Fondateur du cercle des économistes, président des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, Jean-Hervé Lorenzi a copublié Un monde de violences et après ? avec Mickaël Berrebi. Selon lui, "l’Histoire est répétitive", ce qui permet d’avoir suffisamment d’armes pour diriger dans l’incertitude.

Décideurs Magazine. Au mois de juillet, les rencontres économiques d’Aix-en-Provence (REX) ont accueilli des centaines de décideurs issus du public comme du privé. Comment était l’ambiance ?

Jean-Hervé Lorenzi : Elle était plus studieuse et moins insouciante que lors des éditions précédentes. Chacun comprend que le monde entre dans un nouveau cycle d’incertitude, de rupture, voire de violence. Face à cette conjoncture prédominait la volonté d’agir mais aussi de rechercher de l’apaisement.

Dans cette période d’incertitude, comment garder la tête froide ?

Les chamboulements sont inhérents à la marche du monde, les périodes de faible croissance aussi, ce fut le cas aux XIe et XIIe siècle par exemple. Il est possible de prévoir certains cycles et de prendre de bonnes décisions en examinant le passé. L’Histoire est répétitive, l’économie est soumise à des cycles et des lois qui se reproduisent.

La révolution industrielle britannique est, par exemple, riche d’enseignement. Naguère surpuissant, le pays s’est désindustrialisé puis s’est ouvert sur le monde au point de devenir un îlot libéral dans un océan de protectionnisme. Les Britanniques y ont laissé leur avance technologique en renforçant leurs concurrents. C’est la trajectoire que suit aujourd’hui l’Union européenne. Sur de nombreuses innovations de rupture, elle se retrouve devancée par la Chine qui retrouve le rang qu’elle occupait il y a deux siècles. Le phénomène a commencé par des délocalisations et des transferts de technologie.

"Une société qui vieillit a une aversion au risque, investit moins, innove moins, se caractérise par une épargne rare"

On note également une paupérisation des classes moyennes qui touche tous les continents. Elle redoute de vivre moins bien qu’avant, prend acte des inégalités croissantes. Ainsi, 1 % des Américains possèdent 35 % de la richesse totale du pays contre 22 % en 1978. Ce sentiment d’injustice, d’impuissance peut donner lieu à des tentations autoritaires. Enfin, au niveau stratégique, chaque première puissance mondiale est concurrencée par un challenger mais ne se laisse jamais pacifiquement dépasser.

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Vous pointez également les conséquences du vieillissement de la population qui n’étaient pas forcément prévues. Quelles sont-elles ?

Le monde risque de passer sous le seuil de renouvellement des générations qui est de 2,1 enfants par femme d’ici une dizaine d’années, ce que peu d’experts prévoyaient. En France, le taux de natalité en 2023 est de 1,68 enfant par femme, l’Insee tablait sur 1,8. Partout dans le monde la natalité recule fortement.

En matière économique, on sait qu’une société qui vieillit a une aversion au risque, investit moins, innove moins, se caractérise par une épargne rare. Tout ceci donne lieu à une longue stagnation économique. Aux gouvernements de mettre en place des mesures pour encourager l’investissement, passer de l’État providence à l’État stratège.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

Un monde de violences. Et après ? De Jean-Hervé Lorenzi et Mickaël l Berrebi, Eyrolles, 304 pages, 19,90 euros