Ancienne directrice de la relation abonné de Free et membre de comité exécutif d’Iliad, Angélique Gérard a cofondé en mars Women in STEM Europe. Une initiative qui contribue à sa mission : accélérer l’égalité des genres dans les filières scientifiques et technologiques.

C'est à la fin d’une interview en 2017 qu’Angélique Gérard, membre du comex d'Iliad, a eu le déclic. La journaliste des Échos lui demande ce qu’elle faisait pour les femmes au sein du groupe. Réponse : "Rien." "Cela m’a travaillé et j’ai fini par me rendre compte que j’avais des biais comme tout le monde, que les femmes étaient traitées différemment", se souvient- elle. Dès lors, la directrice de la relation abonné du groupe décide de modifier ses pratiques managériales et de mettre en place un plan intitulé "Go to codir" afin d’identifier 13 femmes en France et au Maroc qui seraient formées en vue de briser le plafond de verre. "Les syndicats nous ont opposé que c’était discriminant. Nous avons assumé !"

Plus d'équilibre

Accompagnement sur les sujets financiers, managériaux, sur la prise de parole en public ou sur l’apprentissage des dress codes… Les sujets abordés sont nombreux. "On les a armées." Et cela s’est ressenti dans la suite de la carrière des heureuses élues. De son côté, Angélique Gérard, issue d’une famille modeste dans laquelle il n’y avait pas d’ambitions de carrière, a mûri le sujet. Lorsqu’elle entre chez Iliad à 23 ans, Xavier Niel lui demande de gérer le service client avec lequel il connaît des difficultés. "À 27 ans, il m’envoyait à des tables rondes à Bercy pour tenir des discours durs face au ministre délégué à l’Industrie et aux patrons d’opérateurs. On se disait que mon image de femme aiderait à faire passer les messages sans imaginer que c’étaient plutôt mes compétences et mon discours de vérité qui fonctionnaient."

Depuis son épiphanie, Angélique Gérard multiplie les prises de parole en public et a rédigé un livre Pour la fin du sexisme ! dont les bénéfices sont reversés à des associations pour l'égalité hommes-femmes "de manière à montrer qu’on cherche plus d’équilibre". Il y a presque quatre ans, elle quitte Iliad, mais reste conseillère de Xavier Niel à temps partiel jusqu’en janvier 2025. Sur la période, elle travaille également avec Aude de Thuin et Léna Touchard, sur Sistemic, un mouvement visant à féminiser les métiers scientifiques et technologiques.

Donner de la visibilité

En mars, elle cocrée avec Léna Touchard une société à mission, Women in STEM Europe, toujours dans le même but. "La transmission c’est ce qui m’anime au quotidien", explique cette mère de trois enfants. "On veut créer les conditions d’une inclusion durable dans les filières scientifiques et renforcer la compétitivité nationale." Les écoles d’ingénieurs ne comptent que 23 % d’étudiantes et la France manque de 20 000 ingénieurs chaque année depuis 2018. "Les femmes sont absentes de la quatrième révolution industrielle."

"La transmission c’est ce qui m’anime au quotidien"

Afin de donner de la visibilité aux femmes dans les sciences et la tech, elle monte un média à travers lequel des personnalités féminines racontent leurs parcours. "On ne peut pas devenir ce qu’on ne voit pas." Avec 17 000 followers sur Tik Tok et des comptes Instagram et LinkedIn très actifs, elles touchent les 18-35 ans. Elles ont également entrepris un tour des régions françaises. Après Paris, Lille et Lyon, les voilà qui vont échanger à Bordeaux, Marseille et Toulouse, et pour 2026 elles visent une capitale européenne. Pendant trois jours, Women in STEM Europe va à la rencontre des étudiantes et lycéennes à travers des ateliers, interviews et formations axés sur les soft skills, la confiance en soi et l’audace. En parallèle, l’équipe échange avec les associations locales, le corps professoral, les institutionnels et les entreprises privées pour tisser un réseau solidaire et durable. 

Échanges

Chaque étape se conclut par une soirée organisée avec l'agglomération où un panel de femmes inspirantesissues de la science, de l’entreprise et des institutions – partage son parcours. Enfin, Women in STEM forme 1 000 femmes chaque année à l’intelligence artificielle. "On parle de l’IA comme d’une révolution pour les cols blancs, mais c’en est aussi une pour les femmes, car ce sont elles pour qui les emplois sont le plus menacés étant donné qu’elles occupent beaucoup de tâches répétitives." Malgré des politiques plus volontaristes, le sujet n’avance pas assez vite. Angélique Gérard entend bien malgré tout apporter sa pierre.

Olivia Vignaud