La Ville de Paris a annoncé mardi avoir retenu l’offre de Dalkia, filiale d’EDF, pour l’exploitation de son réseau de chaleur urbain, mettant fin à près d’un siècle de gestion par Engie. Ce contrat colossal, évalué à 15 milliards d’euros sur 25 ans, marque un tournant majeur pour le plus grand réseau de chaleur de France.
Dalkia bat Engie et remporte le marché du réseau de chaleur urbain de Paris
Après 27 mois de consultation, la municipalité parisienne a exprimé son intention de confier son réseau de chaleur à Dalkia à partir de 2027, selon l’annonce rapportée par l’AFP. Cette décision met fin à la gestion assurée depuis 1927 par la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), filiale d’Engie.
Le réseau alimente actuellement près d’un million de personnes dans la capitale et seize communes voisines, dont la totalité des hôpitaux parisiens. Avec plus de 500 kilomètres de canalisations souterraines, il s’agit du deuxième plus grand réseau d’Europe, derrière Berlin.
Dalkia a présenté son offre en consortium avec Eiffage et RATP Solutions Ville. L’entreprise prendra la tête d’une société d’économie mixte à opération unique, détenue à 51 % par Dalkia et à 49 % par des acteurs publics, précise Le Monde.
Des objectifs ambitieux de décarbonation
Le choix de Dalkia repose principalement sur son plan de verdissement du mix énergétique. L’offre propose un verdissement massif qui permettra de sortir du gaz fossile, a expliqué Dan Lert, adjoint à la maire Anne Hidalgo chargé de la transition écologique, selon l’AFP.
Dalkia s’est engagé à investir 3,4 milliards d’euros pour porter la part d’énergies renouvelables à 76 % dès 2034, contre 50 % actuellement, rapporte Le Parisien. L’objectif à long terme vise 100 % d’énergies renouvelables en 2050, notamment grâce à un développement massif de la géothermie et à la construction d’une nouvelle centrale de production alimentée par des combustibles de récupération.
Cette transition permettra de raccorder l’équivalent de 200 000 logements supplémentaires au réseau, leur permettant d’abandonner leurs chaudières au gaz ou au fioul.
Des tarifs en baisse promis dès 2027
Sur le plan tarifaire, la Ville de Paris met en avant des engagements favorables aux usagers. Les prix baisseront pour 69 % des usagers dès 2027, avec un tarif moyen inférieur de 16 % au prix du gaz, a annoncé Dan Lert, Cette maîtrise des prix s’appuiera sur la sortie progressive de la dépendance aux énergies fossiles importées, permettant une meilleure stabilité tarifaire sur la durée du contrat de 25 ans.
L’annonce suscite des critiques politiques, principalement sur le timing de la décision. Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons à la mairie de Paris, a regretté que l’attribution soit annoncée à quatre mois des municipales, estimant que cela confisque aux Parisiens un choix démocratique.
David Alphand, coprésident du groupe de Rachida Dati, a dénoncé une "attribution précipitée", qualifiant la décision d’"ultime coup de Jarnac" de la municipalité sortante, dixit Le Parisien. La Ville se défend en soulignant que l’analyse des offres a été menée par l’administration sur 27 mois de consultation, un "travail titanesque" selon ses termes.
Validation attendue en décembre
Le choix de Dalkia devra être formellement approuvé par le Conseil de Paris lors de sa session du 16 au 19 décembre. Le contrat prendra effet au 1er janvier 2027 après une année de transition.
Engie, qui a exprimé sa déception face à cette issue, recevra une indemnité de 3 millions d’euros pour les frais liés à sa candidature, selon l’AFP. L’énergéticien n’a pas encore indiqué s’il envisageait de contester cette décision.
La rédaction