En matière d’exportation de produits de santé, chaque pays présente ses propres contraintes et opportunités. Les spécificités réglementaires, politiques ou culturelles sont aussi nombreuses que complexes. Depuis 2017, l’association French Healthcare accompagne ses adhérents pour optimiser le succès de leurs projets d’export. Entretien avec Emile Jockey, son délégué général.

Décideurs. Pouvez-vous présenter les missions de l’association French Healthcare ? 

Emile Jockey. French Healthcare Association est une initiative de partenariat public-privé. Elle réunit les acteurs français de la santé pour soutenir leurs projets d’export à l’international. Depuis le lancement, en 2017, par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, nous menons des actions collaboratives afin de mieux valoriser la santé française à l’étranger.

Notre premier objectif est de promouvoir et de valoriser le savoir-faire français en matière de santé à travers le monde. Pour cela, nous multiplions les rencontres diplomatiques, les salons internationaux et les grands rendez-vous économiques. En 2025, nous avons mené en moyenne trois opérations BtoB et BtoG par mois. Notre deuxième mission consiste à structurer l’offre française afin qu’elle gagne en compétitivité. Cela se traduit notamment par des partenariats entre nos adhérents afin de leur permettre de compléter leurs offres et de remporter des contrats plus importants. Enfin, nous animons un réseau d’adhérents composé de 300 organisations. Si l’écosystème inclut une majorité de PME, il réunit également de grands groupes industriels, tels que Sanofi, Servier ou BioMérieux, ainsi que des hôpitaux publics et privés, des organismes de financement, des instituts de recherche ou encore des acteurs de l'infrastructure, comme Bouygues Bâtiment international. Depuis la création de French Healthcare Association, 60 % des adhérents ont trouvé un partenaire à l'export au sein même de l’association.

"L’offre de produit ou de service doit s’adapter au système de santé du pays visé, qu’il s’agisse d’un modèle post-soviétique, libéral ou structuré autour de nombreux acteurs publics"

Concrètement, quelles clés de lecture offrez-vous à vos adhérents ?
Pour exporter un produit de santé, il ne suffit pas de connaître les règles relatives à l’accès au marché ou à la compréhension du contexte politique d’un pays. Il implique aussi de déceler les réalités opérationnelles. Le type de système de santé, le cadre culturel ou les délais de certification font partie des nombreux paramètres à prendre en compte. Il existe autant de spécificités que de pays cibles. À titre d’exemple, les start-up et PME qui souhaitent exporter leurs produits vers l’Arabie saoudite doivent s’assurer qu’elles sont capables de délivrer des projets de grande envergure tout en anticipant les temps longs sur le plan administratif pour ne pas mettre en danger leur santé économique. Au sein de l’association French Healthcare, grâce à l’appui d’un réseau dense, nous sommes en mesure de fournir cette analyse pour plus de 160 pays dans lesquels au moins l’un de nos adhérents a déjà commercialisé des produits.

Quelle approche faut-il adopter pour s’adapter au mieux à chaque pays ?

En règle générale, l’offre de produit ou de service doit s’adapter au système de santé du pays visé, qu’il s’agisse d’un modèle post-soviétique, libéral ou structuré autour de nombreux acteurs publics. Si un pays, tel que le Canada, cherche surtout des innovations technologiques, un pays d’Afrique subsaharienne sera davantage engagé dans une stratégie de développement de l’offre de soins.

La position de la France dans le monde fait que chaque pays est un partenaire potentiel, indépendamment de son niveau de développement. En raison de la mondialisation, aucun État n’échappe aux grands enjeux de santé liés aux maladies chroniques et infectieuses. Le Kirghizstan, un tout petit État d’Asie centrale, placé à la 117e position au classement de l’indice de développement humain (IDH) défini par le Programme des Nations Unies pour le développement, est confronté à des problématiques comparables à celles du Brésil ou de la France en matière d'oncologie ou de diabète. Les différences se retrouvent dans la manière de répondre à ces grands enjeux de santé.

Comment participez-vous à la mise en relation avec les acteurs étrangers ?

Au quotidien, notre positionnement permet de mettre en relation l’offre et la demande de produits de santé, tant entre acteurs privés qu’auprès d’acteurs publics. Que ce soit aux États-Unis ou avec des nations plus confidentielles, notamment plusieurs pays d’Asie centrale, en appui direct aux stratégies diplomatiques françaises.

"Le French Healthcare Business Forum, qui se tiendra du 19 au 21 janvier 2026, accueillera les délégations de 170 décideurs étrangers"

En outre, la France s’appuie sur une diplomatie économique particulièrement dense. L’ensemble des acteurs français présents à l’étranger contribue à promouvoir nos intérêts économiques, tous secteurs confondus. En matière de santé, ces contacts sont de précieux appuis pour les développements internationaux. Enfin, nous organisons le French Healthcare Business Forum qui se tiendra du 19 au 21 janvier 2026. Cet événement BtoB accueillera les délégations de 170 décideurs étrangers spécifiquement ciblées par le réseau de diplomatie économique de la France à l’issue d’une enquête menée auprès de nos adhérents.

Pourriez-vous nous en dire plus ?

Les trois jours du French Healthcare Business Forum réuniront nos adhérents ainsi que les délégations de 35 pays, parmi les pays prioritaires identifiés par nos adhérents. Ils sont situés en Amérique du Nord, en Europe, en Afrique du Nord et de l'Ouest, en Asie centrale et du Sud-Est, ainsi que le Brésil et l’Inde. Le programme s’articule autour de conférences thématiques, de stands d’exposition, de sessions de réseautage, complétés également par des événements parallèles, tels que des visites de sites de production ou d’hôpitaux. Preuve de l’impact de l’événement, 92% des participants aux éditions précédentes y ont trouvé au moins un partenaire.

Comment la French Healthcare Association s’imbrique-t-elle avec les autres dispositifs français mis en place pour les entreprises ?

Nous travaillons en réseau avec l’ensemble des acteurs de soutien à l’export, réunis au sein de la Team France export, comme Business France, les chambres de commerce et d’industrie à l’international ainsi que le Medef international. La France a mis en place un éventail complet d’actions de soutien. Il ne reste qu’à s’en saisir et nous jouons un rôle charnière en ce sens.

Propos recueillis par Léa Pierre-Joseph