Alors que le backlash écologique ne semble pas se calmer, que reste-t-il de l’accord de Paris dix ans après son adoption à l'issue de la COP21 ? Retour sur ce qui était présenté comme le texte qui devait sauver la planète.

12 décembre 2015. Après de deux semaines de négociations, l’accord de Paris sur le climat est adopté en grande pompe. Actant ainsi une volonté internationale de limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C. Un texte qui succède au protocole de Kyoto de 1997 et qui représente l’aboutissement d’années de travail en coulisse pour les grandes diplomaties mondiales. Malgré un cadre finalement assez peu contraignant et des critiques des défenseurs de l’environnement, qui auraient bien voulu plus d’ambition, le texte est malgré tout reconnu comme la fondation d’une véritable ambition internationale en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique.

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Une décennie plus tard, et alors que la COP30 se termine au Brésil), il faut bien avouer que l’accord de Paris ne s’est pas avéré être le parfait accélérateur de transition écologique espéré. Les crises comme le Covid ou l’invasion de l’Ukraine par la Russie sont passées par là et réduisent malheureusement la priorité donnée à des politiques de transition dont le coût n’est pas un secret. Surtout, c’est le détricotage en règle du multilatéralisme, notamment par les États-Unis de Donald Trump (qui les a dénoncés non pas une mais deux fois ...), qui limite fortement les possibilités de progrès. Cet anniversaire est cependant une bonne occasion pour faire un point sur l'impact du texte.

Un coup de chaud qui n’aura pas été évité

Disons-le tout de suite, l’objectif premier de l'accord, limiter le réchauffement à 2°C, ne peut d’ores et déjà plus être rempli. Les hypothèses des experts du GIEC estiment que ce dernier atteindra les 3,1°C à l’horizon 2100 selon un scénario neutre, tandis que les prévisions les plus pessimistes atteignent même 4,4°C… L'accélération du réchauffement a donc bien été réduite, mais pas assez rapidement pour atteindre les objectifs fixés en 2015.

En cause, les émissions de CO2, qui ne cessent d’augmenter. Si les pays développés ont a priori déjà dépassé leur pic d’émissions, ceux en développement, Chine et Inde en tête, n’en sont pas encore là. Il y a toutefois quelques signaux positifs, comme un rythme d’augmentation des émissions moins soutenu que prévu. En cause, notamment, une adoption des renouvelables plus rapide qu’escomptée et une électrification massive, notamment dans le domaine des transports de pays comme la Chine. Il semblerait ainsi que les pics d’émissions carbone de nations telles que la Chine et l’Inde seraient atteints plus vite qu'escomptés grâce à un rythme d’électrification impressionnant.

Une justice climatique qui progresse

En facilitant les recours en justice contre des États ou entreprises, l'accord a véritablement ouvert une brèche dans un mur juridique existant, rendant ainsi possible le développement de la justice climatique. Parmi les exemples les plus connus figure la fameuse « affaire du siècle » ayant abouti à une reconnaissance de la faute de l’État français quant à son inaction à lutter contre le réchauffement climatique. D’autres actions en justice sont en cours, aussi bien devant des juridictions nationales que des cours internationales. Si les répercussions effectives de ces initiatives sur l’environnement restent à évaluer, leur efficacité en matière de médiatisation est en revanche indéniable.

Le financement à la traîne

La lutte contre le changement climatique coûte cher et reste souvent hors de portée des pays pauvres, qui sont le plus durement touchés. Pour les accompagner, les pays riches étaient censés mettre sur la table 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020. Si cet objectif semble atteint sur le papier, les choses sont loin d’être satisfaisantes en pratique. En effet, le gros de ces « financements » est constitué de prêts, qui devront évidemment être remboursés par des pays déjà lourdement endettés. Selon un rapport d’Oxfam, les aides directes ne sont que de l’ordre de 28 à 35 milliards de dollars par an. Autant dire que le compte n’y est pas.

Il est difficile de dire si l’accord de Paris aura été un échec ou un succès. D’un côté, la plupart des ambitions affichées sont loin d’avoir été atteintes. Pour voir le verre à moitié plein, en revanche, il faut bien avouer qu’il aura impulsé une dynamique et résiste tant bien que mal aux coups de canifs des états climatosceptiques et des industries polluantes. En ces temps de backlash climatiques, c’est l’une des rares victoires dignes d’être saluées.

François Arias