Juriste de formation et expert près la cour d’appel de Paris, Guillaume Roehrig est président-directeur général de Coutot-Roehrig, société spécialisée dans la recherche d’héritiers.

Décideurs Magazine. Pourriez-vous présenter votre groupe ?

Guillaume Roehrig. La maison Coutot-Roehrig a été fondée en 1894 à Paris par Amédée Coutot, et reprise à sa mort par son fils Maurice. Après avoir répondu à une petite annonce parue dans Le Figaro, mon père, alors jeune avocat stagiaire, rejoint l’entreprise dans les années 1960. Au fil du temps, il est devenu associé puis a racheté la totalité du groupe. Nous avons toutefois gardé le nom Coutot, car il est moins compliqué à écrire et prononcer ! Depuis 2011, j’en suis le président, soit le quatrième dirigeant en plus de 130 ans. 

À mes débuts dans l’entreprise, en 1997, nous disposions de 18 bureaux et 180 collaborateurs. Désormais, Coutot-Roehrig peut compter sur 360 collaborateurs répartis dans 48 bureaux, dont 35 en France. Cela nous permet d’avoir un maillage suffisamment fin sur le territoire pour être proche des gens avec qui nous travaillons au quotidien, comme les notaires. 

Être présent à l’international, est-ce désormais une nécessité ?

Absolument, car les temps changent : les héritiers recherchés se trouvent de plus en plus souvent à l’étranger, donc nous devons avoir de bons relais dans les pays les plus concernés, afin d’avoir accès aux archives locales pour les retrouver le plus rapidement possible. Actuellement, nos généalogistes estiment que 30 % de nos dossiers ont un lien avec l’étranger. Cette proportion devrait passer à 50 % d’ici à 2030, et en 2040, chaque dossier devrait comporter un élément d’extranéité. 

Depuis 1884, les outils à disposition des généalogistes ont grandement évolué. Comment avez-vous appréhendé la révolution numérique ?

Laissez-moi vous raconter une histoire passionnante. En 2000, nous avons réalisé que notre fichier papier faisait quasiment 100 kilomètres de long. La question de la numérisation s’est donc posée, et nous avons passé un appel d’offres pour trouver le prestataire adéquat. Et nous avons trouvé la perle rare : une congrégation de moines bénédictins de l’abbaye Saint-Wandrille, en Seine-Maritime ! Des mauvaises langues ont cru que nous avions fait appel à eux pour des raisons de coût, alors qu’ils n’étaient pas moins chers que d’autres, et quel leur prestation n’était pas déductible des impôts. Cette opération de numérisation et d’indexation représente un budget de près de 16 millions d’euros. Nous avons fait appel à ces moines pendant une quinzaine d’années, mais ils ont hélas fermé leur département numérisation pour devenir brasseurs de bière. Désormais, nous disposons d’un département situé à Vichy, et faisons également appel à des prestataires basés à Madagascar pour assurer la qualité de nos bases de données. 

Qu’en est-il des réseaux sociaux, qu’on imaginerait plutôt utiles pour votre groupe ?

Par essence, les dossiers qui nous sont confiés concernent des personnes marginales, décédées sans famille proche connue et qui ne sont pas présentes sur les réseaux sociaux. De manière très ponctuelle, après des recherches, il est évidemment possible d’utiliser une plateforme comme Facebook pour contacter un héritier. Plus largement, il faut garder en tête le cadre juridique de ces nouveaux écosystèmes. Depuis une dizaine d’années, le règlement général sur la protection des données (RGPD) protège les citoyens européens en limitant l’accès aux données personnelles. Par effet domino, notre savoir-faire s’en trouve d’autant plus légitimé. 

L’essor des tests ADN proposés par des entreprises basées à l’étranger a-t-il une incidence sur votre activité ?

