Le dernier Observatoire Ifop-Gleeden révèle une France où le couple exclusif recule, même – ou surtout – au sommet des organigrammes. Entre infidélité assumée et ouverture négociée, les cadres supérieurs et dirigeants s’autorisent des écarts dans la cartographie conjugale. Le couple libre serait-il en train de devenir un outil discret d’équilibre personnel ?

Le mythe du couple monogame comme socle de stabilité semble s’éroder. Cadres dirigeants, managers en quête d’équilibre ou stratèges de l’émotion, beaucoup explorent de nouveaux agencements affectifs, loin du cadre de la fidélité traditionnelle.

Une fidélité d’apparat ?

Il est des statistiques qui jettent le trouble dans l’ordre bien rangé des habitudes. Selon l’enquête menée par l’Ifop pour l’application de rencontres extraconjugales Gleeden, 34 % des cadres confessent avoir déjà franchi le Rubicon de l’infidélité, un taux qui s’élève même à 42 % pour les dirigeants d’entreprise. Pas moins vertueux, ces derniers posent peut-être un regard plus lucide sur les tensions qui courent entre désir individuel et contrat conjugal.

42% des dirigeants d'entreprise déclarent avoir franchi le Rubicon de l'infidélité contre 28% des ouvriers

Le couple ouvert : un nouveau pacte

Parmi les interrogés, 26 % des dirigeants d’entreprise se disent actuellement en couple ouvert ou disposés à essayer une relation plus libérale. De leur côté, les cadres sont 23% dans cette situation, loin devant les ouvriers (18 %), les employés (15 %) et les professions intermédiaires (15 %). Pour plus de la moitié des adeptes de la relation libre (52 %), cette ouverture s’est faite dans le cadre d’un dialogue explicite. Les autres préférant l’implicite, l’élégance supposée du non-dit, où les règles se murmurent plus qu’elles ne s’écrivent. Si les modalités varient, ces pactes discrets permettent d’explorer l’ailleurs sans détruire l’ici.

À la recherche du désir perdu

Un chiffre mérite une attention toute particulière : 54 % des personnes en couple ouvert déclarent que savoir leur conjoint engagé dans d’autres aventures ravive leur propre désir. Le couple semble alors se redécouvrir dans le reflet trouble de l’infidélité consentie. Comme dans les pages d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, le manque ou la menace de voir l’être aimé prospecter ailleurs raviverait l’ardeur et l’intérêt de l’amant.

Loin des clichés de la déchéance relationnelle, 89 % des personnes engagées dans une relation ouverte se disent satisfaites de leur vie de couple. Plus surprenant peut-être, elles sont 34 % à estimer que leur relation s’est améliorée depuis l’ouverture à d’autres partenaires. Une stratégie affective efficace aux allures de plan de transformation RH répondant à un objectif tacite : durer longtemps, mais autrement…

Cem Algul