Pneus et épicerie fine en Chine, vignoble à Bordeaux, fromagerie, coworking, auberges de jeunesse dans des lieux d’exception… La vie de Clarence Grosdidier est une succession d’aventures entrepreneuriales. Rencontre avec un boulimique de la création.

"J’ai deux vies qui se sont finalement combinées pour n’en former qu’une seule." Clarence Grosdidier, fondateur de Nessence Group, spécialiste de l’hébergement marchand, a toujours voulu être entrepreneur. Sa carrière commence toutefois en entreprise dans la pharma puis dans l’automobile chez Michelin en Asie, où il passe vingt ans afin d’ouvrir de nouveaux marchés. Il construit un premier réseau de distribution de pneus avec 1 500 revendeurs en se basant sur l’importation en attendant que les usines fonctionnent à plein régime dans l’empire du Milieu. Mais, alors que celles-ci sont en mesure de produire 60 000 pneus par jour, ses clients lui tournent le dos, craignant la qualité "made in China". "J’ai complètement changé la stratégie de distribution." C’est un succès. Entre le moment de son arrivée au début des années 1990 et son départ, l’entité chinoise de Michelin passe de 3 employés à 4 000. Ce que préfère ce créatif qui avoue fonctionner à l’émotion plutôt qu’au rationnel ? Innover, se réinventer, comme le lui a appris la culture asiatique. Pour cela, il doit se remettre constamment en question. Il se lance dans l’aventure entrepreneuriale en montant en Chine le premier réseau de centres automobiles à l’européenne, en ouvrant quinze en quinze mois, et s’amuse en parallèle à créer un réseau d’épicerie fine.

Débuts bordelais

En 2008, il revient en France afin de se rapprocher de sa famille et rachète avec un associé un vignoble à Saint-Émilion qu’il gardera jusqu’en 2019. Il investit également dans la fromagerie. Ce dernier pari lui fera perdre près de 2 millions d’euros de fonds propres sur dix ans. Mais il se relève rapidement.

Passionné d’architecture et de patrimoine, il ouvre le premier concept pop-up store indépendant du centre de Bordeaux et investit à bon prix dans un bâtiment du groupe Kaufman situé à Tourny, un quartier huppé de "la belle endormie". "Je ne savais pas quoi en faire, mais les conditions de reprise étaient bonnes." Très vite, il décide de se spécialiser dans l’hébergement marchand, crée un coworking, puis une auberge de jeunesse de luxe.

Son credo ? Acheter des bâtiments historiques très bien placés et proposer des services premium à prix accessibles, que ce soit dans de grandes villes comme Lille et Nantes ou dans des lieux à fort potentiel touristique comme Amiens ou Saumur.

Son credo ? Acheter des bâtiments historiques très bien placés et proposer des services premium à prix accessibles, que ce soit dans de grandes villes comme Lille et Nantes ou dans des lieux à fort potentiel touristique comme Amiens ou Saumur. Il devient possible de s’offrir une nuit en plein cœur de Bordeaux pour 25 à 40 euros dans un immeuble d’exception. Comment le concept est-il rentable? "Quand vous mettez 8 lits dans 25 m2 à 38 euros la nuit, cela vous donne le tarif d’un hôtel de luxe pour une chambre équivalente." Ce qui fait la différence avec la concurrence? "On sublime les actifs avec des standards de travaux élevés et nous essayons de satisfaire les besoins secondaires et non exprimés de nos clients." Que ce soit en offrant des cadres somptueux, des animations de qualité et un service aux petits soins. Alors que le turnover est élevé dans la plupart des espaces de coworking, Clarence Grosdidier affirme que 62 % des clients qui fréquentaient le coworking de Tourny il y a huit ans sont toujours là.

Toujours plus de projets

Clarence Grosdidier ne compte pas s’arrêter là. Il a lancé une offre de refuges écologiques et ouvrira bientôt un cercle d’affaires à Bordeaux, toujours avec la volonté de rester dans le premium. Il songe même à réinvestir dans le viticole afin de créer un hôtel offrant une expérience réellement immersive. "Tout le monde dit que c’est la crise dans le secteur. Moi j’aime bien aller à contre-courant." L’homme qui déclare avoir une âme d’artiste, mais pas de talent, essaie de mettre sa créativité au service du business. Il ne s’interdit rien et revendique farouchement sa liberté de penser et d’entreprendre.

Olivia Vignaud