Portée par l’impatience des défenseurs de la planète après deux COP en demi-teinte, la COP30 de Belém s’est achevée samedi 22 novembre sur un accord au rabais, dans un contexte global de backlash écologique.

Après deux éditions s’étant déroulées chez de grands producteurs d’hydrocarbures (Azerbaïdjan et Dubaï), une COP30 organisée dans le Brésil d’un Lula bien plus volontariste avait laissé espérer un retour à des accords plus ambitieux. Malheureusement, cette COP des dix ans des accords de Paris n’échappe pas au backlash écologique et à un multilatéralisme attaqué sur tous les fronts. Retour sur deux semaines de discussions et sur l’accord qui en est né.

Une fréquentation qui a dépassé les attentes

Les craintes quant à la mobilisation autour de cette COP30 étaient nombreuses, mais celle-ci s’est révélée particulièrement bonne, malgré une localisation qui ne facilitait pas l’accès. Avec 56 118 délégués inscrits, 30 000 participants quotidiens et un total de 513 848 entrées sur les douze jours de l’événement, la COP30 a été la deuxième édition la plus fréquentée de l'histoire, après celle de Dubaï en 2023. Même réussite pour la couverture médiatique, avec près de 2500 journalistes du monde entier. 

La question du financement progresse (très) doucement…

Au-delà des avancées politiques, la question centrale des financements a été réaffirmée. La transition écologique va coûter cher, tout comme l’adaptation aux nouvelles conditions climatiques. L’accès aux fonds, tout particulièrement pour les pays les plus pauvres, est donc une question critique.

Acté lors de la COP26 de Glasgow, le financement de l’adaptation du changement climatique voit ses objectifs tripler. Si les objectifs sont plus ambitieux, leur adoption, prévue pour 2030, est cependant repoussée à 2035.

Le programme de finance climat adopté l’an passé à Bakou a quant à lui été détaillé. Il devrait aider les pays développés à hauteur de 1,3 billion de dollars par an à l’horizon 2035, avec un mix de financements publics et privés.

Un accord négocié au forceps au contenu décevant

C’est désormais une habitude pour les COP : l’accord est né dans la douleur, après des négociations de dernière minute particulièrement intenses. Et au vu des désaccords assez forts exprimés par les différentes parties, le fait qu’un texte ait finalement été adopté peut être vu comme un succès en soi si l'on choisit de voir le verre à moitié plein.

Reste que le « Mutirão mondial » – c’est son petit nom – est bien loin des ambitions évoquées par la présidence brésilienne, qui vantait une conférence placée sous le signe de l’action et de la vérité après plusieurs éditions décevantes.

Encore une fois, la question pourtant majeure de la sortie des énergies fossiles a été balayée sous le tapis, avec une simple allusion dans le texte final ne comportant aucune obligation ni même vague feuille de route. Dans le combat qui oppose les pays producteurs et la coalition regroupant les pays les plus touchés par le changement climatique ainsi qu’une bonne partie des pays développés, ce sont les premiers qui ont eu gain de cause.

Le sentiment d’avoir assisté à une énième « COP pour rien » est d’autant plus fort au vu des réactions officielles. Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, déclare ainsi : « C’est un accord sans ambition, mais ce n’est pas un mauvais accord dans le sens où il y aurait des choses inadmissibles […] d’écrites dedans. » Même son de cloche du côté de Lídia Pereira, la présidente de la délégation du Parlement européen : « l’élan de l’action climatique mondiale demeure inférieur à ce qu’il devrait être, le multilatéralisme a tenu. ». Le fait que les responsables politiques en soient réduits à se féliciter qu'aucun recul majeur n’ait été acté, résume assez bien la vacuité du texte adopté.

Des lobbyistes plus présents que jamais

Tendance de fond depuis plusieurs éditions, la présence massive des lobbies d’industries polluantes s’est malheureusement confirmée cette année. Malgré de nombreux appels à plus de régulation de la part du monde associatif, plus de 300 représentants de l’agrobusiness ont été dénombrés. Ceux liés aux carburants fossiles sont encore plus nombreux : 1600 étaient sur place. Soit, en proportion, plus que les délégations de tous les États représentés, à l’exception du pays hôte. Les représentants de ces industries polluantes sont même souvent intégrés aux représentations nationales. La France n’est d’ailleurs pas bonne élève en la matière, avec 22 membres, dont 5 employés haut placés chez Total…

Les USA aux abonnés absents

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche le laissait prévoir : le deuxième plus grand pollueur de la planète a boycotté cette édition, quelques mois avant de quitter les accords de Paris. Certains font cependant contre mauvaise fortune bon cœur, arguant que des États-Unis aux abonnés absents sont moins néfastes que des États-Unis cherchant activement à saborder les négociations.

Si le gouvernement fédéral n’était pas là, une coalition regroupant 10 États et 368 villes était cependant de la partie. Le gouverneur de Californie Gavin Newsom, l’un des principaux opposants au président et l’un des démocrates les plus en vue pour les élections de 2028, a même fait le déplacement. Affirmant au passage que « Trump est temporaire » et que les démocrates réintégreraient les accords de Paris s’ils parvenaient au pouvoir.

Reste que, malgré des propos qui se veulent rassurants, les États-Unis sont plus isolés que jamais : même les plus grands producteurs d’hydrocarbures ne les suivent pas dans leurs positions résolument antiscience. Pour les quatre prochaines années au moins, la lutte contre le changement climatique devra se passer des États-Unis. À plus long terme, les renoncements écologiques de la plus grande force diplomatique mondiale auront sans doute des répercussions durables.

François Arias