Du sac à main au manteau, l’upcycling des produits textiles gagne toujours plus d’adeptes. Si de nombreux créateurs indépendants peuvent remodeler des pièces de maisons de luxe grâce à ce procédé, ils en oublient parfois de respecter les droits de propriété intellectuelle associés.

La mode est un éternel recommencement. Depuis quelques années, l’upcycling de matières textiles bénéficie d’une popularité florissante. L’objectif ? Transformer divers produits et matériaux pour leur offrir une seconde vie de meilleure qualité. Une perspective ambitieuse face à une industrie textile accusée d’être à l’origine de 4 à 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Flambant vieux

Qui n’a jamais rafistolé un vêtement pour prolonger sa durée de vie ? Un jean tronqué en short, une chemise transformée en foulard, une veste rapiécée : les exemples sont divers et variés. Si la pratique était déjà bien connue de nos grands-mères, le mouvement prend désormais de l’ampleur avec des marques spécialisées. Elles entendent renforcer le poids de la « slow fashion » face à l’essor inarrêtable de la fast fashion. Parmi ces enseignes dites vertueuses figure notamment la maison de couture Beyo, qui élabore des vêtements à partir de tissus principalement sourcés dans les stocks dormants des marques de la galaxie LVMH. Autres exemples, la marque britannique Fanfare, qui se fournit en partie de marchandises invendues, Engagés Engagées, qui exploite des matières premières issues de centres de tri et de ressourceries marseillaises ou encore Renaissance upcycling, dont les tissus proviennent de collectes et de centres de tri, mais aussi d’invendus et de stocks défectueux. Pourtant, malgré la demande des consommateurs et les nouveaux acteurs engagés, le marché ne rivalise pas encore avec les acteurs classiques de la mode.

Pour se prémunir contre la contrefaçon, il convient de réemployer uniquement des pièces sans signes distinctifs et d’éviter toute communication associant le nom de la marque

Du côté des marques de luxe, la pratique a connu un effet de mode dès l’été 2020. Quelques maisons ont surfé sur la tendance avec une double ambition : démontrer leur engagement autour des enjeux écologiques et impulser une nouvelle façon de créer, notamment en raison des importants stocks excédentaires liés à la crise du Covid-19. À cette période, l’enseigne de haute couture Maison Margiela avait alors lancé la gamme « Recicla », confectionnée à partir de vêtements de différentes sources. Miu Miu avait de son côté imaginé une collection capsule en sélectionnant des pièces dans des fripes et des marchés vintages du monde entier. Ces initiatives confidentielles ont laissé place à des positionnements affirmés en qualité de marque responsable pour Louis Vuitton ou Giorgio Armani. Ces grandes maisons prônent ainsi des actions en faveur d’une conception plus responsable, en prenant en compte le recyclage des tissus dès la conception du produit.

De rafistoleur à contrefacteur

Loin des initiatives d’upcycling responsables, de multiples créateurs flirtent avec le respect des droits d’auteur de pièces iconiques. Le 10 avril dernier, le tribunal judiciaire de Paris statuait en faveur d’Hermès qui s’opposait à un atelier d’upcycling. Ce dernier avait confectionné des vestes en jean de seconde main ornées de carrés de soie de la marque. Bien que les foulards aient été acquis de façon licite, la présence du nom et du logo de Hermès sur les créations et dans les éléments de communication a eu raison de l’atelier indépendant.

La contrefaçon a donc été reconnue, dans la mesure où l’enjeu écologique relatif à la transformation de ces foulards ne pouvait justifier une exploitation commerciale illicite. Ces dernières années, les enseignes de luxe ont dû veiller au respect de leurs droits de propriété intellectuelle sans adopter une position trop ferme contre les projets de remploi intégrant leurs créations, au risque de nuire à leur image de marque. Cette jurisprudence de référence ouvre la voie à un meilleur respect des droits de PI des grandes marques par les petits créateurs. En clair, l’upcycling peut devenir un problème dans le cadre d’une activité commerciale. Pour se prémunir contre la contrefaçon, il convient de réemployer uniquement des pièces sans signes distinctifs et d’éviter toute communication associant le nom de la marque. De même pour les pièces originales reprises telles quelles, simplement ornées d’éléments complémentaires. Pour autant, les perspectives de réemploi ne sont pas inexistantes. Depuis l’adoption de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) en 2020, les entreprises ont l’interdiction de détruire les invendus non alimentaires. Plusieurs solutions s’offrent à elles, telles que le don ou le recyclage. Pour les enseignes de luxe, l’enjeu est de taille. Reste à savoir si luxe et démarche écoresponsable formeront, un jour, une paire harmonieuse.

Léa Pierre-Joseph