Laurent-Guillaume Guerra est directeur des ressources humaines, directeur santé-sécurité, vice-président exécutif et membre du comité exécutif de SUEZ. Avec l’appui de Benoît Bonello, directeur de l’innovation sociale, il œuvre en faveur de l’inclusion professionnelle et de la transition durable sur les territoires.
Laurent-Guillaume Guerra et Benoît Bonello (SUEZ) : “Les questions d’engagement social, de transition écologique et d’impact se jouent dans les territoires”
Décideurs RH. Quelle est la place de la RSE dans l’entreprise ?
Laurent-Guillaume Guerra. L’engagement social et environnemental est au cœur de la stratégie de SUEZ, et est partie intégrante de nos métiers. Notre raison d’être est de fournir à nos clients – organismes municipaux ou acteurs industriels privés – des services environnementaux qui améliorent l’usage des ressources limitées de la Terre. Cela passe par le recyclage des déchets, la gestion de la ressource en eau et le traitement des eaux usées, ainsi que tout ce qui peut inscrire nos clients dans une économie plus durable.
Notre stratégie et notre engagement sont par ailleurs formalisés dans un plan de développement durable 2023-2027, s’appuyant sur trois piliers : climat, nature et social. Benoît Bonello dirige, au sein de la direction des ressources humaines, le pôle consacré à l’innovation sociale. Les enjeux liés au climat et au bilan carbone sont quant à eux pris en charge par la direction du développement durable, rattachée à la direction communication, développement durable et affaires publiques. Si la direction de l’innovation sociale existe formellement depuis 2019, cela fait plus de quinze ans que nous sommes mobilisés, sur les sujets d’inclusion notamment, en partenariat avec les collectivités locales.
Benoît Bonello. Nos métiers chez SUEZ, non délocalisables et, pour certains d’entre eux, accessibles à des populations peu qualifiées, se prêtent particulièrement à nos actions en faveur de l’inclusion. C’est par ailleurs une demande forte de la part des collectivités, et la raison pour laquelle nous avons inscrit nos engagements sociaux au sein de l’ensemble de nos activités.
La direction de l’innovation sociale regroupe trois domaines d’actions : le recrutement inclusif, l’intégration de la dimension sociale et de partenariats avec des acteurs de l’économie sociale et solidaire – ESS – dans nos offres commerciales, et l’engagement solidaire de nos collaborateurs.
“Nous travaillons en étroite collaboration avec le tissu associatif pour atteindre nos objectifs en matière d’économie circulaire et d’inclusion”
Quelle est votre approche en faveur du recrutement inclusif ?
B. B. Nous nous engageons à recruter différemment sur les métiers en tension, en développant l’alternance pour des profils issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville – QPV –, ainsi que le recrutement de personnes réfugiées, à travers notre participation au programme Lotus en partenariat avec Humando, sur des métiers de mécaniciens poids lourds et de maintenance industrielle. Nous travaillons en étroite collaboration avec le tissu associatif pour atteindre nos objectifs en matière d’économie circulaire et d’inclusion. Certaines activités, comme le tri des déchets, se prêtent à ce que des acteurs de l’insertion positionnent des personnes peu qualifiées sur des postes qui constitueront ensuite pour elles des tremplins. C’est un engagement qui se manifeste aussi dans notre stratégie d’achats inclusifs – nous avons par exemple dépensé à l’échelle du groupe 39 millions d’euros en 2023 dans une chaîne de valeur qui comprend des acteurs de l’insertion et du handicap.
En matière de recrutement inclusif, l’une des originalités de SUEZ est d’avoir une filiale consacrée à l’insertion. Créée en 2002, Rebond Insertion a salarié et accompagné plus de 13 000 personnes éloignées de l’emploi et plus de 65% d’entre elles ont ensuite trouvé une formation qualifiante ou un emploi durable. Rebond Insertion travaille en sous-traitance de SUEZ à 80 % et à 20 % pour des clients extérieurs. C’est l’un des projets emblématiques et historiques du groupe en matière d’insertion.
En 2012, nous avons fondé à Bordeaux un autre projet emblématique, La Maison pour Rebondir, afin d’accompagner les publics en difficulté vers un emploi durable, au sein de SUEZ, et de renforcer l’emploi à l’échelle d’un territoire. Cette initiative a permis de créer près de 800 emplois, et a été déployée dans d’autres territoires, notamment en Île-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes, à Marseille et en Occitanie.
C’est à partir de ces expériences de terrain que nous avons instauré une direction de l’innovation sociale en 2019. Avec une conviction : les questions d’engagement social, de transition écologique et d’impact se jouent à l’échelle des territoires, au plus près de nos métiers.
