Les choses étaient plus ou moins cachées depuis quelques années, elles explosent désormais aux yeux de tous. L’Europe stagne, se marginalise tandis que les États-Unis assoient plus que jamais leur leadership sur les pays du Vieux Continent en passe de devenir des dominions.
Europe, d'union à dominion
Les dominions sont des États indépendants sur le papier, mais soumis dans les faits à une grande puissance mondiale, à l’instar du Canada, de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie et de l’Afrique du Sud à l’égard de la Grande-Bretagne au XIXe siècle.
Le dernier mois de l’année 2025 offre plusieurs preuves flagrantes. Après son opération au Venezuela, Donald Trump ne cache pas sa volonté d’annexer le Groenland, propriété du Danemark et de l’Union européenne ? Nous répondons par des mots, des appels à l’autonomie stratégique et au réarmement. Mais, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, entre 2020 et 2025, 65 % des armes acquises par les nations européennes membres de l’Otan l’ont été auprès de "l’Oncle Sam".
La veille de Noël, l’administration américaine a interdit l’entrée sur le territoire de Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur en charge du numérique. Son crime ? Avoir voulu réglementer l’activité des géants de la Silicon Valley. Ne cherchez pas les mesures de rétorsion de l’UE, elles n’existent pas.
Il paraît que la maîtrise de l’IA est la garantie de la souveraineté ? Si cela est vrai, un chiffre peu relayé est préoccupant. En 2025, les data centers ont consommé 4,4 % de l’énergie américaine et 3,2 % de celle de l’Europe. Selon les données de Goldman Sachs et du think tank I-Com, la proportion serait de 12 %, voire 30 % outre-Atlantique d’ici à 2030, alors qu’au sein de l’UE elle ne varierait guère. De quoi nous vassaliser encore plus.
Si le terme "vassalisation" peut sembler fort, il est assumé par la Maison-Blanche. La nouvelle stratégie pluriannuelle pour la sécurité publiée par l’administration américaine le 5 décembre a le mérite de jouer cartes sur table. Le texte de 33 pages dépeint notre continent comme "en déclin", courant le risque d’un "effacement civilisationnel". Incapable de redresser la barre seul, il devrait s’en remettre aux États-Unis dont le rôle serait "d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle". Paradoxe, la première économie du monde voit l’UE comme un rival à long terme. Pourtant, elle la décrit comme faible et soutient les partis d’extrême droite populiste souhaitant la détricoter, la corseter. Pour le plus grand bien de l’Europe, bien sûr…
En ce début d’année 2026, nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions rien des intentions américaines. Hélas, nous continuerons probablement à courber l’échine. Or, les Américains détestent la faiblesse…
Lucas Jakubowicz