Les projets du ministère de l’Énergie sur la refonte des tarifs du photovoltaïque suscitent l’inquiétude des professionnels, qui redoutent un effondrement des commandes et pointent une contradiction avec la volonté affichée de développer une filière nationale.

La récente annonce du gouvernement français de réduire, de manière rétroactive au 1er février 2025, les niveaux de soutien aux projets photovoltaïques de moins de 500 kilowatts-crêtes (segment S21) provoque une levée de boucliers parmi les acteurs du secteur. Artisans, distributeurs, entrepreneurs et syndicats dénoncent unanimement une décision aux conséquences économiques et environnementales désastreuses.

Une incohérence réglementaire ?

Le projet d’arrêté présenté par Marc Ferracci, ministre chargé de l'Industrie et de l’Énergie, prévoit une diminution drastique de la prime à l’autoconsommation et une baisse du tarif d’achat du surplus d’électricité produite. Cette évolution intervient alors même que le cadre législatif actuel impose, avec la loi Climat et Résilience et la loi APER, l’intégration du photovoltaïque dans la construction neuve. La Fédération française du bâtiment (FFB) et le Groupement des métiers du photovoltaïque (GMPV-FFB) fustigent cette contradiction. "Remettre en cause le cadre réglementaire en vigueur, qui est en train de faire ses preuves, revient à rater une nouvelle fois le virage de la solarisation résolue de nos actifs immobiliers, tuant dans l’œuf toute velléité de réindustrialisation ! " s’inquiète Olivier Salleron, président de la FFB.

Une menace pour l’économie et l’emploi

Les conséquences de ce changement réglementaire ne se limitent pas à un frein au développement des énergies renouvelables. La Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment) et Coédis (Fédération des Distributeurs d'Equipements et Solutions Electriques, Génie Climatique et Sanitaires) alertent sur l’impact direct pour les artisans et PME du bâtiment. En 2024, plus de 226 000 installations résidentielles ont été réalisées par 5 000 entreprises qualifiées, employant entre 20 000 et 30 000 personnes.

Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, s’inquiète également de l’incohérence du gouvernement face aux besoins croissants d’électricité, notamment pour alimenter les infrastructures numériques : "disposer d’une offre abondante d’électricité décarbonée est un atout industriel et un atout de souveraineté. Mais il faut être cohérent : où trouverons-nous les 170 térawatts-heure supplémentaires dans les deux ans qui viennent si nous mettons le pied sur le frein du solaire ?"

Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, s’interroge également : "Veut-on encourager la sobriété et l’autoconsommation ou bien favoriser les consommations électriques ? L’autoconsommation est une voie de sobriété et de décarbonation. La décision du gouvernement est incompréhensible." 

La filière reçue à Matignon et Bercy

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre le 19 février, un collectif d’organisations professionnelles rappelait le poids économique du photovoltaïque en toiture : « 800 millions d’euros de retombées pour le monde agricole et 4 milliards d’euros en 2024 pour l’économie des PME locales et des artisans, des emplois ancrés dans nos territoires et non délocalisables. »

La mobilisation du secteur a permis à ses représentants d’être rapidement reçus à Matignon puis à Bercy. "Pas d’annonce mais de l’écoute et la volonté manifeste d’essayer d’arriver à une solution qui ne détruise pas toute une filière ", a estimé Jules Nyssen sur LinkedIn, estimant que "l’enchaînement de ces rendez-vous est un premier bon signal". Bientôt l’éclaircie ?

Alexandre Hervaud