L.-G. G. Ce type d’actions se mène avec un tissu d’acteurs locaux : nous avons besoin du monde associatif pour faire connaître nos métiers aux jeunes issus des QPV et sourcer ces profils. Car nos annonces et nos méthodes de recrutement habituelles ne permettent pas d’accéder à ce type de candidats. Lors du lancement du PAQTE – Pacte avec les quartiers pour toutes les entreprises – par le gouvernement en 2018, nous avons pris l’engagement de porter à 10 % le nombre d’alternants issus des QPV. L’objectif a été atteint puisque ce taux est actuellement monté à 10,4 %.
“Nous avons instauré un programme pour les femmes cadres, en partenariat avec Renault, pour briser les plafonds de verre”
Que mettez-vous en place pour attirer plus de femmes, dans un secteur où elles restent sous-représentées ?
L.-G. G. Sur l’ensemble de nos effectifs et tous métiers confondus, presque un salarié sur quatre est une femme. Elles représentent 35 % des managers et nous avons pour objectif d’atteindre les 40 %. Les métiers de la collecte et du tri des déchets sont plus difficiles à féminiser, et pourtant il y a environ 38 % de femmes managers dans nos activités déchets en France.
Nous avons la chance d’évoluer dans le secteur de l’environnement, qui est un secteur attractif, y compris auprès des ingénieures. Il y a néanmoins encore du travail à faire pour renforcer l’engagement des jeunes femmes dans les carrières de l’ingénierie ou des métiers techniques. Nous nous appuyons sur des mentorats et des programmes de développement spécifiques, et avons instauré cette année un programme pour les femmes cadres en partenariat avec Renault, pour briser les plafonds de verre et faciliter l’accès aux postes de management.
Comment intégrez-vous ces engagements à vos offres commerciales ?
L.-G. G. Nous allons au-delà des obligations légales car il est de notre responsabilité de travailler avec l’ensemble des parties prenantes et de développer de nouvelles filières, au service de l’environnement et de l’emploi dans les territoires. Nous avons ainsi accompagné plus de 70 entrepreneurs de l’économie circulaire, en Île-de-France et à Lyon en particulier, en 2024. Nous développons également des ressourceries – où sont employées des personnes précarisées – consacrées à la réparation et au réemploi d’objets, à côté de déchetteries, sur l’ensemble du territoire. Cela correspond aux attentes de nos clients, qui souhaitent voir émerger des actions aux répercussions visibles et durables sur leur territoire. Pour nous, l’innovation sociale c’est avant tout promouvoir des coalitions territoriales en faveur de l’inclusion et de l’économie circulaire.
B. B. Une majeure partie de ce que nous déployons en matière d’innovation sociale est inscrite dans nos contrats. À Montauban, ville avec laquelle nous avons un contrat historique pour la réduction des déchets, nous orchestrons l’ensemble des partenariats avec les acteurs locaux de l’ESS, afin d’accompagner la collectivité dans son objectif de réduction de 10% des déchets. Nous avons également dans certains contrats de collecte d’ordures ménagères un volet sur la féminisation des effectifs. Lancer des actions concrètes et mesurables à l’échelle d’un territoire fait partie de notre savoir-faire. Nous veillons par ailleurs à partager nos bonnes pratiques afin d’augmenter le niveau de maturité global sur le sujet, et organisons régulièrement des “expéditions apprenantes” afin que nos clients, ou des leaders d’opinion voient nos engagements, sur le terrain, en faveur de l’insertion professionnelle ou de l’économie circulaire.
“Nos clients souhaitent voir émerger des actions aux répercussions visibles et durables sur leur territoire”
Encouragez-vous l’engagement de vos collaborateurs au sein de structures associatives ?
L.-G. G. En 2023, nous avons institutionnalisé des expérimentations que nous menions depuis plusieurs années déjà, en les inscrivant dans une « charte de l’engagement solidaire ». Nos 25 000 salariés français peuvent bénéficier de deux jours par an, payés par l’entreprise, pour s’engager auprès d’associations qui œuvrent sur des sujets proches de nos métiers. C’est un facteur d’attractivité et de fierté des équipes, très sensibles aux engagements pris par SUEZ.
B. B. Nous avons un partenariat avec la plateforme Vendredi, sur laquelle 3 500 de nos collaborateurs sont inscrits. Nous venons d’achever le déploiement complet du dispositif et les premiers résultats sont encourageants : 435 missions ont été réalisées durant 2024. Ceux qui l’ont testé sont très enthousiastes et nous continuons de sensibiliser les équipes, en parallèle de notre People Week annuelle, qui est l’occasion pour les associations de venir présenter leurs activités.
Propos recueillis par Caroline de Senneville
Crédit photo de Laurent-Guillaume Guerra: ©SUEZ/Günter Bolzern – bolzern.ch