Après Paul Weiss, c’est Willkie Farr & Gallagher et Skadden qui cèdent aux pressions du nouveau président américain. Les deux cabinets ont offert chacun 100 millions de dollars de prestations juridiques à l’administration américaine.
Droit. De grands cabs américains commencent à dealer avec l’administration Trump
Ce n’est pas un poisson. Deux nouveaux cabinets ont choisi de dealer avec Donald Trump. Willkie Farr & Gallagher et Skadden se sont engagés à fournir pour 100 millions de dollars de leurs services à l’administration du nouveau président américain. Les deux géants du droit s’évitent ainsi la suspension de leurs habilitations de sécurité, leur exclusion des contrats publics et les restrictions d’accès aux bâtiments fédéraux prévus par les décrets de Trump qui ne cessent de tomber depuis quelques semaines. Décrets considérés comme des représailles du président à l’endroit des avocats qui ont défendu ses opposants ou des causes éloignées de ses propres convictions.
Lucide, Jeremy London, executive partner de Skadden, a déclaré : “La décision que nous avons prise aujourd'hui ne sera pas partagée par tous, et j'ai un profond respect pour les différents points de vue qui font la force de notre cabinet.” Cet accord n’entame pas l’identité du cabinet selon l’avocat.
Une de ses employées ne partage pas son avis. "La profession n’est pas unie", selon Rachel Cohen, qui travaillait depuis deux ans chez Skadden à Chicago. La jeune avocate a appelé au boycott des cabinets qui passent des accords avec Trump, et qui ne respectent pas l’État de droit selon ses mots. Elle a entendu lancer un mouvement de résistance juridique, au nom d’un impératif moral qui doit habiter les jeunes avocats. "Si vos employeurs ne peuvent pas protéger leurs employés et l'État de droit, n'encouragez pas les étudiants à y travailler", explique-t-elle.
Elle n’est pas la seule à désapprouver la stratégie des cabinets qui signent des accords. Une centaine d’avocats américains ont publié lundi 24 mars une lettre ouverte pour dénoncer la "capitulation" du cabinet face à Trump, qui tente selon eux "d'imposer un test de loyauté aux avocats". "Nous attendions du cabinet qu'il soit un chef de file dans la défense de la profession juridique, du système contradictoire et du droit à l'assistance d'un avocat", indique la lettre. Les États-Unis font face selon les auteurs à "la plus grave menace pour l'indépendance de la profession juridique depuis au moins l'époque du sénateur Joseph McCarthy". L’enseigne Paul Weiss avait déjà accepté de verser quelque 40 millions d’euros pour sauver sa peau, d’après son patron Brad Karp, qui disait dans une lettre à son personnel que le cabinet n’avait pas les reins pour lancer une offensive judiciaire contre le décret qui le visait.
Deux autres grands cabinets d'avocats Jenner & Block et WilmerHale ont choisi de répliquer à ce qui constitue une "attaque sans précédent contre la profession juridique". D’après le média Politico, c’est le californien Cooley qui a porté en justice la plainte de Jenner & Block. L’avocat Paul Clement, connu outre-Atlantique pour être un homme de principes, représente Wilmer Cutler dans sa contestation du décret présidentiel. Pour lui, "l'attaque généralisée du Président contre WilmerHale (et d'autres cabinets) est sans précédent et inconstitutionnelle". Et d’affirmer que "le Premier Amendement protège le droit de WilmerHale, de ses employés et de ses clients à s'exprimer librement, à saisir les tribunaux et autres institutions gouvernementales, et à s'associer à l'avocat de leur choix sans subir de représailles ni de discrimination de la part des autorités fédérales". Une juge fédérale, Beryl Howell, a déclaré le décret visant Perkins Coie inconstitutionnel. Affaires à suivre pour le reste des cabinets impliqués dans des affaires gênantes pour le pouvoir en place.
Anne-Laure Blouin