En ce début d’année 2026, la carte du monde ressemble à un champ de forces magnétiques instables. Le duopole sino-américain dicte le rythme des bouleversements et des échanges mondiaux, de l'innovation technologique et de la finance. La Russie à l'économie de guerre agressive menace la stabilité du continent européen. Dans cet étau, une question brûle les lèvres : la France et l'Europe sont-elles condamnées au déclin ?
La France et l’Europe condamnées au déclin et à l’oubli ?
Pendant des décennies, l'Europe a délégué sa sécurité aux États-Unis. Mais en 2026, le paradigme a changé. La menace russe, désormais perçue comme durable et systémique, a forcé un réarmement massif. La France, pilier central de cette dynamique, a franchi un cap historique. Avec un budget de la défense atteignant 68,4 milliards d'euros en 2026 (une hausse de près de 7 milliards par rapport à l'année précédente), elle assume son rôle de nation-cadre. Seule puissance nucléaire de l'UE, la France reste le garant ultime de l'autonomie stratégique et de la dissuasion du continent.
En 2025, la France a enregistré un record d'exportations d'armement de 21,6 milliards d'euros, devenant le second exportateur mondial. Ses Rafale et ses sous-marins Barracuda ne sont plus seulement des produits commerciaux, mais des outils de diplomatie souveraine.
L'Europe, globalement, commence enfin à aligner ses forces. Si la Russie possède une supériorité numérique au sol, les experts de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI) soulignent que les forces européennes de l'OTAN conservent l'avantage dans les domaines aérien, naval et spatial. L'enjeu de 2026 est la "dronisation" et la cybersécurité, secteurs où Paris et Berlin notamment investissent massivement pour contrer la guerre hybride de Moscou.
Sur le plan économique, l'influence européenne reste colossale mais contestée. L'UE représente encore environ 18 % du PIB mondial, talonnant les États-Unis et la Chine. Mais elle demeure encore la première puissance commerciale du globe.
Cependant, le fossé se creuse dans la tech. Face aux subventions massives de l'Inflation Reduction Act américain et au capitalisme d'État chinois, l'Europe joue son va-tout avec le "Green Deal" et le "Digital Markets Act". Elle mise sur la réindustrialisation verte et l'IA. Pour 2026, l'État a prévu des financements records pour l'IA souveraine afin de ne pas dépendre totalement de Microsoft ou Alibaba.
Mais avec une dette française dépassant les 115 % du PIB, la capacité d'influence économique est bridée par une discipline budgétaire nécessaire pour rassurer les marchés.
Sans l'Europe, le monde bascule dans un duel binaire dangereux
Mais c’est sur le terrain diplomatique que la France et l’Europe tentent de se distinguer du face-à-face brutal entre Washington et Pékin. La France utilise son siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU pour se positionner comme une puissance médiatrice. Paris tente également de maintenir des ponts avec l'Inde, le Brésil et l'Indonésie, refusant une logique de blocs rigides. Mais l'Europe n'est plus un simple spectateur. En 2026, elle parle de plus en plus d'une seule voix sur les régulations mondiales (climat, IA Act), imposant ses normes au reste du monde — c'est "l'effet Bruxelles". L’Europe doit tenir bon face aux coups de boutoir des Etats-Unis ou de la Chine qui cherchent à prendre le dessus, imposer leur loi, et la vassaliser !
La France et l'Europe ne pèsent plus par leur seule masse démographique, leur hégémonie ou leur gloire passées. En ce début de cette nouvelle année, leur influence est devenue normative, technologique voire stratégique. Elles pèsent encore quelque chose car elles sont le point d'équilibre nécessaire : sans l'Europe, le monde bascule dans un duel binaire dangereux.
Si l'Europe parvient à transformer son sursaut militaire en une véritable armée de combat et son marché en un pôle d'innovation de rupture, elle restera alors l'un des trois pôles directeurs du XXIe siècle. Le "poids" de la France aujourd'hui se mesure à sa capacité à être le moteur de cette transformation européenne avant tout ! Réveillons-nous !
Emmanuel Millard
Ancien Président national de la DFCG, Vice-Président IAE Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Président de la Commission des Finances ETHIC, Expert-Comptable