Lancé en 2006 aux États-Unis, le mouvement B Corp souffle ses 20 bougies. Pour l’occasion, B Lab durcit ses standards et réunit sept entreprises certifiées à Paris.

2026 marque les 20 ans du mouvement B Corp. L'aventure commence le 5 juillet 2006, à Berwyn, en Pennsylvanie, lorsque trois Américains – Andrew Kassoy (disparu en juillet 2025), Jay Coen Gilbert et Bart Houlahan – fondent l’ONG B Lab. "Nous n’avions rien d’autre que l’esquisse d’un logo sur un bloc-notes jaune et un plan d’affaires approximatif", se souvient Bart Houlahan dans un récent post LinkedIn. Au cœur de ce projet, une conviction : l’économie ne profitait pas à tout le monde, et il fallait évaluer une entreprise non sur sa seule performance financière, mais à l’aune de son impact social, environnemental et sociétal. Le « B » de B Corp signifie « Bénéfique » pour les humains et le vivant, pas seulement pour les actionnaires.

Comptant à l’origine 81 entreprises pionnières, le mouvement rassemble aujourd’hui plus de 10 000 entreprises certifiées dans 105 pays et 160 secteurs, dont plus de 630 en France, représentant collectivement plus de 1 million de salariés. Son outil d’évaluation et d’amélioration, le B Impact Assessment (BIA), compte près de 300 000 inscriptions. En deux décennies, le mouvement a aussi pesé sur le droit : la forme juridique Benefit Corporation existe désormais dans 51 juridictions, déclinée en Société à mission en France, "Società Benefit » en Italie ou « Empresa con propósito" en Espagne.

Bart Houlahan revendique un socle resté intact : le soin, la confiance et l’interdépendance. "Il y a 20 ans, bâtir un mouvement d’entreprises sur cette base semblait naïf et, franchement, pour beaucoup ça l’est encore", reconnaît-il, avant d’avoir une pensée pour son cofondateur disparu.

Des standards relevés dès 2026

Principale annonce de cet anniversaire : la certification change de dimension. Jusqu’en 2025, elle reposait sur la version 1.6 des standards et sur une vérification conduite par B Lab, avec un seuil global de 80 points répartis sur cinq domaines (gouvernance, collaborateurs, collectivité, environnement, clients).

À partir de 2026, la version 2 des standards rehausse le niveau des attentes. Elle introduit des exigences de base et des exigences obligatoires sur sept thématiques d’impact : trois sociales (travail équitable ; justice, équité, diversité et inclusion ; droits humains), deux environnementales (action climatique ; gestion environnementale et circularité) et une consacrée aux affaires publiques et à l’action collective, le tout adossé à la mission et à la gouvernance des parties prenantes. 

Selon la taille et le contexte de l’entreprise, entre 20 et environ 120 exigences deviennent obligatoires : réaliser un bilan carbone et un plan climat, limiter les écarts de salaire ou adopter une communication responsable ; les plus grandes devront rendre compte de leurs impacts les plus matériels, exercer leur devoir de vigilance et publier leurs pratiques fiscales pays par pays. Nouveauté de poids : la vérification est désormais confiée à des organismes tiers indépendants dûment accrédités, et les entreprises certifiées devront démontrer leurs progrès à trois et cinq ans.

B Corp revendique une transformation qui passe par le nombre. Plus de 80 % des entreprises certifiées sont des TPE-PME : ce sont elles qui ouvrent la voie et entraînent les grands groupes. Le rapport d’impact publié pour les 20 ans avance un argument chiffré : si toutes les entreprises adoptaient les pratiques climatiques des B Corp, le réchauffement mondial pourrait être réduit de 0,5 °C d’ici à 2100 – une contribution notable aux objectifs de l’Accord de Paris.

Sept entreprises en vitrine rue des Abbesses

Pour incarner ce discours, B Lab a transformé le temps d’une matinée la rue des Abbesses, à Paris, en « Rue B Corp » : un parcours où sept entreprises certifiées ont dévoilé en boutique les coulisses de leur transformation. 

Danone y a raconté un parcours de dix ans, jusqu’à la certification mondiale du groupe en novembre 2025 (plus de 200 entités dans plus de 60 pays). Le chocolatier brésilien Dengo a mis en avant son cacao cultivé en agroforesterie et la réduction du plastique dans ses emballages, passé de 12 % à 7 % depuis 2023, avec un objectif de zéro plastique en 2030. 

Côté mode, Faguo a présenté ses collections conçues à 80 % à partir de matières recyclées, Izipizi ses montures de lunettes désormais 100 % biosourcées, et Ysé son programme Seconde Vie appliqué à la lingerie. Les chausseurs Jonak et Odaje – qui recycle les paires usagées pour fabriquer ses semelles – ont mis en avant la durabilité et la circularité.

Passer à l’échelle

Pour la décennie à venir, B Lab estime que l’enjeu n’est plus de prouver qu’un autre modèle est possible, mais de le diffuser largement, autour de cinq priorités : élever le niveau d’exigence, faire grandir une communauté globale, approfondir l’action collective entre secteurs et territoires, ancrer la gouvernance des parties prenantes dans la loi et bâtir de nouveaux récits de la réussite pour les dirigeants, décideurs publics et investisseurs.

Et si le prochain terrain de transformation était le football ? À quinze jours du coup d’envoi d’une Coupe du monde organisée outre-Atlantique et qu’il décrit comme "la plus émettrice de carbone de l’histoire", Augustin Boulot, délégué général de B Lab France, voit dans le sport-roi un champ d’action à part entière. Calendrier saturé, salaires vertigineux, empreinte carbone des matchs : pour lui, le football reflète les dérives d’un système économique "insouciant" qui aurait besoin d’"une boussole résiliente, interdépendante et profondément humaine". Le cadre que le mouvement B Corp a su offrir à des dizaines de secteurs, avance-t-il, pourrait aussi s’appliquer au ballon rond. Son ambition affichée : voir, d’ici à 2046, les finalistes de Ligue des champions certifiés B Corp.

Alexandre Hervaud