L’organisme de réglementation des avocats en Angleterre et au Pays de Galles vient d’adouber Garfield, premier cabinet d’avocats à proposer exclusivement les services de l’intelligence artificielle pour effectuer le recouvrement de dettes.

C’est probablement le premier dans son genre. Garfield AI, un cabinet d’avocats fonctionnant exclusivement à l’aide de l’intelligence artificielle, a reçu le feu vert des autorités britanniques. Ses fondateurs – Philip Young, un ancien avocat londonien passé par Baker & McKenzie et Cooke, Young & Keidan, et Daniel Long, un jeune physicien quantique – visent à alléger les sommes déboursées par les entreprises et les particuliers pour recouvrer leurs créances. Ils offrent des tarifs qui démarrent à seulement 2 livres, soit nettement inférieurs à celui des honoraires moyens d’un avocat. Parmi les premiers clients de Garfield, on trouverait des PME, des cabinets d’avocats ou d’expertise comptable ainsi que d’autres structures de services professionnels. Selon Philip Young. "Garfield résout ce problème [de factures impayées]. Il offre à chaque petite entreprise les outils nécessaires pour être payée – équitablement, à moindre coût et rapidement."

20 millions de livres

Aux origines de Garfield : Andy King, plombier vivant près de Sheffield et beau-frère de Philip Young. Ce chef d’une microentreprise se plaignait des difficultés de recouvrement des dettes de faible montant et des frais judiciaires trop élevés. D’après ce travailleur indépendant, de nombreux individus parient sur le renoncement des petites entreprises à leur dû pour obtenir des services gratuits. Avec Garfield, l’ancien avocat Young entend entrer dans l’histoire en réglant ce problème, qu’il estime coûter 20 millions de livres sterling.

Garfield s’occupe de tout, "de la rédaction des lettres de mise en demeure, du formulaire de réclamation et des détails de la réclamation à la demande de jugement par défaut, en passant par la gestion des transactions et la préparation du procès".

Impossible de croiser des avocats dans ce cabinet. Il n’en compte pas. C’est uniquement l’intelligence artificielle qui fait tourner la boutique. L’utilisateur du service n’a qu’à déposer sa facture et expliquer sa situation à la machine, qui s’occupera pour lui de la correspondance liée au litige. Le cas échéant, elle le guidera tout au long de la procédure judiciaire dans les méandres des systèmes judiciaires anglais et gallois. Garfield s’occupe de tout, "de la rédaction des lettres de mise en demeure, du formulaire de réclamation et des détails de la réclamation à la demande de jugement par défaut, en passant par la gestion des transactions et la préparation du procès".

Promouvoir la justice pour tous ?

Garfield devient ainsi le premier assistant autorisé par la Solicitors Regulation Authority (SRA, l’organisme de réglementation des avocats en Angleterre et au Pays de Galles). Philip Young loue la modernité de l’institution : "La rigueur, la réflexion et l’engagement de la SRA tout au long du processus d’autorisation de Garfield ont été extrêmement impressionnants. La SRA est désormais un leader mondial de la promotion de l’accès à la justice grâce à l’IA."

Lors de la conférence judiciaire annuelle du Conseil de justice civile en novembre 2024 – une entité qui conseille le chancelier britannique pour les questions de justice civile – Colin Birss, juge à la Cour d’appel d’Angleterre et du Pays de Galles et adjoint de la justice civile, a même cité Garfield comme exemple. L’entreprise est pour lui une réussite dans l’usage des technologies facilitant l’accès à la justice. C’est ce même juge qui avait brisé la glace en matière d’intelligence artificielle, en déclarant en 2023 avoir utilisé le contenu généré par ChatGPT dans un jugementSelon lui, le "plus intéressant est de pouvoir demander à ces grands modèles linguistiques de synthétiser des informations", tout en soulignant que les utilisateurs de l’IA demeurent "responsables du résultat".

Anne-Laure Blouin