Nathalie Aubonnet, qui dirige le pôle Inclusion, Prévention & Engagement d'AXA France, participera le 13 avril au Sommet de la Mesure d'Impact. Elle revient sur ses chantiers et sa vision de la donnée.

Ancienne directrice de Juridica, la filiale d'AXA France spécialisée en protection juridique, Nathalie Aubonnet a pris depuis le 1er février dernier la tête d'une direction inédite au sein du groupe : le pôle Inclusion, Prévention & Engagement.  

C'est dans ce contexte qu'elle participera, le 13 avril prochain au CESE à Paris, au Sommet de la Mesure d'Impact -évènement gratuit sur inscription en ligne- , autour de la question : “Faut-il sortir de l'obsession du mesurable ?”. Une table ronde taillée sur mesure pour cette actuaire de formation, convaincue que les meilleures décisions ne se réduisent pas toujours à un KPI.

 

Décideurs. Vous avez dirigé Juridica, la filiale d’AXA spécialisée en protection juridique, avant de prendre la tête du tout nouveau pôle Inclusion, Prévention & Engagement. Comment vivez-vous cette transition ?

Nathalie Aubonnet. Avec beaucoup d’enthousiasme ! Cette direction n’existait pas auparavant. On rassemble désormais l’ensemble des engagements sociétaux d’AXA – assurance inclusive, RSE, prévention – et fédère les trois associations qui incarnent concrètement nos missions au quotidien : AXA Atout Cœur qui mobilise nos collaborateurs dans des actions solidaires ; AXA Entraide pour accompagner nos clients en situation de fragilité financière, au-delà de la simple gestion de leurs contrats ; et AXA Prévention qui sensibilise le grand public aux risques routiers, sanitaires ou climatiques.

Notre idée maîtresse c’est de créer un continuum : partir de nos partenariats associatifs et nos actions de terrain pour mieux accompagner les fragilités de la société, et laisser ces enseignements irriguer la conception même de nos offres. Ce lien entre engagement de terrain et innovation produit, c’est précisément ce que j’ai expérimenté chez Juridica. Grâce à notre savoir-faire et à nos partenariats associatifs, nous lancé un programme pour aider les femmes victimes de violences. Ce travail a débouché sur une garantie contre les violences conjugales dans nos contrats d’assurance habitation et nos contrats santé prévoyance collectifs, couvrant l’accompagnement juridique, financier, psychologique et des solutions de relogement d’urgence. C’est exactement ce continuum que je veux impulser grâce à cette nouvelle direction.

Quels sont vos chantiers prioritaires pour ce premier semestre ?

Le premier, c’est de construire un collectif : une nouvelle direction, c’est d’abord un nouvel ADN à forger, en capitalisant sur ce qui existait déjà. Sur le fond, deux grands enjeux s’imposent. L’assurance inclusive, d’abord. Il s’agit de concevoir des offres accessibles aux clients les plus modestes : c’est à la fois une conviction sociétale et une réalité de marché. Nous avons par exemple créé une offre consacrée aux micro-entrepreneurs, qui rassemble les garanties essentielles – responsabilité civile, arrêt de travail, protection juridique – à un tarif adapté à leur réalité financière. Nous travaillons également à intégrer davantage d’engagements sociétaux dans nos contrats : outre les violences conjugales, nous développons déjà des garanties sur le harcèlement scolaire, avec un partenariat avec e-Enfance, qui nous permet notamment d’agir sur la suppression de contenus haineux publiés en ligne.

Le deuxième enjeu, c’est de renforcer notre rôle de leader de la prévention. Aujourd’hui, nous sensibilisons beaucoup. L’étape suivante, c’est de passer à l’action : aider nos clients à adopter des comportements préventifs concrets, au bon moment. C’est d’autant plus critique que les risques s’intensifient – risques climatiques et cyber.

Au Sommet de la Mesure d’Impact, vous participez à une table ronde intitulée « Faut-il sortir de l’obsession du mesurable ? » – un intitulé presque provocateur pour une assureure de formation actuaire. Quelle position allez-vous y défendre ?

Effectivement, je viens d’un univers où la donnée est tout : notre métier d’assureur consiste fondamentalement à exploiter la data pour anticiper les risques futurs. Nous disposons d’un gisement considérable avec des millions données de nos clients, des contrats qui courent parfois sur plusieurs dizaines d’années. Cela dit, il n’est pas si simple d’exploiter correctement cette donnée. Il y a des contraintes réglementaires, qui nous imposent des règles strictes de conservation et d’anonymisation, et la fiabilité de la donnée. Dans un groupe de la taille d’AXA, garantir la fiabilité de la donnée, saisie par des acteurs différents sur des systèmes différents, représente un défi permanent.

Le message que je veux défendre lors de cette table ronde, c’est qu’une bonne décision n’est pas toujours conditionnée par la donnée. L’exemple des violences faites aux femmes l’illustre parfaitement : quand nous avons lancé cette démarche, nous n'avions aucun KPI : nous y sommes allés par la force de notre conviction. La prévention, c’est le même défi : mesurer des risques évités est, par définition, impossible à court terme. Nous nous y investissons par conviction, sans pouvoir en démontrer le rendement immédiat.

Pour autant, la mesure reste une boussole indispensable. Sur l’impact carbone, par exemple, nous sommes capables de mesurer, de fixer des objectifs concrets et de suivre notre progression d’une année sur l’autre. Même imparfaite, une mesure permet d’avancer. Il faut un équilibre : ni le tout-données, ni le rejet de la mesure, mais une lucidité sur ce qu’il est possible de mesurer et sur ce qui relève de la conviction.

Le Sommet ambitionne aussi de remettre la science au cœur des décisions publiques. À l’approche des présidentielles, quel message adresseriez-vous aux décideurs en matière de prévention et d’inclusion ?

Que le privé et le public sont complémentaires, et non substituables. Quand AXA s’engage sur les violences conjugales ou le harcèlement scolaire, cela donne l’exemple et entraîne d’autres acteurs. C’est une dynamique précieuse. Mais les associations de terrain avec lesquelles nous travaillons le disent clairement : l’engagement du privé vient en complément du soutien public, il ne le remplace pas. 

Propos recueillis par Alexandre Hervaud