La troisième édition du Sommet de la mesure d’impact (SMI), organisée en partenariat avec 100 Transitions, se déroulera le 16 mai 2025 au siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE), à Paris.
À un mois de cet événement gratuit -mais sur invitation, via inscription sur le site officiel-, rencontre avec Tony Bernard, directeur général de l’Impact Tank, chargé d’organiser ce Sommet auquel participeront plus de 400 intervenant.es de haut-niveau.

Décideurs Magazine. La nouveauté de cette édition 2025, c’est que le CESE n’accueille plus seulement le SMI, mais le coorganise également. Qu’est-ce que cela change pour l’événement ?

Tony Bernard. Symboliquement, cela change beaucoup de choses. La participation de la troisième assemblée constitutionnelle de la république à nos côtés constitue le signal fort de son engagement en faveur du dialogue avec la société civile, le monde de la recherche et le sujet de l’impact. Notre objectif est de faire dialoguer des mondes qui ne se parlent pas dans un contexte d’effritement du lien social – l’un des grands sujets du sommet, intitulé cette année "Re-faire société" – et de forte défiance des citoyens, envers les institutions publiques et envers les autres. Pour rappel, près de 80 % des Français disent ne pas faire confiance aux autres, qu’il s’agisse d’individus ou d’institutions, selon les chiffres du baromètre de la fraternité 2024 de l’Ifop.

Cette édition se déroulera dans un contexte de retour de bâton international vis-à-vis des engagements environnementaux. Comment redonner du crédit à la notion de mesure d’impact auprès des acteurs économiques ?

Tout d’abord, cette année 2025 marque les 10 ans des Objectifs du développement durable adoptés par les Nations unies. Une décennie plus tard, leur bilan est mitigé, malgré des progrès sur certains points. Le monde est traversé par des crises profondes, les crises écologiques s’aggravent, et entre 2019 et 2022, 23 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans l’extrême pauvreté. La réélection de Donald Trump et son alliance avec Elon Musk, marquées par leurs attaques contre le monde de la recherche ou les politiques de diversité entre autres, aggravent ce climat d’incertitude et brouillent les repères. 

Quelque chose a changé par rapport à la première édition du Sommet : ce contexte rend la mesure d’impact, et notre événement, plus politique que les années précédentes. Même si nous ne partageons pas les mêmes opinions, il faut au moins pouvoir regarder les mêmes faits, les mêmes données, pour créer un langage commun entre citoyens, chercheurs, élus et entreprises de manière éclairée, sans idéologie ni posture. Les démocraties doivent pouvoir produire une parole stable sur les enjeux sociaux et environnementaux.  

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Quels types d’indicateurs peuvent être mobilisés par les entreprises pour mesurer leur impact ?

Tout au long de l’année, nous organisons des groupes de travail en collaboration avec des chercheurs universitaires. Dans quelques mois, des recherches menées actuellement autour de la diversité des origines au sein de l’entreprise seront rendues publiques. Par exemple sur ce sujet, on peut s’intéresser à l’impact économique, et beaucoup d’études existent : celle de McKinsey & Company de 2018 qui montre une corrélation positive entre la diversité au sens large et une meilleure performance économique de l’entreprise, ou celle de France stratégie de 2016 sur le coût économique des discriminations, qui montrait que réduire les écarts de taux d’emploi et de salaire entre les populations discriminées en raison de leur genre ou de leur origine culturelle pouvait entraîner une hausse du PIB de 7 %, voire de 14 % selon un scénario optimiste. 

Mais on peut aussi s’intéresser aux impacts sociaux de la diversité : nous avons ainsi bâti un référentiel d’indicateurs de mesure d’impact mobilisables par les entreprises, qui s’intéresse au renforcement de la confiance en soi et aux autres, de la capacité d’agir, à l’amélioration de l’estime de soi et de la fierté, à l’augmentation du bien-être, ou encore du sentiment d’appartenance. En mesurant son impact social, l’entreprise prend conscience de son rôle politique vis-à-vis de la société.

Quels seront les moments forts de cette troisième édition du SMI ?

La restitution officielle de deux rapports, l’un sur le lien social ("Refaire nos liens : l’impact du lien social dans les territoires"), l’autre sur l’école ("L’école ne peut pas agir seule"), sera un moment important, ces travaux proposant de nombreuses recommandations. Lors du sommet, nous allons lancer un groupe de travail sur la démocratie au sein de l’entreprise, et sur ce que cela implique comme réinvention dans le monde du travail – lien de subordination, autonomie, etc. 

Enfin, en conclusion de toute cette journée d’échanges, nous pourrons compter sur la présence de Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle, pour évoquer l’avenir de l’impact des entreprises en Europe – un sujet fondamental à l’heure de la directive CSRD.

Propos recueillis par Alexandre Hervaud