La radiographie de la jeunesse publiée par l’Ifop risque fort de bousculer les certitudes. Les adolescents seraient plus à droite et plus conservateurs sur le plan des mœurs que leurs aînés…

Une idée reçue a la vie dure : la jeunesse pencherait davantage à gauche que les générations plus âgées. En 2026, ce n’est plus nécessairement le cas, souligne la Radioscopie politique des adolescents de 15 à 17 ans publiée par l’Ifop.

La jeunesse de gauche ? Un cliché qui ne se vérifie

Selon l’institut de sondage, 29 % des Français se disent proches d’un parti de gauche (PS, LFI, les écologistes ou une autre formation) contre 27 % des 15-17 ans. Globalement, la gauche recule : 44 % des 15-17 ans se situent à gauche de l’échiquier en 2026, contre 54 % en 1994.

Cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient plus à droite que le reste de la population. Si un tiers du corps électoral se déclare proche de la droite (LR, RN ou autre formation), cela ne concerne que 22 % des adolescents, pointe l’Ifop. Le RN demeure toutefois le parti préféré des jeunes (15 %), devant LFI et le PS (10 %). Mais, chez les Français dans leur ensemble, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella atteint 22 %.

Notons également un fort rejet à l’égard des partis centristes, c’est-à-dire le fameux bloc central macroniste. Déjà peu attractif auprès des Français (11 %), le verdict est encore pire chez les 15-17 ans : 3 %. Malgré ses efforts sur les réseaux sociaux, Gabriel Attal a encore beaucoup de travail.

La principale conclusion du volet consacré au positionnement politique des jeunes reste la grande désaffection envers les partis : 45 % des futurs électeurs ne se déclarent proches d’aucun mouvement politique contre 20 % en moyenne. Manque de connaissance ? Méfiance ? Désenchantement ? Le futur taux d’abstention des primo-votants sera à scruter de près…

Gender gap : la jeunesse française ne fait pas

États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne… Les études sociologiques et électorales menées dans de nombreux pays occidentaux font toutes le constat : les femmes penchent de plus en plus à gauche, les hommes de plus en plus à droite, un fossé particulièrement marqué chez les plus jeunes. L’Hexagone ne fait pas exception à la règle, confirme l'Ifop.

Si 53 % des femmes se situent à gauche de l’échiquier politique, 64 % des hommes se positionnent à droite. De quoi promettre des débats animés chez de nombreux couples…

Une génération de réacs ?

Dans l’imaginaire collectif, la scène est bien connue : lors d’un repas de famille, le tonton réac est en conflit avec les jeunes plus progressistes. Si l’on se fie aux travaux de l’Ifop, la configuration inverse tend à s’installer. Les vieux soixante-huitards ultra-laïques et progressistes sur le plan des mœurs ont désormais maille à partir avec une jeunesse devenue plus bigote et conservatrice.

Ainsi, 58 % du panel interrogé jugent inacceptable de critiquer une religion, 56% estiment que la pornographie l’est également. S’agissant de la peine de mort, la part de jeunes favorables (39 %) est proche de celle des opposants (45 %).

Les deux catégories les plus à gauche sont les "féministes" et les "musulmans" aux valeurs diamétralement opposées. Comment les rassembler ?

Le défi de la gauche

Les travaux de l’Ifop sont souvent politiquement incorrects et bousculent certaines certitudes. La Radioscopie des adolescents ne fait pas exception. Elle montre que les sondés se définissant comme musulmans sont les plus conservateurs de tous. Ils sont 92 % à trouver la critique de la religion inacceptable, 76 % à se déclarer opposés à la pornographie, 57 % à désapprouver le changement de genre, 52 % à voir de manière défavorable le suicide assisté par un médecin, 50 % à s’opposer aux relations entre personnes de même sexe, 48 % à soutenir la peine de mort…

Paradoxe : ils sont aussi les plus nombreux à se déclarer de gauche (83 %). La seconde catégorie de la population adolescente la plus à gauche du panel est celle se déclarant "féministe" avec un taux de 70 %. La gauche française aura donc un problème à gérer à moyen terme : faire coexister un électorat musulman visiblement conservateur, tout en gardant dans son giron une jeunesse LGBT friendly et progressiste. La fameuse intersectionnalité des luttes montrera-t-elle ses limites ?

Couvre-feu, interdiction des écrans : la jeunesse approuve

 L’Ifop remet en cause une autre idée reçue : les plus âgés veulent limiter l’accès aux écrans des plus jeunes. Or, il se trouve que ces derniers se montrent ouverts à de telles mesures. 71 % des sondés se disent ouverts à « une limitation quotidienne des écrans pour les moins de 15 ans » et 56  % soutiennent "une interdiction totale des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans". Précisons que les répondants ayant entre 15 et 17 ans, ils ne seraient pas concernés par la mesure… Qu’ils se considèrent comme progressistes ou conservateurs, les jeunes sont majoritairement du même avis.

Autre donnée révélatrice d’un désir d’ordre, le couvre-feu de 22 h à 8 h pour les mineurs de moins de 15 ans est également une mesure approuvée par 70 % des 15-17 ans.

Si ces résultats mettent en avant des tendances, ils ne sont valables qu’à l’instant T. Rien ne dit que les jeunes n’évolueront pas avec le temps. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en 2002, les primo-votants constituaient la frange la plus rétive au FN, dans les urnes comme dans la rue. Ils sont désormais la génération qui se tourne le plus vers le parti lepéniste…

Lucas Jakubowicz