Pour l’ex-candidat à la présidentielle désormais président d’ESS France, l’économie sociale et solidaire s’impose comme le rempart contre les attaques de la démocratie venues du capitalisme tech à la Elon Musk.

Décideurs Magazine.  Vous êtes le président d'ESS France et allez participer à une conférence autour de l’économie sociale et solidaire au secours de la démocratie. Est-ce que la démocratie est en danger aujourd'hui, selon vous ?

Benoît Hamon. Elle est indiscutablement menacée. Là où elle existe et là où on aimerait la faire éclore, on perçoit qu'aujourd'hui, d'autres modes d'organisation et d'autres régimes ont parfois le plus le vent en poupe que les démocraties. Ce qui est très intéressant, c'est que dans une vieille démocratie comme la démocratie américaine, c'est en partie venu du monde économique, et je pense au capitalisme de la tech, que l'offensive contre la démocratie politique s'est organisée. C'est là où l'économie sociale et solidaire a quelque chose à dire parce que nous sommes à l'exacte symétrie de ces modèles très verticaux en termes de pouvoir, là où nous, dans nos entreprises, nous sommes hospitaliers à la démocratie.

Nous ne disons pas "nous avons un problème avec la démocratie politique, elle nous impose des règles écologiques et sociales", ce que dit Elon Musk. Au contraire, dans l'économie comme dans la cité, la démocratie a voix au chapitre et elle est la bienvenue dans les entreprises de l'ESS. Il y a là, pour nous, une belle symétrie entre le capitalisme de Musk et l'économie sociale et solidaire dans le monde entier. 

Comment faire pour diffuser ces principes de l'économie sociale et solidaire à toute l'économie, et que l'économie soit elle-même complètement sociale et solidaire ?

Il faut arrêter de faire le contraire de ce que le bon sens réclamerait. Je vais prendre un exemple: le scandale Orpea, par exemple, dans le champ des personnes âgées. Le Sénat s'apprête à confier à des acteurs lucratifs des centres d'accompagnement à la fin de vie. Or, s'il y a bien un endroit où l'argent n'a rien à faire, c'est bien celui-là. Comment le Sénat peut-il faire le contraire de ce que le bon sens réclame ?

On peut aussi voir qu'en matière d'enseignement supérieur, ce sont des grandes écoles comme l'ESSEC et d'autres établissements privés non lucratifs qui disent “attention, Parcoursup a créé une sorte d'angoisse chez les étudiants qui les amène à choisir des écoles lucratives, qui gagnent beaucoup d'argent, mais avec des diplômes, pardon de le dire, tout pourris.” Il y a là un marché en construction qui va contre le bon sens. Dans un moment comme celui-là, j’attends que les chambres garantes du bon fonctionnement de la démocratie nous aident à ce que dans le champ économique, ce ne soient pas les modèles lucratifs de court terme, motivés uniquement par l'appât du gain, qui l'emportent là où l'intérêt général est en cause, en l'occurrence l'éducation et l'enseignement supérieur d'un côté comme exemple, et la fin de vie de l'autre.

En deux mots, “refaire société”, ça vous inspire quoi ?

Ça m'inspire qu'il n'y a pas de société qui soit unie sans lien entre les individus. L’ESS, c'est l'économie qui crée des liens sociaux justement. Et on voit à un moment où d'ailleurs le président de la République dit que nous sommes en économie de guerre, qu'un des atouts de la France, c'est d'avoir une économie sociale qui maintienne des liens entre les individus.

Et nous aurons besoin de ça, notamment si nous devions être collectivement appelés à faire des sacrifices.

Propos recueillis par Antoine Morlighem

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