Depuis plus de 35 ans, ABGi et D&Consultants font figure de références sur le marché du conseil en financement de l’innovation. Après une année de rapprochement, les deux entreprises officialisent leur union sous la marque ABGi et consolident leur position. Entretien avec Guillaume Carlier et Dominique Carlac’h, respectivement directeur exécutif et vice-présidente en charge des relations institutionnelles.

Décideurs. Depuis plusieurs années, le marché du conseil en financement de l’innovation se transforme en pro fondeur. Quelles sont les perspectives offertes par votre fusion ?

Guillaume Carlier. Nous partageons une conviction forte : le soutien de l’économie repose avant tout sur l’investissement en faveur des entreprises innovantes. Depuis trois décennies, les équipes d’ABGi et de D&Consultants suivent les évolutions des dispositifs de financement en France comme à l’international. Historiquement, D&Consultants s’est spécialisée dans la mobilisation de subventions publiques françaises et européennes, tandis qu’ABGi a développé une expertise reconnue sur les dispositifs fiscaux français et internationaux. En combinant ses expertises, nous développons une offre plus complète, couvrant l’ensemble des leviers de manage ment et financement de l’innovation.

Quels éléments vous distinguent sur le marché ?

Dominique Carlac'h. Ce qui fait au jourd’hui notre singularité, c’est notre capacité à accompagner les entreprises sur l’ensemble de leurs enjeux de transformation, en mobilisant des expertises complémentaires (financement public, fiscalité de l’innovation, stratégie, performance, ESG). Nous ne nous positionnons pas unique ment comme un acteur du financement, mais comme un partenaire, capable d’intervenir à chaque étape du développement. Cette approche intégrée s’appuie également sur une forte dimension internationale, qui nous permet de projeter nos clients au-delà du cadre national et de capter des opportunités de financement et de croissance à l’échelle européenne et mondiale.

Enfin, notre force repose sur un écosystème particulièrement riche : un réseau de partenaires institutionnels, industriels et académiques, que nous activons au service des projets que nous accompagnons. C’est cette combinaison entre multi-expertises, ancrage international et puissance relationnelle qui fait aujourd’hui la différence.

L’innovation reste un important levier de compétitivité pour les entreprises. Quelles filières se distinguent ?

G. C. Le contexte actuel reste marqué par une forte incertitude, qu’elle soit politique, économique ou géopolitique. C’est dans ce cadre que l’innovation devient un différenciateur clé selon les filières. Les filières historiques, comme l’automobile ou la sidérurgie, sont engagées dans des transformations profondes pour rester compétitives à l’échelle internationale. De leur côté, les industries technologiques ou de santé continuent de se démarquer par leur dynamisme.

"La France mérite de défendre sa place de précurseur des dispositifs de soutien" Guillaume Carlier

En France, nous disposons des compétences nécessaires au succès de cham pions, mais il faut amplifier la dynamique de soutien et financement public, simplifier son accès pour soutenir les projets d’avenir. L’ascension de multiples acteurs français illustre le pouvoir de notre politique de soutien en faveur de l’innovation, je pense à des acteurs comme Pasqal, Mistral IA et de nombreux industriels sur nos territoires. Mais force est de constater qu’une meilleure combinaison des financements publics et privés sera indispensable pour cette politique de soutien à moyen et long terme.

Plus largement, nous assistons à un véritable réveil européen autour des enjeux de souveraineté, qu’il s’agisse du numérique, de la défense ou du spatial. Ces dynamiques sectorielles nécessitent des investissements importants et une meilleure structuration des dispositifs de financement pour continuer de renforcer leurs capacités.

Quelles spécificités françaises dans l’ap proche de la compétitivité par rapport à d’autres pays ?

D. C. La France dispose d’un écosystème d’innovation riche, mais elle se distingue également par un niveau de taxation élevé. Les dispositifs d’aide, notamment le crédit d’impôt, jouent donc un rôle essentiel pour soutenir la compétitivité des entreprises.

À l’international, certaines grandes économies, comme les États-Unis ou la Chine, déploient des stratégies très offensives, avec des politiques industrielles et d’investissement massives, pensées à l’échelle de la puissance économique. La compétitivité ne se joue alors plus uniquement entre entreprises, mais aussi entre États, dans une logique d’influence et de souveraineté. Dans ce contexte, il devient essentiel de renforcer les articulations entre financements publics et privés pour construire des stratégies cohérentes. L’Europe, et la France en particulier, doit chercher à trouver un équilibre entre régulation, soutien à l’innovation et ambition industrielle. C’est précisément dans cet environnement complexe que nous intervenons.

"Il devient essentiel de renforcer les articulations entre financements publics et privés pour construire des stratégies cohérentes" Dominique Carlac'h

G. C. La France a besoin d’initiatives concrètes, pour aider les entreprises à accélérer leur développement international. Les entreprises françaises opèrent dans un environnement fiscal plus contraignant. Pourtant, une partie du grand public pense encore que les crédits d’impôt représentent des avantages injustifiés.

Il y a trois ans, l’Allemagne a mis en place un dispositif de crédit d’impôt. Plus récemment, elle a annoncé un plan de soutien aux entreprises de 46 milliards d’euros. Chez nous, France 2030 a impulsé une dynamique intéressante, mais l’enveloppe afférente représente 30 % de moins qu’en Allemagne. Beaucoup de pays de l’OCDE accélèrent sur leurs politiques d’incitation à l’innovation, devenant ainsi nos potentiels concurrents industriels de demain. La France mérite de défendre sa place de précurseur des dispositifs de soutien à l’in novation et à l’investissement. Pour conserver cette longueur d’avance, nous pour rions imaginer des approches combinant le public et le privé.

Comment accompagnez-vous les entreprises dans ce paysage mouvant ?

G. C. Nous les aidons à exploiter toutes les opportunités de financement et de transformation, qu’elles soient locales, nationales ou européennes. L’usage de technologies toujours plus sophistiquées nous permet d’optimiser notre analyse. Le phénomène de tension des financements publics nous force à prioriser, au cas par cas, les guichets qui présagent une forte chance de succès. Enfin, nous militons auprès des acteurs économiques et institutionnels afin de continuer à pro poser des conditions favorables en matière de crédit d’impôt, qui représente un fort gage de stabilité. Chez ABGi, nous gérons 1,4 milliard d’euros de créance CIR sur un total de plus de 7 milliards d’euros en France.

D. C. Accompagner les champions de demain implique de traduire les orientations stratégiques en plans d’action concrets et opérationnels. Cela se concrétise notamment par des études de diversification, l’accompagnement et le financement de technologies innovantes, l’identification de partenaires stratégiques de confiance et la mobilisation des ressources humaines adaptées. C’est précisément là que réside notre valeur ajoutée : être un partenaire ancré au cœur de l’activité de nos clients, pour anticiper, conseiller et accompagner leur croissance.