C’est devenu un réflexe français. Quand la situation budgétaire dérape, on ressort la vieille recette : taxer les entreprises, selon cette loi non écrite de la politique budgétaire : "l’argent, on sait bien où il est ; il n’y a qu’à aller le chercher". La facilité du raisonnement a fait des entreprises la variable d’ajustement d’une prétendue justice économique qui confond redistribution et régression.

Cette logique traduit une incompréhension profonde de ce qui fait la force d’une économie moderne. Nous nous concentrons sur l’impôt, en oubliant les vraies questions : où sont les gisements d’efficacité, alors que la France est aujourd’hui le pays d’Europe où la dépense publique est la plus élevée – plus de 57 % du PIB, selon l’Insee – sans que cela se traduise par une meilleure qualité des services publics ? Et surtout, dans un contexte d’hyper compétition mondiale, comment restaurer la compétitivité et attirer à nouveau les talents et les capitaux ?

Cette obsession fiscale, dont la France a le secret, est économiquement contre-productive. Elle n’a jamais permis de réduire la dette publique, qui dépasse désormais 110 % du PIB, et elle bride l’investissement. C’est d’autant plus inquiétant que ce sont précisément les entreprises, tout particulièrement celles de la Tech, qui apportent à la France du dynamisme, de la croissance et des emplois qualifiés. En 2024, selon France Digitale, la French Tech représentait plus d’un million d’emplois directs et indirects, et ses startups ont investi plus de dix milliards d’euros en recherche et développement. Ces entreprises portent notre savoir-faire à l’international, dans l’intelligence artificielle, la santé, la cybersécurité ou la transition énergétique. Elles ne vivent pas de subventions publiques mais du marché, du risque et de l’innovation.

Pourtant, le discours politique continue souvent de les désigner comme des adversaires à contenir plutôt que comme des partenaires à accompagner. La fiscalité devient un outil de communication, non de stratégie, où chaque annonce crée de l’incertitude, alors même que la confiance est un capital aussi précieux que le financement. Comment prétendre construire une souveraineté technologique tout en instaurant une instabilité permanente pour ceux qui la rendent possible ? La Tech n’a pas besoin de protection : elle a besoin de cohérence. Et la cohérence, aujourd’hui, est ce qui manque le plus.

Partout ailleurs, les États font le choix d’investir dans la ressource. La France, elle, continue d’administrer la contrainte

Pendant ce temps, les grandes puissances investissent massivement dans leur avenir. Les États-Unis mobilisent plus de 400 milliards de dollars à travers le CHIPS and Science Act, pour accélérer la réindustrialisation et soutenir l’innovation verte et numérique. La Chine, de son côté, engage plus de 140 milliards dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et les technologies propres. Partout ailleurs, les États font le choix d’investir dans la ressource. La France, elle, continue d’administrer la contrainte.

Favoriser la Tech, ce n’est pas subventionner aveuglément, c’est créer un cadre stable, lisible et incitatif. C’est garantir un environnement où le coût du capital reste attractif, où la réglementation encourage la croissance, et où la fiscalité récompense le risque plutôt que de le punir. À force d’éviter le débat sur l’efficacité de la dépense, on se rassure en taxant ceux qui créent encore de la valeur. La véritable responsabilité politique serait de repenser la dépense, de simplifier la norme et de restaurer la confiance entre ceux qui produisent la valeur et ceux qui la régulent. Une société ne progresse pas en punissant sa réussite, mais en créant les conditions pour qu’elle se multiplie.

Par Fabrice Zerah, PDG d’Ubi Solutions, entrepreneur