Depuis qu’elle a rejoint la néobanque en 2020, Philippine Rougevin-Baville apporte son goût de l’analyse, encourage la diversité des équipes et insiste sur la nécessité de rester centré sur les clients. Une approche en ligne avec celle des fondateurs de Qonto, qui a contribué à sa promotion cette année au poste de managing director pour l’Europe de l’Ouest.

"Je n’ai pas de plan de carrière. La seule chose qui est certaine, c’est que j’ai toujours aimé résoudre des problèmes." Philippine Rougevin-Baville, directrice générale France et Belgique de Qonto, a trouvé de quoi faire à Polytechnique, qu’elle a intégré en 2010. Après ses études, elle décide de se confronter à l’entreprise "pour savoir comment et pourquoi les décisions sont prises."

Diversité cognitive

Elle passe trois ans en conseil chez Roland Berger avant d’être appelée par l’un de ses anciens managers à le rejoindre chez Meta. Elle y devient le bras droit de la head of luxury monde en prenant en charge les clients du luxe depuis la France pour les aider à être visibles sur Facebook et Instagram. De cette période, elle garde un goût pour la diversité, le groupe de Mark Zuckerberg étant, à l’époque, précurseur en la matière. "Travailler avec des personnes qui ne pensent pas comme nous, qui n’ont pas le même background, permet de créer plus de valeur pour les clients", explique la dirigeante qui œuvre depuis 2020 chez Qonto, où se côtoient aujourd’hui 1 600 employés originaires de 80 pays et où la parité est quasiment atteinte dans les hautes strates.

Alors que, après trois ans, elle se voit difficilement grimper les échelons chez Meta en restant à Paris, elle est approchée sur LinkedIn par les fondateurs de Qonto, Alexandre Prot et Steve Anavi. "C’est une chance qu’ils m’aient contactée, et surtout d’avoir vu leur message, n’étant à l’époque pas très assidue sur ce réseau social." Ils lui proposent un nouveau poste, celui de chief of staff. "Je les ai trouvés brillants, ils créent une vraie valeur de marché, ils sont visionnaires et ont une approche différente des sujets avec une réelle obsession clients", ce qui la pousse à accepter la mission.

Service client

Il s’agit de s’assurer que les fondateurs prennent les bonnes décisions, au bon moment. Ce qui peut paraître simple mais n’est pas si évident dans une entreprise avec une telle croissance. Trois ans plus tard, elle est promue à la tête de la France, puis, en ce début d’année, au poste de managing director de l’Europe de l’Ouest, qui comprend l’Hexagone et la Belgique.

"Travailler avec des personnes qui ne pensent pas comme nous, qui n’ont pas le même background, permet de créer plus de valeur pour les clients"

Comme tous les membres du Comex, Philippine Rougevin-Baville passe une heure par mois à répondre aux demandes envoyées au service client afin de rester au plus proche des 500 000 entrepreneurs et dirigeants que sert Qonto. Pour 2030, la start-up vise les deux millions de clients à l’échelle européenne. "Je ne sais pas si c’est propre à Qonto, mais ici, on dit que la meilleure façon de prendre une décision, c’est de parler aux clients. Dans mes fonctions précédentes, je menais beaucoup d’analyses. Celles-ci sont essentielles mais le véritable éclairage vient du terrain."

Donner la direction

Comme ses patrons, Philippine Rougevin-Baville n’est pas obsédée par le statut de licorne de Qonto. "Ce n’est pas un sujet dont on parle", répond-elle quand on l’interroge sur le sujet. L’important reste le cœur de métier. Outre la partie compte professionnel, Qonto développe d’autres fonctionnalités, comme l’aide à la création d’entreprise, la facturation électronique ou encore le paiement fractionné.

La start-up a mis en place la Qonto Way, une philosophie managériale inspirée du concept d’entreprise apprenante de Toyota dont s’est emparée Philippine Rougevin-Baville. "Je suis là pour élaborer une direction claire et les conditions d’autonomie afin que mes équipes puissent créer de la valeur", résume-t-elle. Si elle aime son rôle de managing director, Philippine Rougevin-Baville répond néanmoins que ce qui la fait se lever le matin reste son fils de 3 ans. "J’ai plusieurs priorités et ma famille en fait partie. Je ne serais pas un leader équilibré sans elle." Preuve supplémentaire que les femmes n’ont pas forcément à choisir entre leur vie pro et leur vie perso, même dans la tech.

Olivia Vignaud