Si le secteur des constructeurs informatiques reste dominé par des leaders étrangers, Thomson Computing creuse sa place en tant que fabricant français. Stephan Français, président du groupe Thomson Computing Metavisio, spécialisé dans les produits multimédia et informatiques, présente ses perspectives en matière d’innovation, de compétitivité et de souveraineté.
Stéphan Français (Thomson Computing) : "Bâtir une marque européenne sur le marché de l’IT s’apparente à un combat entre David et Goliath"
Décideurs. Pouvez-vous présenter l’histoire de Thomson Computing ?
Stéphan Français. Depuis la création de Thomson Computing il y a 130 ans, la société a traversé de nombreuses transformations. En 1992, Thompson Computing rompt avec ses activités de constructeur informatique et multimédia après son échec sur le marché.
La marque occupe une place particulière dans ma vie, mon père y a travaillé pendant 30 ans. À l’époque, une convention collective garantissait l’emploi à vie, passé l’âge de 50 ans. La veille de cette échéance, il a été licencié. De mon côté, j’ai effectué mon premier stage au sein de Thomson Computing avant de mener une carrière dans l’informatique dans d’autres entreprises, notamment en tant que directeur des achats. En 2013, j’ai décidé de relancer la marque en l’exploitant via l’entité Metavisio. Aujourd’hui, au bout de 5 ans, tous les collaborateurs deviennent actionnaires de l’entreprise. Cela renforce l’engagement au sein des équipes et favorise l’évolution de chacun. En y réfléchissant bien, c’est une sorte de revanche personnelle, afin d’éviter que l’histoire de mon père ne se répète.
Thomson Computing s’impose comme le seul constructeur informatique français et européen sur le marché. Quel regard portez-vous sur le secteur ?
Bâtir une marque européenne sur le marché de l’IT s’apparente à un combat entre David et Goliath. En 2025, six acteurs seulement se partagent 85% de l’activité mondiale, évaluée à 240 milliards de dollars. La polarisation du secteur est évidente. Deux blocs s’opposent entre les géants américains et les leaders asiatiques chinois et taiwanais. En face, l’Europe fait vœu de soutenir des acteurs européens, mais rien ne bouge vraiment sur le marché, malgré l’engagement du grand public ou la visibilité apportée par les médias.
"En 2025, six acteurs seulement se partagent 85% de l’activité mondiale, évaluée à 240 milliards de dollars"
À l’Élysée, aucun équipement informatique n’est produit par un constructeur français, quand bien même le moindre ordinateur incarne un enjeu stratégique. Il ne faut pourtant pas perdre espoir. Thomson Computing est présent dans 52 pays et pénètre différents marchés publics comme ceux de l’éducation, de la défense, de la santé ou encore de l’administration. Nous travaillons également en faveur d’un droit à la préférence européenne en fixant pour objectif d’atteindre 1 à 5% des parts de marché d’ici 2030, lequel représentera environ 300 milliards de dollars à cette date.
Quelle stratégie mettez-vous en place afin de rivaliser avec les leaders américains et asiatiques ?
Thomson Computing se distingue par sa constante émulation. À la différence de la concurrence qui favorise des temps longs de commercialisation avant d’offrir de nouvelles innovations, Thomson Computing capitalise sur les retours des utilisateurs afin d’intégrer des fonctionnalités supplémentaires à nos produits.
Nous réalisons nos productions après réception des commandes, ce qui permet de réduire les stocks et les charges associées, tout en facilitant l’évolution de notre roadmap de façon flexible. Nos produits sont ainsi plus compétitifs avec un prix affiché inférieur de 10 à 15%. Cependant, nos technologies ne prétendent pas être supérieures à celles de la concurrence – nous avons tous les mêmes contrats de fournisseurs avec Intel, Microsoft ou Nvidia – mais notre offre s’impose comme plus agile et avant-gardiste. De plus, nous accordons une forte importance à l’innovation et la conception des designs en France.
Comment se décompose votre déploiement à l’international ?
À l’international, nous opérons avec deux "sister companies". La première, à New Dehli en Inde, nous a permis d’être commercialisés sur Amazon, Flipkart et un distributeur national indien. La seconde, implantée à Shenzhen en Chine, nous a ouvert les portes du géant chinois des télécommunications, People.
"Nos produits sont ainsi plus compétitifs avec un prix affiché inférieur de 10 à 15%"
En dehors de ces deux marchés importants, nous passons par des grossistes nationaux afin d’alimenter les nombreux clients de chacun des pays où nous sommes présents. En tant qu’unique marque informatique européenne, notre principal axe de développement se concentre sur l’Europe. En 2025, l’un de nos objectifs est également de développer l’Afrique par le biais du groupe CIS, présent dans 26 pays d’Afrique anglophone et francophone.
Thomson Computing fait preuve d’une innovation foisonnante. Quelles technologies se distinguent dans votre gamme de produits ?
En 2025, notre gamme retail de solutions Thomson Neo Go sera particulièrement porteuse. Avec 25 heures d’autonomie et 15 heures en utilisation vidéo, la technologie qui équipe nos produits répond aux besoins des utilisateurs d’ordinateurs portables en profitant d’une large autonomie de batterie.
Dans le cadre de la haute technologie, Thomson Computing a lancé ses ordinateurs I5 dotés d’un double écran. Il est ainsi possible de travailler de façon autonome sur deux écrans distincts sur la même machine. Nous sommes aussi actifs sur des gammes de PC Web3 qui assurent une centralisation complète des données. Ce PC hardware sera commercialisé au deuxième semestre 2025.
Quelles sont vos ambitions pour les années à venir ?
L’une de nos ambitions pour l’année 2025 est de porter notre réussite en Europe, en Afrique et en Asie tout en proposant des gammes plus complètes et technologiques, tant en matière de hardware que de software. Nous envisageons également de coter la société sur les marchés américains, en conservant le siège en France avec l’ensemble du personnel, afin d’obtenir une position sur les marchés financiers américains plus valorisante. À terme, nous souhaitons faire adhérer chaque Français au projet et aux gammes de produits Thomson Computing.
Propos recueillis par Léa Pierre-Joseph