Le 9 juin 2024, au soir d’une large victoire de l’extrême droite aux élections européennes, Emmanuel Macron prononçait la dissolution de l’Assemblée nationale. Une décision qui a pris de court la classe politique, mais aussi les marchés financiers. Un an après cette manœuvre dont les motivations paraissent toujours floues, comment se porte l’économie française ?
Un an après la dissolution de l’Assemblée nationale, quelles conséquences pour l’économie française ?
Une déflagration. Alors que le président de la République souhaitait redonner aux Français "le choix de notre avenir parlementaire par le vote", il a finalement troqué la majorité relative dont son parti bénéficiait pour un bouleversement politique dont il reste encore difficile de faire émerger une politique claire. Les marchés financiers, averses au risque par essence, n’ont, eux, pas tardé à sanctionner le climat d’incertitude ambiant insufflé par les dirigeants hexagonaux.
CAC 40 en berne
Depuis l’annonce de la dissolution, le CAC 40 traverse un trou d’air sans fin. Entre le vendredi 7 juin, soit deux jours avant que le couperet politique ne tombe, et le 8 juillet 2024, au lendemain des résultats du second tour des élections législatives anticipées, l’indice boursier a chuté de 4 %. Entre début de juin 2024 et le 23 juin 2025, le CAC 40 a même perdu 5,1 %. Signe que plus qu’un choc exogène perturbateur de marché, la dissolution a entraîné une incertitude globale qui pèse sur l’économie et empêche une reprise significative.
Dans le même temps, le DAX, indice boursier phare allemand, a bondi de 25,4 %, alors même que l’économie d’outre-Rhin souffre d'une récession depuis deux ans. Au Royaume-Uni, l’indice de la City, le FTSE, a de son côté augmenté de 6,3 %. Preuve que malgré l’incertitude économique et géopolitique dans laquelle est plongé le monde entier, les principales places financières européennes ont su profiter d’un contexte boursier positif. Mais ce vent favorable ne semble pas souffler en France, en partie du fait de cette nouvelle instabilité à laquelle le pays doit s’habituer.
Entre début de juin 2024 et le 23 juin 2025, le CAC 40 a perdu 5,1 % [...] quand le le DAX, indice boursier phare allemand, a bondi de 25,4 %, alors même que l’économie d’outre-Rhin souffre d'une récession depuis deux ans
Spread en hausse, croissance en baisse
Le spread franco-allemand, à savoir l’écart entre les taux de rendement des obligations entre les deux États sur dix ans, reste supérieur d’environ 25 points de base (bp) par rapport à son niveau moyen d’avant la dissolution. Indicateur clé de la solvabilité de la dette, sa valeur actuelle ne parvient pas à rassurer les investisseurs.
Selon Allianz Trade, la dissolution a aussi entraîné une diminution de 0,2 point de pourcentage de la croissance annuelle française. Un mouvement que prend en compte la compagnie d’assurance dans ses prévisions, qui anticipent une hausse de l’activité économique de 0,6 % en 2025. Sans la fameuse décision politique du printemps 2024, les taux d’intérêt auraient été plus faibles, les marchés boursiers plus élevés, et l’investissement privé plus fort. En témoigne sa baisse de 1 % entre le second trimestre 2024 et le premier trimestre, dans des proportions plus importantes que dans les autres pays européens, selon Allianz Trade.
Le spectre de la cure d’austérité
Des résultats qui continuent de creuser le déficit français. Ainsi, la baisse de la croissance a entraîné une perte de rentrées fiscales de l’ordre de 2,9 milliards d’euros. De son côté, le spread franco-allemand représente un coût supplémentaire de 1 milliard d’euros en charges d’intérêts de la dette, pour un total de 4 milliards d’euros d’économies supplémentaires à réaliser, selon les statistiques de l’assureur.
Si l’Hexagone continue d’attirer l’intérêt des investisseurs grâce à la robustesse de son modèle économique et social, la présentation du budget 2026 après l’été s’annonce déjà sous haute tension. Des mesures significatives d’économies destinées à rassurer les investisseurs sont à prévoir. Selon Maxime Darmet, économiste senior chez Allianz Trade, plusieurs leviers s’offrent au gouvernement, comme "des ajustements des finances publiques locales, des dépenses de sécurité sociale et une large rationalisation des agences de l’État. […] Un abaissement conséquent des prélèvements sur le travail, financé par une réduction de certaines niches fiscales, une augmentation de la TVA et des mesures d’économies pourrait générer des gains sur la croissance, le pouvoir d’achat et in fine les finances publiques." Mais sans majorité au Palais Bourbon, septembre promet d’être le mois de tous les dangers pour le gouvernement Bayrou.
Tom Laufenburger