Alors que la France engage l'électrification de ses usages et que la sixième période des Certificats  d'économies d'énergie (CEE) rebat les cartes du secteur, R'Écologie défend un modèle où l'ingénierie  technique, administrative et financière est réunie sous un même toit. Son dirigeant, David Illouz, revient sur les  ressorts de cette transformation et sur la manière dont son entreprise rend la rénovation accessible, sans  investissement initial pour le maître d'ouvrage.

La transition énergétique revient sur le devant de la scène avec le plan  d'électrification gouvernemental, après une période où les urgences géopolitiques semblaient avoir  relégué le sujet au second plan. Comment analysez-vous ce basculement ? 

David Illouz. Ce n'est pas un retour de mode, mais une réponse à une contrainte devenue impossible à  ignorer. La réalité économique et géopolitique a accéléré les décisions de l'État, qui a pris la pleine  mesure de sa dépendance au gaz importé. Nos fournisseurs historiques ne sont plus toujours des  partenaires fiables, et le prix de la molécule de gaz, qui a progressé d'environ 50 % ces derniers mois,  échappe désormais au contrôle des pouvoirs publics. Cette volatilité fragilise directement la  souveraineté énergétique du pays.

La France a donc choisi d'investir dans son indépendance : relance du parc nucléaire, montée en  puissance des énergies renouvelables et, surtout, électrification massive des usages. Le chauffage est au  cœur de cette bascule. Il s'agit de solliciter de moins en moins le gaz au profit de solutions bas carbone  — pompes à chaleur air/eau et géothermie en tête. L'électricité étant aujourd'hui moins chère que le  gaz à l'usage, la démarche est à la fois économiquement rationnelle et alignée sur nos engagements de  décarbonation. La contrainte budgétaire et l'ambition climatique pointent, pour une fois, dans la même  direction.

Il reste encore plusieurs millions de logements classés F et G, alors que  les interdictions de louer suscitent des débats acharnés : certains prônent un moratoire face à la  difficulté ou au coût des travaux, d'autres craignent un décrochage écologique. Quel regard portez-vous sur ce dilemme ? 

Le débat se trompe en partie de cible. Le véritable obstacle n'est pas tant le coût des travaux  que l'instabilité et l'illisibilité des dispositifs de financement. Ces dispositifs ont profondément changé  ces dernières années, ce qui a déstabilisé l'ensemble de l'écosystème et de la filière du bâtiment. Ils restent largement méconnus du grand public et sont souvent mal mobilisés : pour qui n'est pas un initié  du secteur, c'est un véritable casse-tête.

Repousser les échéances par un moratoire ne ferait que différer le problème sans le résoudre. La  priorité est ailleurs : rendre l'ingénierie financière lisible et opérationnelle, pour que les propriétaires et  les copropriétés sachent qu'il existe des solutions concrètes, éprouvées et solvables pour traiter les  passoires thermiques. Ces solutions existent et fonctionnent déjà ; encore faut-il savoir les assembler.

La rénovation énergétique est massivement perçue dans l'opinion comme  inatteignable car trop chère. Vous, vous parlez de « financement invisible », grâce à l'aide des  pouvoirs publics qui ont intérêt à cette décarbonation. Comment réussissez-vous à faire le pont  entre le travail du bâtiment et l'administratif des financements ? 

Il faut d'abord lever une confusion qui a toute son importance. Contrairement à une idée  répandue, les CEE ne sont pas une aide publique comme MaPrimeRénov'. C'est un financement privé :  la loi impose aux "obligés" — les fournisseurs d'énergie et les distributeurs de carburant ou  d'électricité — de financer des opérations d'économies d'énergie, sous peine de pénalités. Ce sont donc  eux, et non l'État, qui paient. Et cette distinction change tout : l'interaction avec les obligés est bien plus  sécurisée et fiable qu'un financement public de type MaPrimeRénov', dont les enveloppes, les barèmes  et les délais de versement dépendent des arbitrages budgétaires.

Sur cette base, notre cœur de métier, c'est la maîtrise réglementaire de ces CEE. Concrètement, nous  lisons les fiches d'opérations standardisées publiées par la Direction générale de l'Énergie et du Climat (DGEC), nous qualifions chaque opération au  regard de ses exigences techniques, puis nous cumulons l'ensemble des dispositifs mobilisables pour  optimiser le plan de financement.

C'est cette expertise qui nous permet d'activer les bons leviers, dans le bon ordre, et de faire en sorte  que le financement devienne "invisible" pour le client : la contribution des obligés vient absorber le  coût des travaux en amont, plutôt que de transiter par une avance que le maître d'ouvrage devrait  supporter. Faire le pont entre le chantier et l'administratif, c'est traduire une exigence technique de  terrain en un dossier conforme et finançable — et c'est précisément là, dans la solidité de ce  financement privé, que se joue notre valeur ajoutée.

Vous faites le choix fort d'avancer les fonds pour vos clients, sans aucun  investissement de départ de leur part. Dans un contexte de taux volatils, comment sécurisez-vous  votre propre trésorerie et vos lignes de crédit auprès des banques partenaires pour garantir un  projet "100 % préfinancé" ? 

Notre sécurité tient à une chaîne de valeur entièrement intégrée : audit, lecture des fiches  CEE, montage financier, pilotage des travaux et valorisation des certificats, le tout réalisé en interne.  Pour le client, cela se traduit par un seul interlocuteur, une seule responsabilité et des délais maîtrisés.

