En ce mois de novembre, Décideurs met le cap sur la forêt guyanaise, retrouve Romain Gary, se plonge dans la guerre des genre et met à l’honneur de le dernier recueil de Françoise Bourdin.
Livres, les incontournables du mois de novembre sont...
Pseudo
Aviateur, diplomate, écrivain, people, séducteur invétéré, névrosé, Romain Gary a eu une vie romanesque. Kerwin Spire s’est fait un devoir de mettre en lumière deux épisodes marquants de sa vie : son passage à Los Angeles, puis son retour en France avec Jean Seberg.
Dans ce troisième opus, il revient sur "l’affaire Ajar". Ou plus précisément sur la manière dont Gary a manipulé le monde des lettres avec un pseudo qui a donné lieu à Gros câlin, un succès en librairie, et surtout à La vie devant soi, couronné du Goncourt. Une plume talentueuse associée à un travail d’archiviste fait de cet ouvrage une espèce rare : ceux que l’on dévore d’une traite. On y retrouve dans ce "bioroman" un Gary misanthrope, rude, roublard, oscillant entre l’envie d’être amoureux et de mourir.
Le lecteur appréciera l’atmosphère très seventies emplie de giscardisme triomphant, de gaullisme déclinant, de "barons" des lettres, d’une jeune garde agitée et des personnages emblématiques comme Paul Pavlowitch – le faux Ajar –, Gaston Gallimard, ou encore Gisèle Halimi, avocate de l’écrivain.
Monsieur Romain Gary, alias Émile Ajar - Aux bons soins du Mercure de France, de Kerwin Spire, Gallimard, 230 pages, 20,50 euros
Apartheid de genre
Cela fait plusieurs années que le journaliste Vincent Cocquebert traque les signaux faibles de notre époque qui, a priori anecdotiques, ont des conséquences sur le monde politique et économique. Après le désir de solitude, la transformation de l’humain en objet marketing, place à un nouveau thème.
Dans La guerre de Sexcession, l’essayiste revient sur un paradoxe : alors que la mode est à l’égalité hommes-femmes, voire à l’effacement des genres, le clivage "féminin-masculin" est de plus en plus prononcé.
Les deux catégories vivent deux univers hermétiques, votent et consomment différemment, se toisent. L’auteur explore ce fait troublant qui, contrairement à certains clichés, prend sa source des décennies en arrière. Éclairant.
La guerre de Sexcession, de Vincent Cocquebert, Arkhê, 160 pages, 17 euros
Préserver un emblème
L’écosystème guyanais est spectaculaire en raison du nombre d’espèces d’animaux et de plantes qu’il abrite. Les sons, les odeurs et les couleurs qui le caractérisent nourrissent l’imaginaire. Mais ce petit paradis est fragile. Comme tous les territoires, il n’échappe pas à l’impact du dérèglement climatique.
Là-bas, l’homme n’est pas au-dessus de la nature, mais fait partie d’un tout à l’équilibre délicat. Les années sèches entraînent une moindre production de certains fruits, qui peuvent ébranler certaines populations d’animaux et limiter la régénération des plantes sur un terme plus ou moins long.
Le biologiste écologue Pierre-Michel Forget propose un voyage de douze mois au cœur de la forêt guyanaise qui sensibilise sur ces questions. La biodiversité de la région est mise en avant par l’illustrateur et naturaliste Julien Norwood à travers de magnifiques dessins. Un très bel ouvrage.
12 mois en forêt guyanaise, de Pierre-Michel Forget et Julien Norwood, Belin, 344 pages, 35 euros
Raconter la vie
Ce recueil semble avoir été conçu comme un hommage à Françoise Bourdin, romancière aux plus de 15 millions de livres vendus, boudée par la critique littéraire et décédée en 2022. Les éditions Récamier publient des nouvelles jusque-là jamais réunies. L’ouvrage posthume est introduit par son éditrice et préfacé par une écrivaine et amie.
Le premier texte revient sur un moment vécu avec sa fille, une sortie à cheval sur la plage de Cabourg où le mot libre prend tout son sens. Le livre est un condensé de l’auteure : un style simple et des dialogues intérieurs qui touchent de nombreux lecteurs, car ils racontent la vraie vie.
Libre et autres nouvelles, de Françoise Bourdin, Récamier, 176 pages, 21,90 euros
Olivia Vignaud, Lucas Jakubowicz