Premièrement, rappelons que les tests génétiques “récréatifs” ne sont pas autorisés en France : si vous en réalisez un commandé sur Internet, vous êtes en infraction. Deuxièmement, en tant que généalogistes, nous ne sommes pas guidés par la vérité biologique, mais par la vérité juridique. En l’occurrence, au lieu d’un test ADN non reconnu en France, l’enfant biologique qui n’aurait pas été reconnu à sa naissance par son père devra établir un lien de filiation par un acte juridique appelé la possession d’état d’enfant. Il permet de déterminer si une personne s’est comportée comme le parent de l’enfant, notamment au travers de témoignages, de photos, de lettres, de preuves de virements bancaires lors des anniversaires… Dans ces cas-là, il est possible d’établir ce lien juridique post-mortem utile pour l’héritage. 

Pourquoi avoir lancé une application mobile ?

Cette application, gratuite, s’appelle Fiscalité. Nous l’avions initialement destinée aux notaires, aux avocats ou aux étudiants en droit notarial, mais nous nous sommes rendu compte que de nombreux particuliers la téléchargeaient également. Elle propose des simulateurs en droit de la famille, permet de calculer rapidement des frais de vente ou prorata de charges, mais aussi d’estimer le montant d’une plus-value immobilière, ou le montant des mensualités d’un prêt. Bref, de savoir à quoi engage une opération immobilière. L’application exploite également les données ouvertes fournies chaque semestre par la Direction générale des finances publiques, et peut donc indiquer le prix auquel s’est vendu un bien à une adresse donnée. Enfin, notre partenariat avec MeilleursTaux.com nous permet de proposer un baromètre des taux immobiliers à 7, 10, 15, 20 ou 25 ans. C’est un outil qui est très utilisé dans la profession, tout comme notre “Schéma de la fiscalité successoraleSchéma de la fiscalité successorale” : il s’agit d’un document de 50 pages regroupant toutes les informations relatives à la succession en France, mis à jour chaque année grâce à notre suivi régulier des données juridiques et fiscales dans notre domaine. Il est disponible en ligne sur notre site et nous l’éditons en parallèle à 56 000 exemplaires, dont 5 000 sont adressés à l’administration fiscale. 

Coutot-Roehrig communique sur son activité au travers de nombreux contenus. Pouvez-vous nous en donner un exemple ?

En 2024, nous avons mis en ligne une série en onze épisodes intitulée “Histoires en héritage”, disponible à la fois en vidéo – YouTube, TikTok, Instagram, LinkedIn – et en podcast sur les plateformes habituelles. Il s’agissait de récits passionnants racontés par des généalogistes successoraux de l’entreprise qui avaient géré ces dossiers, et le public a été au rendez-vous : nous avons récolté un million de vues rien que sur TikTok ! Nous étions autrefois un métier de niche, mais grâce au web et à certaines fictions, nous sommes désormais bien plus exposés, et le public nous identifie. 

À bien des égards, votre métier évoque parfois celui de détective privé, n’est-ce pas ?

Tout à fait ! Il faut poser des questions, fouiner, savoir rebondir, et en ce sens il est également possible d’établir un parallèle avec le métier de journaliste. La comparaison avec la profession de détective privé est d’autant plus juste que nous disposons, au sein du groupe Coutot-Roehrig, d’un département “enquêteurs privés”, déclaré comme tel auprès de la préfecture de police de Paris. En effet, une fois que les héritiers ont été identifiés, il faut parvenir à les localiser, ce qui n’est pas toujours une mince affaire. Cela dit, les détectives privés peuvent être mandatés par un créancier pour retrouver un débiteur. Dans notre cas, c’est plutôt l’inverse : nous ne recherchons pas quelqu’un parce qu’il a des dettes. Bien au contraire, nous voulons généralement lui apprendre que, suite au décès d’un parent perdu de vue, un héritage l’attend. Je dis souvent que nous sommes un peu des Pères Noël des quatre saisons !

Propos recueillis par Alexandre Hervaud