Cibler « les besoins non satisfaits dans différentes aires thérapeutiques », voilà la stratégie du laboratoire pharmaceutique AbbVie. Marie-Charlotte Le Goff, directrice Business Development d’AbbVie Europe, expose certaines des limites à l’intégration de l’innovation en France.

Décideurs. Quelles tendances de fond observez-vous?

Marie-Charlotte Le Goff. Le système de santé français présente de nombreux aspects positifs, qu’il s’agisse du soutien à la science en aval ou des programmes d’accès précoce aux nouveaux traitements. Toutefois, selon les données les plus récentes, il faut en moyenne 597 jours aux patients pour accéder à un médicament en France, en dehors d’un programme d’accès précoce, contre 128 jours en Allemagne. Il est donc clair que le pays doit s’attaquer à certaines questions pour rester compétitif. Comment avez-vous pu appréhender ces limites? Chez AbbVie France, j’étais en lien direct avec le système de santé lorsque nous avons lancé de nouveaux traitements, du cancer à la maladie de Parkinson. Il me semble que la volonté de valoriser cette innovation est de plus en plus limitée.

Nous constatons que les médicaments peuvent être considérés comme un coût par les autorités, plutôt que comme un investissement. Prenons l’exemple de la migraine. C’est l’une des principales causes d’absentéisme au travail. Pourtant, l’accès à des traitements qui pourraient y remédier reste restreint. Entre autres, les avantages d’une reprise de l’activité ne sont pas pleinement pris en compte. De mon point de vue, la France devrait aspirer à être à la pointe de l’adoption de ce type de thérapies innovantes. C’est le meilleur moyen d’attirer des investissements continus.

Comment identifiez-vous les entreprises et les domaines thérapeutiques les plus prometteurs ?

Les principaux champs de compétence d’AbbVie sont l’immunologie, la neurologie, l’oncologie, l’ophtalmologie et l’esthétique. Dans ces aires thérapeutiques, nous cherchons à comprendre en profondeur les besoins qui restent à satisfaire.

En partant de ce point de vue du patient, je dirai trois choses. Premièrement, nous voulons de l’amplitude. Nous connaissons nos domaines thérapeutiques mieux que quiconque, et c’est cette connaissance qui nous aide à déterminer les domaines scientifiques prometteurs qui méritent d’être poursuivis. C’est pourquoi je suis très satisfaite que nous ayons continué à élargir notre pipeline en 2024. Plus de 90 % de nos indications principales ont désormais au moins un produit de phase 2 ou de phase 3 en cours de développement.

Deuxièmement, nous explorons les besoins non satisfaits dans différentes aires thérapeutiques où nous pouvons apporter une valeur ajoutée. L’exemple le plus clair est peut-être celui de l’obésité, un déterminant majeur des mauvais résultats de santé. Il s’agit d’un domaine dans lequel AbbVie se développe. Notre première collaboration, menée en Europe avec Gubra, a été annoncée cette année.

Enfin, nous continuons à chercher à ajouter de la valeur sur les marchés internationaux. Une partie de mon rôle de business development consiste à explorer les possibilités d’investissement et de partenariat en Europe, et nous évaluons un certain nombre de collaborations potentielles.

Comment maintenir une approche vertueuse dans le secteur de la santé ?

Nous organisons des journées européennes pour rencontrer des biotechs avec qui nous pourrions potentiellement collaborer. Nous investissons du temps pour comprendre leurs recherches et déterminer si elles peuvent s’insérer dans nos efforts de R&D internes.

Un deuxième exemple est notre initiative « Golden Ticket », un concours pour permettre à des entreprises prometteuses d’obtenir un an d’espace de laboratoire gratuit financé par AbbVie, ainsi que l’accès à notre savoir-faire en matière de développement. Enfin, nous sommes connus pour notre capacité à exploiter pleinement le potentiel d’une molécule unique. Nous trouvons les  possibilités à valoriser pour étendre l’impact d’un médicament bien au-delà des attentes, en vue de modifier positivement les résultats de santé.

Propos recueillis par Alexandra Bui