Face à l’incertitude économique, distributeurs et fournisseurs se mettent au diapason. Cécile Landreau, directrice juridique de l’Union sport et cycle, et Elvire Mazet, associée fondatrice du cabinet Vertice, spécialisé en droit économique, présentent des cas d’usage où l’intelligence collective prévaut.

Décideurs. L’Union sport et cycle rassemble des professionnels des entreprises du sport, qu’il s’agisse de fournisseurs ou de distributeurs. Une particularité atypique pour un syndicat professionnel. Pourriez-vous nous en dire davantage sur cette spécificité ?

Cécile Landreau. L’Union sport et cycle représente effectivement à la fois les fournisseurs, les équipementiers, mais également les distributeurs, les loueurs, les entreprises de loisirs actifs et sportifs, les aménageurs d’espaces ludiques et sportifs, les acteurs du tourisme sportif ainsi que des spécialistes du vélo, avec aussi bien des assembleurs que des distributeurs. Notre champ d’activité dans le domaine du sport compte près de 3000 entreprises, 90000 salariés au global et un chiffre d’affaires cumulé de 21 milliards d’euros.

Elvire Mazet. Le mode d’organisation de l’Union incarne une volonté de favoriser le dialogue entre fournisseurs et distributeurs du secteur du sport, et de cibler les enjeux propres à la vie des entreprises et de leurs adhérents. Cette approche coopérative constitue une des valeurs communes entre le syndicat et le cabinet Vertice puisque notre cabinet, spécialisé en droit économique, est présent auprès d’industriels comme de distributeurs.

Pourriez-vous citer un dossier où cette spécificité a contribué à la réussite ?

C. L. Nous avons déposé une demande de dérogation en matière de délais de paiement. Notre secteur, notamment pour les entreprises situées en montagne, est caractérisé par sa saisonnalité. En station, les contraintes logistiques sont évidentes. Les produits ne peuvent pas y être livrés au fur et à mesure, donc l’encadrement des délais de paiement n’y était pas adapté. Il fallait pouvoir défendre cette spécificité auprès des pouvoirs publics pour qu’eux-mêmes l’intègrent dans la réglementation. Grâce à une démarche collective et constructive, distributeurs et fournisseurs ont pu se réunir et négocier sur le sujet, en présence d’Elvire Mazet et d’Olivier Leroy. Il a fallu, d’une part, se mettre d’accord dans le cadre réglementaire imparti et, d’autre part, mener une négociation avec les pouvoirs publics.

"Il fallait pouvoir défendre cette spécificité auprès des pouvoirs publics pour qu’eux-mêmes l’intègrent dans la réglementation" Cécile Landreau

E. M. Dans nos activités d’accompagnement des syndicats, le lobbying prend une place importante mêlant l’anticipation, l’analyse des textes et l’intervention auprès des pouvoirs publics. Les enjeux de ces textes peuvent être difficiles à comprendre pour des non-spécialistes. Si les parlementaires s’appuient sur différentes commissions pour nourrir leur réflexion, ces sujets restent complexes. En tant que techniciens, nous leur apportons, dans ce type de mission, un décryptage à la fois des enjeux et des textes à modifier ou rédiger.

C. L. De nombreux secteurs ont demandé des dérogations. Tous ne les ont pas obtenues. Certaines d’entre elles ont même été retirées par la suite. Nos adhérents, soit près d’un millier d’entreprises, ont évidemment salué cette avancée majeure.

Pensez-vous que cette structuration atypique, où distributeurs et fournisseurs travaillent main dans la main, devient une tendance de fond ?

E. M. L’évolution de la législation, notamment celle de la réglementation européenne dans son ensemble, devrait pousser les fédérations à engager une réflexion plus approfondie sur un travail de collaboration entre l’amont et l’aval. En parallèle de nos dossiers, mon associé Olivier Leroy et moi avons fondé une association où collaborent les industriels et les distributeurs. Cette association a pour vocation de renouer le dialogue entre l’industrie et le commerce, en particulier dans le domaine alimentaire. Les enjeux liés à la RSE, aux filières de recyclage, ou encore à la réglementation des produits, sont des thématiques qui les incitent à collaborer. En matière de décarbonation, par exemple, l’industrie et le commerce ne peuvent pas se permettre de réfléchir de façon isolée. Ces réflexions devraient être menées de façon verticale, au sein d’un lieu d’échange commun réunissant fournisseurs et distributeurs.

"L’évolution de la législation, notamment celle de la réglementation européenne dans son ensemble, devrait pousser les fédérations à engager une réflexion plus approfondie" Elvire Mazet

C. L. Les enjeux de développement durable et surtout ceux liés à l’économie circulaire font, par nature, intervenir distributeurs et fournisseurs. Selon la situation, que ce soit à l’échelle européenne ou au sein des États membres, c’est un énorme avantage de pouvoir réunir tout le monde autour de la table. Dans ces périodes de tumulte, la force du collectif s’affirme et pourrait bien se révéler essentielle.

Propos recueillis par Alexandra Bui