Sophie Moreau-Follenfant, est membre du directoire de RTE ainsi que directrice générale du Pôle Transformation-Environnement Salariés et directrice des ressources humaines. Avec Frédéric Dohet, directeur de la RSE, elle travaille à atteindre les objectifs – tant environnementaux que sociaux – du gestionnaire du réseau public de transport d’électricité français. Interview.
Sophie Moreau-Follenfant et Frédéric Dohet (RTE) : “Les fonctions de direction de la RSE et de DRH ont des positions centrales au sein de l’entreprise”
Décideurs RH. Comment envisagez-vous la responsabilité sociale des entreprises chez RTE ?
Sophie Moreau-Follenfant. Il s’agit d’un sujet primordial. Le directoire de RTE, dont je fais partie, a souhaité organiser un pôle Transformation, Environnement, Salariés, regroupant les fonctions de DRH, de Direction de la RSE, de Direction Santé, sécurité et qualité de vie au travail (QVT) et de Direction immobilière et logistique. La logique de ce pôle, que je dirige, est de centraliser l’ensemble des activités qui contribuent à l’environnement de travail des salariés. Grâce à ces synergies, nous sommes en mesure d’accompagner au mieux les transformations de l’entreprise. De ce fait, les fonctions de direction de la RSE et de DRH occupent des positions centrales au sein de l’entreprise.
La raison d’être de RTE – “œuvrer à chaque seconde pour garantir dans la durée l’accès à une électricité décarbonée”– est inscrite dans nos statuts, ce qui nous oblige. Elle se décline en trois ambitions majeures : optimiser le système électrique français, maintenir et développer nos infrastructures pour opérer la transition énergétique, et mettre notre savoir-faire au service des pouvoirs publics, pour éclairer leurs décisions, des territoires et des citoyens. La politique RSE a été construite comme la déclinaison de cette raison d’être et comme levier de création de valeurs. Notre démarche vise à embarquer l’ensemble des collaborateurs, dont les missions individuelles et quotidiennes sont essentielles pour atteindre nos objectifs.
Comment la politique de RSE est-elle pilotée au sein de l’entreprise ?
Frédéric Dohet. Le département RSE veille à ce que les objectifs fixés chaque année par le directoire soient respectés, en dialoguant et en collaborant étroitement avec l’ensemble des directions métiers. La moitié des ambitions de l’entreprise pour 2025 relèvent de la responsabilité sociétale de l’entreprise : environnement, mobilité durable, flexibilité et régulation des consommations électriques selon la disponibilité du réseau, politique d’achats responsables avec davantage de critères environnementaux obligatoires, diversité et égalité professionnelle… Cela demande de travailler de manière transverse, notamment avec les équipes des ressources humaines et les départements juridiques, pour mener à bien les négociations sociales. L’intégration de tous les axes de la RSE au sein des directions métiers, conjuguée à la forte complémentarité entre la direction des ressources humaines et la direction RSE, permet à chaque collaborateur de prendre pleinement conscience des actions menées. C’est le socle sur lequel se construit une politique d’entreprise cohérente et forte.
“La moitié des ambitions de l’entreprise pour 2025 relèvent de la responsabilité sociétale de l’entreprise”
Sophie Moreau-Follenfant. La réflexion que nous menons sur le bilan carbone des déplacements des équipes est un bon exemple des synergies entre RSE et RH. Qu’il s’agisse des trajets domicile-travail, pour lesquels la direction des ressources humaines a instauré des aides consacrées à la mobilité durable, ou des trajets sur notre réseau d’installations électriques, ces dossiers sont coconstruits afin d’apporter les meilleures réponses. L’approche est globale : pour assurer des déplacements plus responsables sur notre réseau – 100 000 kilomètres de lignes électriques aériennes, souterraines et sous-marines –, la direction Immobilier et logistique gère l’achat des véhicules électriques et le déploiement des bornes de chargement sur l’ensemble de nos sites. Chaque direction métier agit selon les engagements du directoire.
Frédéric Dohet. Sophie Moreau-Follenfant m’a confié le pilotage de la politique de diversité, d’égalité des chances et d’inclusion, tout en me faisant profiter de ses compétences en la matière. Durant l’année 2024, nous avons négocié un nouvel accord qui a abouti à une politique d’entreprise consacrée au handicap. D’autres initiatives en ont aussi découlé, notamment une conférence sur les maladies invalidantes, tenue en décembre dernier, qui a eu beaucoup de succès auprès des salariés.
Les métiers de l’industrie peinent à se féminiser. Que mettez-vous en œuvre pour inverser la tendance ?
Sophie Moreau-Follenfant. Avec seulement 12 % de femmes dans les métiers de la maintenance, et 2 % de femmes au sein des BTS électro-technique, il reste beaucoup à faire. Féminiser ces métiers passe par le recrutement, des politiques de formation et des dispositifs de passerelle pour permettre des évolutions en interne ou des reconversions, en partenariat avec France Travail. C’est un enjeu d’autant plus important que le réseau électrique de RTE est en première ligne pour assurer la transition énergétique : passer des énergies fossiles à l’électrique implique nécessairement de faire circuler plus d’électricité et donc de développer notre réseau. Ainsi, l’ensemble de la filière électrique prévoit la création de 10 000 emplois par an d’ici à 2030. Ce besoin de main d’œuvre considérable doit conduire à recruter plus de femmes. Nous travaillons avec l’ensemble de la filière pour identifier et attirer les talents.
“Nous voyons dans la directive CSRD l’occasion d’élaborer un unique rapport, financier et social”
Frédéric Dohet. Nous intervenons auprès des jeunes, dès l’enseignement secondaire, pour leur faire découvrir le monde industriel au travers de stages en entreprise. Nous entretenons également des liens avec les structures d’enseignement professionnel et supérieur, afin de pouvoir recruter des techniciens et des ingénieurs, et avons tissé des partenariats avec des grandes écoles et des laboratoires. Les recrutements de doctorants sont de plus en plus fréquents. Actuellement, la moitié de nos recrutements BAC+5 viennent de l’université, où les femmes sont plus présentes que dans les écoles d’ingénieurs. Enfin, nos grilles de rémunération sont similaires, à quelques exceptions près, entre des diplômés d’université et des diplômés d’écoles d’ingénieurs, ce qui garantit une plus grande égalité professionnelle.
Quelles sont vos réflexions en matière de suivi des politiques de RSE ?
Sophie Moreau-Follenfant. Les exigences de l’entreprise en matière de RSE ont été formalisées par des objectifs opérationnels, auxquels sont associés plusieurs indicateurs. Chaque collaborateur, peu importe son niveau hiérarchique, doit contribuer à l’effort général pour les atteindre. Nous avons par ailleurs choisi d’intégrer les objectifs dans les bonus pour favoriser l’engagement des managers de l’entreprise.
Frédéric Dohet. Nous voyons dans la directive CSRD l’occasion d’élaborer un unique rapport, financier et social, rédigé selon une norme européenne, et qui puisse faire foi auprès de l’ensemble de nos interlocuteurs. C’est l’occasion d’une simplification et d’une harmonisation de l’ensemble des reportings extrafinanciers.
Propos recueillis par Caroline de Senneville