Les listes du bloc central sont loin de s’appuyer sur le maillage local du PS ou de LR. Elles conservent toutefois une assise non négligeable, notamment grâce à Horizons. De quoi contenter les électeurs attachés à la modération - et inquiéter Gabriel Attal, qui voit son rival Édouard Philippe sortir renforcé de la séquence.
Municipales. Bloc central, le verre à moitié vide ou à moitié plein ?
Le spectateur qui suit une soirée électorale à la télévision peut être un peu perdu : chaque parti revendique la victoire. Gabriel Attal s’inscrit dans la tradition. Lorsqu’il prend la parole le dimanche 22 mars au soir, il a la mine réjouie : "Le résultat de ce soir est net : nous doublons notre nombre d’élus locaux, 200 maires encartés Renaissance ont été élus", se félicite-t-il.
Des succès et des flops
Cette cuvée 2026 est toutefois loin d’un grand cru et ne suffit pas à rivaliser avec l’implantation du PS ou de LR. "L’armoire à trophées" de Renaissance s’est néanmoins enrichie de deux grandes villes de plus de 100 000 habitants : Annecy et Bordeaux, où les anciens ministres Antoine Armand et Thomas Cazenave sont confortablement élus. Nevers, ancienne plus grande ville macroniste, est conservée, tout comme Tarbes et Bayonne, tandis que Rodez a été conquise face à un socialiste en place depuis 2008.
Malgré tout, des échecs cuisants sont à relever dans des villes où les macronistes étaient en position de sortants. C’est le cas de Karl Olive, marcheur de la première heure à Poissy, et de François Bayrou à Pau. Le centre, s’il ne s’effondre pas, apparaît désormais comme une force d’appoint. Surtout, la structure de Gabriel Attal perd la bataille du centre face à Horizons.
La structure de Gabriel Attal perd la bataille du centre face à Horizons
Renaissance vs Horizons ?
L’équation était simple : au Havre, une défaite face au communiste Jean-Pierre Lecocq aurait hypothéqué les ambitions présidentielles d’Édouard Philippe. Mais le maire sortant a été facilement réélu, déjouant des sondages qui annonçaient l’inverse. Pour gagner la bataille du centre, Horizons se présente comme le parti des élus locaux connectés, appréciés, fins connaisseurs de tous les territoires du pays.
La mission est remplie. Hormis le crash Estrosi, victime du mandat de trop à Nice, les « Philippistes » s’en sortent bien. Ils peuvent se prévaloir des réélections de Christophe Béchu à Angers, d’Arnaud Robinet à Reims, de Xavier Bonnefont à Angoulême et de Patrick de Carolis à Arles. À Ajaccio, la majorité reste la même. Mieux encore, en plus de résister, le parti conquiert. Parmi les villes de plus de 30 000 habitants passées dans le giron d’Horizons figurent Périgueux, Annemasse, Châtellerault, Saint-Brieuc ou encore Nogent-sur-Marne.
Autre point notable, Horizons apparaît comme un "bloc central dans le bloc central". Ses chefs de file sont capables de fédérer à la fois l’électorat macroniste et une partie de la droite classique. Édouard Philippe se replace ainsi au centre du jeu pour la présidentielle et semble pour le moment disposer d’une assise plus large que Gabriel Attal.
Nul ne sait à ce stade qui des deux anciens Premiers ministres sera sur la ligne de départ en 2027. Prendront-ils le risque de partir simultanément ? Seule certitude, la carte électorale du macronisme originel a évolué. Si en 2017 Emmanuel Macron surperformait dans les grandes villes, comme Paris, Lyon ou Strasbourg, c’est là que ceux qui se rêvent en héritiers essuient leurs plus grosses déroutes stratégiques.
Lucas Jakubowicz