Portées par l’envolée des marchés financiers et les valorisations record des entreprises technologiques, les fortunes liées à l’intelligence artificielle se multiplient. Selon UBS, le nombre de milliardaires a progressé de 13 % en un an, tandis que Bloomberg et Forbes identifient une nouvelle génération d’entrepreneurs enrichis par la révolution de l’IA.
L’intelligence artificielle accélère la fabrique des milliardaires
Le rêve américain est loin d’être enterré. Malgré les prédictions annonçant un affaiblissement de leur puissance économique, les États-Unis continuent de fabriquer des millionnaires et des milliardaires à un rythme effréné. La révolution de l’intelligence artificielle n’y est pas étrangère : elle alimente les marchés financiers, propulse les valorisations des entreprises technologiques et fait émerger une nouvelle génération de riches entrepreneurs.
Selon le Global Wealth Report 2026 d’UBS, les États-Unis comptent désormais plus de 1 000 milliardaires. Le pays concentre également 15 des 19 fortunes mondiales supérieures à 100 milliards de dollars. La même dynamique s’observe chez les millionnaires : en 2025, plus de 440 000 Américains ont franchi pour la première fois le seuil du million de dollars de patrimoine, soit près de la moitié des nouveaux millionnaires recensés dans le monde. Cela représente plus de 1 200 nouveaux millionnaires par jour. Au total, 23,6 millions de millionnaires, soit plus de 40 % des millionnaires en dollars de la planète, résident aujourd’hui aux États-Unis.
Mouvement mondial
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement mondial. UBS recense 3 302 milliardaires en 2026, soit 13,1 % de plus qu’un an auparavant. Derrière les États-Unis, la Chine continentale en compte 562, devant l’Inde (211), l’Allemagne (193) et la Russie (122). En moyenne, leur fortune a progressé de 25 % entre 2025 et 2026, un chiffre qui masque d’importantes disparités selon les pays. En Corée du Sud et en Hongrie, la richesse cumulée des milliardaires a plus que doublé. La hausse avoisine 60 % en République tchèque et au Mexique, dépasse 50 % au Brésil et en Grèce et atteint même 80 % au Chili.
Les États-Unis abritent 15 des 19 fortunes mondiales supérieures à 100 milliards de dollars
Selon UBS, ces progressions s’expliquent en grande partie par l’augmentation du nombre de milliardaires plutôt que par l’enrichissement massif des fortunes déjà existantes. En Corée du Sud, leur nombre est ainsi passé de 31 à 52, soit une hausse de près de 68 %, un rythme toutefois inférieur à celui de leur richesse cumulée (139 %). La Hongrie est, elle, passée de quatre à huit milliardaires.
Au Chili, en revanche, le nombre de milliardaires est resté stable, tandis qu’en République tchèque, il n’a progressé que de deux personnes. Dans ces deux pays, la hausse de la richesse totale reflète donc principalement l’enrichissement des fortunes déjà constituées. À l’inverse, certains marchés n’ont pas connu une telle euphorie. Le nombre de milliardaires a reculé dans six pays. La Thaïlande (de 25 à 22), et l’Arabie saoudite (de 19 à 16) sont les plus touchées.
Les marchés à la fête
Pourquoi une telle accélération ? "La majeure partie de la fortune des milliardaires est liée aux sociétés cotées en Bourse, explique James Mazeau, économiste chez UBS, dans des propos rapportés par The Guardian. Une partie de cette hausse est donc due aux marchés financiers." Il ajoute : "L’essor de l’IA stimule cette dynamique. Dans les pays où la participation aux marchés boursiers est forte, cela se traduit par une augmentation de la richesse."
"La majeure partie de la fortune des milliardaires est liée aux sociétés cotées en Bourse"
Bloomberg, qui publie le Bloomberg Billionaires Index, estimait en mai, pour sa part, que 19 nouveaux milliardaires issus de l’écosystème des start-up américaines avaient émergé en un an grâce à l’IA, avec une fortune cumulée de 59,3 milliards de dollars. La première vague de fortunes liées à l’IA reposait principalement sur les fabricants de puces, les centres de données et les grands modèles de langage. Jensen Huang, fondateur de Nvidia, est ainsi devenu l’un des hommes les plus riches du monde grâce à l’explosion de la demande pour ses puces. La nouvelle génération s’enrichit en appliquant l’IA à des secteurs comme le droit, la santé, le service client ou encore les logiciels.
Des nouveaux et des anciens
Forbes s’est également penché sur les personnalités devenues riches grâce à l’IA. En décembre, le média expliquait que la vague d’investissements dans l’intelligence artificielle avait propulsé plus de cinquante fondateurs et dirigeants dans le club des milliardaires, grâce aux valorisations record des start-up spécialisées dans les grands modèles d’IA (LLM), l’infrastructure informatique, les agents IA ou encore la génération de voix et d’autres applications professionnelles. Forbes cite notamment Edwin Chen (Surge AI), Bret Taylor et Clay Bavor (Sierra), Brendan Foody, Adarsh Hiremath et Surya Midha (Mercor), Anton Osika et Fabian Hedin (Lovable) ou encore Michael Truell, Aman Sanger, Sualeh Asif et Arvid Lunnemark (Cursor).
Dans un autre rapport consacré aux milliardaires, publié fin 2025, UBS souligne que les fortunes investies dans le secteur technologique ont progressé de 23,8 %. L’intelligence artificielle ne crée donc pas seulement de nouveaux milliardaires ; elle enrichit aussi les plus anciens. Les classements des personnalités les plus riches restent dominés par Elon Musk, devant Larry Page et Sergey Brin, tous trois ayant bénéficié, directement ou indirectement, de l’appréciation des valeurs technologiques dans un contexte d’essor de l’IA.
Le rapport d’UBS montre enfin que la fortune moyenne des milliardaires progresse bien plus rapidement que celle du reste de la population. Alors que leur patrimoine a augmenté de près de 25 % en un an, le patrimoine moyen mondial n’a progressé que d’environ 11 %. Les prochaines vagues d’innovations confirmeront-elles cette tendance ?
Olivia Vignaud