Français attendent une promotion active de la diversité en entreprise”
Une partie des dirigeants, souvent éloignés des réalités de la discrimination, peinent à prendre conscience de l’ampleur du problème. Quel électrochoc faudrait-il ?
T.G. : L’alignement des intérêts reste ce qui fonctionne le mieux. Lorsqu’une entreprise prend conscience que l’inclusion est une réponse à ses besoins économiques, elle commence à bouger. Les résultats sont là : 96% des offres pourvues à l’issue d’une méthode de recrutement par simulation, près de 85 % de sorties positives après une formation opérationnelle à l’embauche. À côté de cela, la sensibilisation est essentielle : par des campagnes, des formations et un accompagnement personnalisé, notamment des TPE-PME.
A.B. : Le festival UNIQUES se veut aussi un outil de mobilisation. Le 17 mai, un espace de consultation recueillera les propositions du public, des associations et des entreprises. Nous les compilerons pour formuler dix grandes recommandations à destination des décideurs publics. Pour lutter efficacement contre les discriminations systémiques, il faut que la volonté politique s’en empare et qu’elle soit à l’écoute du terrain.
Le début d’année 2025 a été marqué par une offensive contre les politiques DEI aux États-Unis. Craignez-vous que cette dynamique soit importée en France ?
T.G. : Pour l’instant, non. En France, le mouvement en faveur de l’inclusion est ancré dans le réel, dans les besoins des entreprises et des territoires. Il n’a rien d’idéologique. Même si certaines entreprises très exposées aux marchés américains peuvent ressentir des tensions, le fond du sujet reste profondément sociétal et économique.
A.B. : L’étude montre que 78 % des Français attendent une promotion active de la diversité en entreprise. Ce n’est donc pas un combat minoritaire. Il faut continuer à sensibiliser, former, équiper. Et, à terme, ringardiser les entreprises qui ne s’engagent pas. C’est aussi cela l’objectif du festival UNIQUES : donner de la visibilité aux solutions qui marchent, et montrer que l’avenir appartient à celles et ceux qui s’engagent.
Propos recueillis par Cem Algul et Judith Aquien
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