Avec ses Wagabox, Waga Energy propose une solution efficace pour capter les gaz de décharges de déchets et les transformer en biométhane qui sera réinjecté dans le réseau. Missionné par la Métropole Aix-Marseille-Provence pour la mise en place d’une unité alimentée à l’énergie solaire, Mathieu Lefebvre, directeur général,de la société revient sur le projet.
Mathieu Lefebre (Waga Energy) : "L’Arbois sera une vitrine de l’énergie circulaire"
DÉCIDEURS. Pouvez-vous détailler les principales composantes de l’infrastructure du site de l’Arbois et la manière dont elles fonctionneront ensemble ?
Mathieu Lefebvre. Le projet de l’Arbois est emblématique de ce que seront les infrastructures énergétiques de demain : intégrées, circulaires et conçues pour valoriser au maximum les ressources locales. Le cœur du dispositif est une unité de purification Wagabox, destinée à transformer le gaz de décharge en biométhane injectable dans le réseau. L’équipement, entièrement préfabriqué en atelier, arrive clé en main sur site, où son installation et sa mise en service prennent seulement deux à trois mois. L’innovation réside aussi dans la production d’électricité photovoltaïque installée directement sur les casiers fermés du site de stockage. Les images aériennes montreront d’ailleurs la Wagabox au milieu d’un vaste champ solaire. Cette énergie nourrira directement l’unité de purification pour sa consommation diurne de purification, et elle permettra d’« effacer » une partie de sa consommation électrique : chaque kilowattheure produit localement est un kilowattheure de moins prélevé sur le réseau. Les sites de stockage des déchets offrent par nature de grandes surfaces disponibles, ce qui en fait des terrains particulièrement adaptés à ce type d’hybridation énergétique. Enfin, le projet intègre une exploitation transitoire des moteurs de valorisation électrique existants. Waga Energy a été chargée de reprendre ces équipements pour assurer une continuité de service jusqu’à la mise en route de la Wagabox. Ce rôle d’opérateur intermédiaire impose une montée en puissance simultanée sur plusieurs fronts : réhabilitation des moteurs, construction de la Wagabox, installation des panneaux solaires et optimisation du captage de gaz.
Comment s’organise le calendrier du projet jusqu’à la mise en service en 2026 ?
Entre l’adjudication du marché, intervenue début 2024, et la mise en service prévue fin 2026, le délai est de moins de 24 mois. C’est rapide pour un appel d’offres public, mais nous savons fonctionner dans ces temporalités. La fabrication de l’unité en atelier réduit considérablement le temps de chantier, tandis que l’installation photovoltaïque progresse en parallèle. Le chantier implique aussi la coordination avec le gestionnaire du réseau de gaz afin d’assurer l’injection future du biométhane. Dès son lancement, nous avons pris en main les installations existantes pour garantir une production énergétique continue, étape indispensable au respect du contrat. Ces deux années sont donc extrêmement denses : elles mobilisent développement, ingénierie, travaux et exploitation.
Ce modèle est-il reproductible ailleurs en France ? Quels sont les critères qui déterminent son déploiement ?
Totalement. La France est l’un des pays les plus avancés au monde pour la production de biométhane à partir du gaz de site de stockage de déchets : les règles de raccordement au réseau sont claires, les procédures maîtrisées et les acteurs publics favorables au développement de cette filière. Aujourd’hui, nous comptons plus de 25 Wagabox en France, dont 3 en construction, et plus de 30 dans le monde – avec 19 autres en construction. Mais le potentiel dépasse très largement le territoire français. Notre cœur de croissance est désormais situé en Amérique du Nord, où les décharges sont plus grandes : aux États-Unis, un site standard produit trois fois plus de gaz qu’en France. Nous y exploitons déjà plusieurs unités, et les États-Unis deviendront sous peu notre premier pays en volume de biométhane produit. Chaque projet est dimensionné en fonction de la courbe de production de gaz : certains sites nécessitent une seule unité calibrée pour absorber un plateau de production stable ; d’autres, plus dynamiques, accueilleront successivement deux ou trois Wagabox au fil des années. Nous anticipons toujours une marge de sécurité pour accompagner ces évolutions.
Quel message souhaitez-vous faire passer ?
Il n’existe pas de solution unique pour réussir la transition énergétique, mais une combinaison de solutions locales, adaptées à chaque territoire. Le biométhane est l’un des piliers de ce futur mix : il réduit les émissions de méthane, produit une énergie renouvelable de substitution au gaz fossile et contribue à la souveraineté énergétique. C’est une solution créatrice d’emplois industriels locaux, exportable partout dans le monde et dont l’impact climatique est immédiat. Et le potentiel est important, puisqu’il existe près de 20 000 sites de stockage dans le monde. Avec le développement que nous avons connu ces dix dernières années, Waga Energy a pu devenir un acteur mondial. Notre technologie se déploie désormais du Canada au Brésil, en passant par l’Europe et bientôt l’Asie. Chaque Wagabox mise en service, que ce soit à Aix-en-Provence ou à Sao Paulo, contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre de la planète entière. Notre ambition est simple : installer le plus grandnombre possible d’unités dans le monde, car, en matière climatique, la fenêtre d’action est étroite et l’impact potentiel immense.
Propos recueillis par François Arias
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