Selon le président de la CPME, les entreprises sont des lieux de compromis, d’innovation, de vivre-ensemble, au service de la France et de ses habitants. Hélas, l’instabilité politique et certaines politiques publiques entravent leur dynamisme. Un sursaut peut-il advenir ?
Amir Reza-Tofighi : (CPME) "Les Français aiment leurs entreprises"
Décideurs. Quel est le moral des entrepreneurs ?
Amir Reza-Tofighi. Nous essayons de composer avec l’instabilité politique et géopolitique, qui se traduit par des hausses de taxes et une inflation du prix des matières premières. Malgré notre résilience, nous avons l’impression que les obstacles s’accumulent.
Quelles sont les conséquences de l’instabilité politique sur les entreprises ?
Les mesures susceptibles d’améliorer la compétitivité ou de réduire le déficit public exigent du courage et de la vision de la part des gouvernements et des parlementaires. Mais il faut aussi une majorité. Or, depuis la dissolution, il n’y en a plus. C’est une rupture par rapport à la séquence 2017-2024 marquée, au passage, par de la visibilité et des politiques pro-business.
Depuis la dissolution, l’action sur le long terme et le discours économique sont absents. On taxe pour plaire à une partie de l’opinion publique, sans perspective d’ensemble. Tout cela a des conséquences pour le pays. Le premier trimestre a été marqué par une phase de décroissance, le second pourrait se caractériser par une récession.
"Les entreprises ne sont pas des variables d’ajustement"
Quel message voudriez-vous faire passer à la classe politique ?
Les entreprises ne sont pas des variables d’ajustement, stoppez les taxes déguisées, essayez de trouver des compromis comme dans le secteur privé ! Nous ne demandons pas d’aides ou de subventions, seulement de pouvoir travailler dans de bonnes conditions.
Nos responsables politiques pourraient-ils s’inspirer des entreprises ?
Aujourd’hui, les entrepreneurs et les citoyens doutent de la parole publique. En revanche, les Français aiment leurs entreprises ! Selon un sondage Odoxa publié fin 2025, 82 % d’entre eux en ont une bonne opinion, un chiffre en hausse de 24 points depuis 2004. Les patrons sont eux aussi de plus en plus appréciés : 68 % des citoyens en ont une bonne opinion, soit une hausse de six points en six ans. Le taux monte même à 84 % pour les petits patrons !
Comment expliquer ces chiffres ?
D’une certaine manière, les entreprises, notamment les TPE et PME, fonctionnent d’une façon dont la classe politique pourrait s’inspirer. Elles sont des lieux de vitalité, d’énergie, d’ambitions partagées, de cohésion, d’apaisement. Contrairement aux idées reçues, le dialogue et la collégialité fonctionnent. Elles sont un espace d’inspiration pour la collectivité, possèdent un fort ancrage territorial. Du reste, le climat social est bon, comme en témoigne le faible nombre de grèves dans le monde de l’entreprise.
Malgré une conjoncture maussade, y a-t-il des raisons d’être optimiste ?
Les chefs d’entreprise sont conscients de la situation, agissent, se mettent aussi au service de leur pays. Les collaborateurs sont créatifs et veulent réussir. De nombreux défis doivent être relevés par la France en matière de défense, d’innovation, de santé, de transition écologique. Derrière chacun d’entre eux, des entreprises sont à la manœuvre pour proposer des solutions.
Par ailleurs, les PME et les TPE peuvent s’appuyer sur les atouts de la France : une énergie abondante, majoritairement décarbonée et moins coûteuse qu’ailleurs grâce au nucléaire, d’excellentes infrastructures, une main-d’œuvre formée et qualifiée, ainsi qu’un système d’apprentissage qui s’est amélioré.
Propos recueillis par Lucas Jakubowicz
La grande assemblée des entrepreneurs aura lieu le 25 juin au Parc des Princes. Plus d'informations ici, inscription sur le lien ci-contre.