La cofondatrice et CEO de Sifflet, une start-up spécialiste du contrôle des données, travaille sur des sujets au cœur du business des entreprises. Pour elle, l’IA ne pourra pas se développer correctement sans confiance dans la data.

Salma Bakouk a fait ses études à Centrale Paris, où revenait en boucle la devise de l’école : "Leader, entrepreneur, innovateur." "Je l’ai entendue au moins huit fois par jour pendant quatre ans, se souvient la cofondatrice et CEO de Sifflet. Cela a infusé dans mon esprit." À la fin de son cursus, elle rejoint Goldman Sachs en Asie. Un territoire où la banque encourage l’autonomie de ses équipes. Salma Bakouk y monte l’activité marchés. "C’était un peu comme une start-up au sein d’un grand groupe. Il y avait beaucoup d’opportunités, le marché était en ébullition."

Qualité de la data

Un contexte assez proche de celui qu’elle connaît aujourd’hui chez Sifflet. Salma Bakouk, dont la principale motivation au travail est la "résolution de problèmes", cofonde, en 2021, avec Wajdi et Wissem Fathallah, une plateforme technologique qui permet aux entreprises de mieux contrôler la qualité, la traçabilité et l’usage de leurs datas. "L’IA, c’est le sujet du moment au sein des grands groupes, mais ils savent que tous les développements liés à l’intelligence artificielle ne seront pas possibles sans données de bonne qualité."

Sa motivation au quotidien ? "Résoudre des problèmes"

La start-up a ainsi développé un outil destiné aux professionnels particulièrement sensibles aux enjeux en la matière, et déjà adopté par des acteurs du retail, des médias, mais aussi plus récemment dans les secteurs de l’assurance et de la banque. L’objectif étant de leur permettre de faire confiance à leurs données. "Cela parait anodin mais les décisions, par exemple pour refaire des stocks, sont souvent prises par des personnes qui travaillent dans les bureaux, pas sur le terrain, dans les magasins ou les entrepôts. Or si elles s’appuient sur de mauvais chiffres cela peut impacter négativement la trajectoire du business", explique Salma Bakouk.

Direction les USA

L’entreprise est parvenue à lever 16 millions d’euros cette année. Un tour de table qui va lui permettre de renforcer son offre et de s’implanter en Amérique du Nord. Comment se démarquer de la concurrence ? "L’industrie de la gouvernance de la data est relativement naissante. Nous faisons partie des créateurs, affirme Salma Bakouk. Nous nous distinguons en ne considérant pas ce point comme un sujet technique mais comme un enjeu business". Sifflet ne se contente pas de pointer les anomalies dans les données. La start-up les hiérarchise en fonction de leur impact sur l’activité. Cela implique de contextualiser chaque anomalie et de comprendre le contexte des métiers dans lesquels elles sont utilisées.

Bonne position européenne

Le territoire d’origine de Sifflet reste toutefois un marché prioritaire pour la trentenaire. "L’Europe est en train de prendre de l’avance sur l’IA, surtout sur les sujets de gouvernance de l’IA. À ce stade, notre appartenance à ce continent, au made in France, est une force." Si l’entrepreneuriat ne va pas sans sacrifice, Salma Bakouk, 34 ans, insiste sur la nécessité de prendre du temps pour soi, ne serait-ce que 15 à 30 minutes par jour pour faire du sport, marcher ou méditer. Une discipline personnelle pour mieux répondre aux exigences croissantes engendrées par l’IA et s’assurer que Sifflet se positionne comme un acteur incontournable du secteur.

Olivia Vignaud