Cette intégration est aussi ce qui sécurise la trésorerie. Parce que nous validons et verrouillons nos  opérations en amont, avant même le démarrage des travaux, le risque est qualifié dès l'origine. C'est  cette rigueur qui inspire confiance à des obligés de référence comme TotalEnergies, lesquels acceptent de préfinancer nos opérations justement parce qu'elles sont sécurisées en amont. Le "100 % préfinancé" n'est pas une promesse commerciale : c'est la conséquence directe d'un montage maîtrisé de bout en  bout.

Justement, vous travaillez avec des délégataires et des grands groupes comme TotalEnergies,  autour de leurs CEE. Dans un secteur parfois critiqué pour sa complexité administrative, comment  avez-vous convaincu ces mastodontes de vous confier l'usage de leurs certificats et de s'appuyer sur  votre ingénierie ?

Tout simplement en faisant nos preuves. Notre crédibilité repose sur une lecture rigoureuse  des exigences réglementaires de la Direction générale de l'Énergie et du Climat  et sur notre capacité à les mettre en œuvre sur le terrain. À  titre d'illustration, l'ensemble des chantiers réalisés en 2025 — soit environ 10 millions d'euros de  chiffre d'affaires — ont été validés par le PNCEE, le Pôle national des certificats d'économies d'énergie.

Nous avons fait deux choix structurants. D'abord, valider les opérations en amont du démarrage des  travaux, ce qui réduit le risque pour l'obligé. Ensuite, nous positionner délibérément sur des sujets  complexes : des compétences plurielles qui créent naturellement une barrière à l'entrée. C'est d'ailleurs  la direction souhaitée par la Direction générale de l'Énergie et du Climat , qui appelle des gisements de CEE plus élaborés et plus techniques,  pour produire de vrais résultats et éviter les effets d'aubaine et les fraudes que permettaient des fiches  trop simples à mettre en œuvre.

Sur vos chantiers, face à l'électrification totale, vous misez sur l'hybridation, le couplage PAC et  chaudière haute performance dans vos prestations. Le pragmatisme de terrain oblige-t-il à jongler  entre toutes ces solutions pour garantir la continuité d'exploitation ? 

Oui, absolument. Chaque chantier est différent et comporte plusieurs paramètres  déterminants qu'il faut intégrer avant le démarrage. Nous cartographions systématiquement les  contraintes et les risques de chaque bâtiment afin de les anticiper et, autant que possible, de les  transformer en opportunités. Rien n'est laissé au hasard.

L'hybridation — coupler une pompe à chaleur à une chaudière haute performance — répond  précisément à cette exigence de pragmatisme. Elle garantit la continuité d'exploitation dans des  bâtiments occupés, où l'on ne peut pas interrompre le confort des usagers, tout en maximisant le  recours aux énergies bas carbone. C'est la solution technique qui s'adapte au bâtiment, et non l'inverse.

Votre promesse repose sur un triptyque : valorisation du patrimoine, réduction des  charges et zéro investissement initial. Entre le résidentiel collectif et le tertiaire lourd, quel est  aujourd'hui le profil de client qui a le plus à gagner en adoptant votre modèle ?

Notre proposition de valeur s'adresse à des acteurs très divers, mais qui partagent un  dénominateur commun : un bâtiment collectif énergivore. Cela recouvre aussi bien les résidences  étudiantes, les copropriétés, les hôpitaux, les EHPAD, les bureaux et les foyers que les bâtiments des  collectivités ou les entrepôts.

Ce sont ces gros consommateurs, dont la facture énergétique pèse lourd et dont le patrimoine se  dévalorise faute de rénovation, qui tirent le bénéfice le plus immédiat du modèle : ils conjuguent  valorisation du patrimoine, baisse des charges et absence d'investissement initial. Notre solution est  innovante et pleinement en phase avec les attentes du moment.

La 6e période des CEE a débuté en 2026 avec des exigences accrues : "fin des  gestes isolés et priorité à la rénovation globale ». Beaucoup d'acteurs, moins solides techniquement,  vont disparaître. Pourquoi R'Écologie sera-t-elle encore là dans cinq ans pour accompagner la  transition ?"

Réponse. Parce que notre modèle est précisément celui que la sixième période appelle. R'Écologie est le  pilote intégré de la rénovation énergétique globale des bâtiments collectifs résidentiels et tertiaires.  Notre singularité : nous lisons les fiches CEE publiées par la DGEC et nous les mettons en œuvre selon  leurs exigences techniques, en réunissant au sein d'une seule équipe les trois ingénieries que le marché  continue, lui, à fournir en silo — la technique, l'administrative et la financière.

Or la sixième période (2026-2030) consacre exactement ce mouvement : fin des gestes isolés, priorité à  la rénovation globale, volumes d'obligation en forte hausse et contrôles considérablement renforcés  contre la fraude. Dans ce nouveau cadre, les acteurs les moins solides techniquement disparaîtront. Nos  projets, eux, sont ficelés de A à Z, ce qui se traduit par un gain de temps et de confiance réel pour le  client final. L'ensemble de ces compétences doit impérativement se conjuguer : si l'une manque, le  projet ne tient pas. C'est cette intégration qui fait notre solidité — et qui nous permettra d'être encore  là dans cinq ans.