Malgré une conjoncture internationale morose et incertaine, l’immobilier de luxe continue à bien se porter. La France, notamment Paris, reste une zone particulièrement attractive.
Nathalie Garcin (Présidente d’Emile Garcin Propriétés) "Le marché de l’immobilier de luxe résiste"
Décideurs. Comment se porte la vente de biens de standing dans le monde et en France ?
Nathalie Garcin. À l’échelle mondiale, nous avons réalisé 228 transactions l’an passé, un chiffre en hausse annuelle. Au Maroc et en Belgique, où nous sommes très présents, le marché se porte bien également. Le Maroc est très prisé, surtout depuis un an, par la clientèle francophone. Le pays se démarque grâce à ses nombreux golfs, son art de vivre et le soleil toute l’année, à seulement trois heures de l’Europe. Notons aussi le fort dynamisme du marché bruxellois. À une heure de train de Paris, la ville est très cosmopolite, il y fait bon vivre pour les Français. Les prix y sont deux fois moins élevés que dans notre capitale.
Qu’en est-il du marché français ?
Le marché parisien a redémarré petit à petit en 2025 avec davantage d’Américains chaque mois. Les Alpilles et le Luberon constituent des régions toujours très actives pour la clientèle belge, suisse, parisienne mais, là aussi, beaucoup d’Américains manifestent leur intérêt. De nombreux Parisiens quittent leur ville pour s’installer "au soleil", notamment Aix-en-Provence, Marseille et Bordeaux. Le littoral conserve toute sa force d’attraction : nous vendons toujours des résidences secondaires à Saint-Tropez, Cannes, la Côte basque ou Deauville. Les effets du réchauffement climatique se faisant également sentir, la Bretagne est de plus en plus prisée.
"Paris représente toujours une destination phare pour les investisseurs"
Quelle est l’attractivité de Paris sur le marché mondial ?
Paris rivalise principalement avec Londres et New York et reste très attractive. Elle satisfait à tous les critères d’exigence des plus riches : propice au business, enseignement supérieur de très grande qualité, cadre de vie agréable… Paris représente toujours une destination phare pour les investisseurs. Les prix dans le haut de gamme et les biens de prestige se maintiennent.
Un "effet JO" est-il perceptible ?
Les Jeux olympiques ont joué un rôle de catalyseur, rassurant aussi bien les acheteurs étrangers que Français sur la vitalité de la capitale, qui a su briller aux yeux du monde entier. Mais, dans la durée, l’onde de cet événement n’a pas incité les étrangers à acheter davantage d’immobilier.
La France connaît une situation budgétaire et politique difficile, les étrangers voient des images de manifestations, cela fait-il perdre à l’immobilier français de son attractivité ?
Les atouts fondamentaux de la France continuent de la faire rayonner dans le monde, son excellence dans le domaine des arts est reconnue, quels que soient les aléas. L’art de vivre "à la française" reste très apprécié. Pour preuve : l’augmentation de notre clientèle étrangère animée par l’envie de s’installer en France. Le fait que des Américains comme George Clooney demandent la naturalisation française n’est pas anodin.
"Le fait que des Américains comme George Clooney demandent la naturalisation française n'est pas anodin"
Le marché de l’immobilier de luxe résiste, car les acheteurs sont souvent des investisseurs internationaux, des célébrités, des entrepreneurs cherchant à acquérir une résidence secondaire ou à diversifier leur portefeuille immobilier. Nos clients sont très connectés à tous les continents. Ils ont donc une lecture très pragmatique de l’environnement et témoignent d’une grande attention aux tendances de fond. En fait, ils constatent des manifestations un peu partout dans le monde !
Avec le ralentissement de la croissance en Chine, LVMH a accusé un recul de ses ventes de 5 % l’année dernière. Vos résultats montrent que l’immobilier de luxe se maintient, pourquoi ?
L’exceptionnel est toujours très demandé, car il est rare. La clientèle cherche souvent à résoudre cette équation : une belle vue conjuguée au caractère unique du bien. Principale demande : les appartements offrant des vues spectaculaires (sur la tour Eiffel, le Sacré-Cœur…). Dans le VIe arrondissement, le prix au mètre carré atteint des sommets, entre 20 000 et 30 000 €/m² !
Quand toutes les conditions sont remplies, il y a toujours des investisseurs en quête de biens d’exception. Les transactions jusqu’à 2 millions d’euros représentent 75 % de notre chiffre d’affaires, celles comprises entre 2 et 5 millions 21 %, entre 5 et 8 millions 3 %, et au-delà 1 %.
Quelles sont les perspectives de développement ?
En 2026, nous devrions bénéficier d’un rebond rapide depuis la reprise observée au dernier trimestre 2025. Notre scénario table sur une hausse des volumes et sur une bonne tenue, voire une progression des prix pour les biens les plus rares. Notre développement va continuer de se baser sur un socle familial de plus en plus solide. À partir du noyau provençal, j’ai développé progressivement Paris, Bordeaux, Deauville, la Normandie, la Bretagne, le Pays basque, Megève, Bruxelles et Marrakech, entre autres, en gardant un positionnement sur des biens de charme et de caractères.
Aujourd’hui, la maison Émile Garcin compte 26 agences et 140 collaborateurs en France et à l’international, tout en restant détenue et gérée par notre famille, sans recours au modèle de la franchise.
"Notre développement va continuer à se développer sur un socle familial"
L’héritage familial joue-t-il un rôle dans votre façon de diriger ?
Mon père est une source d’inspiration constante, il a été pionnier en commençant à vendre des propriétés dans les Alpilles et le Luberon, contribuant au développement de l’immobilier de caractère en Provence. Je reste fidèle à ses critères de sélection des biens : ne retenir que le meilleur, choisir une propriété sur sept, une qualité architecturale, une situation privilégiée, l’absence de nuisance, le charme, l’authenticité, la cohérence budgétaire.
J’ai été nourrie par la transmission depuis toute petite et je m’y investis tous les jours. Nous tenons à l’ADN familial de la maison Garcin. Je suis codirigeante avec mon frère Emmanuel, qui gère le Sud de la France, tandis qu’Antoine, notre petit frère, exerce sur la Côte d’Azur.
Propos recueillis par Fabienne Lissak