Ancien président de l’Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel, ex-ministre de l’Intérieur, Jean-Louis Debré a occupé les hautes fonctions de la Ve République. Il s’en est allé dans la nuit du lundi 3 au mardi 4 mars.

Homme d’État de la Ve République, fidèle de Jacques Chirac – dont il fut ministre de l’Intérieur entre 1995 et 1997 –, Jean-Louis Debré était aussi magistrat et a occupé les fonctions de président de l’Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel. Il est décédé cette nuit à l’âge de 80 ans.

Magistrat

Fils de Michel Debré, ancien Premier ministre de Charles de Gaulle, Jean-Louis Debré suit les traces paternelles et s’impose comme fervent défenseur de la Ve République. Né à Toulouse en 1944 dans une famille d’intellectuels – son grand-père n’est autre que le pédiatre de renom Robert Debré –, Jean-Louis Debré s’inscrit à Assas, où il obtient sa capacité en droit et suit son cursus jusqu’en doctorat. Il se passionne pour le droit public et rédige une thèse portant sur les Idées constitutionnelles du général de Gaulle. Le juriste s’intéresse également à la politique et passe par l’Institut d’études politiques de Paris.

En 1973, Jean-Louis Debré est nommé conseiller technique au cabinet du ministre de l'Agriculture et du Développement rural qui n’est autre que Jacques Chirac. Il suivra celui qui va devenir président de la République au ministère de l’Intérieur, puis dans sa fonction de Premier ministre. L’homme d’État embrasse alors une carrière de magistrat et occupe les postes de substitut du procureur de la République près le tribunal de grande instance d'Évry-Corbeil, de magistrat à l'administration centrale de la justice et de juge d’instruction.

Carrière politique ascendante 

En 1986, il reprend activement du service en politique et est élu député dans l’Eure. En 1995, il est nommé ministre de l’Intérieur sous le gouvernement d’Alain Juppé. Deux ans plus tard, il pilote le groupe Rassemblement pour la République à l’Assemblée nationale, dont il prendra la présidence en 2022. En 2007, il élit domicile rue Montpensier, nommé à la tête du Conseil constitutionnel par Jacques Chirac.

QPC,  mariage pour tous et Bygmalion

Là-bas, il assiste et prend part à de nombreuses révolutions législatives et autres dossiers sensibles. Il fait face aux premières questions prioritaires de constitutionnalité, affronte l’émoi populaire relatif à la validation de la loi autorisant le mariage homosexuel. "Je n’ai jamais reçu autant de lettres de menace. Tous les jours, on avait des manifestants devant nos locaux. On a dû faire appel à des CRS" confessait au Monde, l’ancien président du Conseil constitutionnel.

Autre affaire qui a fait les gros titres : l’invalidation des comptes des campagnes électorales de son rival politique de toujours Nicolas Sarkozy. "J’avais une obsession : faire en sorte que la décision ne puisse être contestée sur le droit puisque, de toute façon, elle serait critiquée, déclarait-il. Je ne voulais pas recommencer ce qui avait été fait du temps d’un de mes prédécesseurs. La procédure a été exemplaire et transparente. Nous avons gagné la bataille du droit." Et il avait vu juste : plus de dix ans après que l’affaire a éclaté, Nicolas Sarkozy a été condamné pour financement illégal de sa campagne électorale de 2012 par la cour d’appel de Paris. "Qu’aurait-on dit si nous avions validé les comptes quand, un an après, éclatait l’affaire Bygmalion ?" s’exclamait Jean-Louis Debré.

Écriture

Depuis son retrait de la vie politique en 2016, Jean-Louis Debré la racontait dans ses livres. Dans Ce que je ne pouvais pas dire, l’ancien président du Conseil constitutionnel retrace, sous forme de journal, ses neuf années passées à la tête de l’institution entre dossiers, relations avec ses pairs, notamment Nicolas Sarkozy avec qui il a entretenu des rapports politiques hostiles non dissimulés.

Tu le raconteras plus tard, publié en 2017, Nos illustres inconnus (2018), Quand les politiques nous faisaient rire (2023) ou encore La Rumeur sont autant de témoins du temps qu’il a passé dans les plus hautes sphères de la Ve République.

Lors de son départ du conseil des Sages, celui qui présidera le Conseil supérieur des archives jusqu’à son décès livrait un dernier conseil à son successeur, Laurent Fabius : "Il y a d’autres combats, maintenant, à menerUne institution comme le Conseil constitutionnel ne peut pas être une institution qui ne progresse pas". 

Ilona Petit